JACQUES GRUBER
LOYAUX
avec
la
FOI
et envers nous-mêmes
une ouverture sur notre foi
témoignage spirituel et
intellectuel
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3
PRÉSENTATION
(Ceci est une théologie chrétienne complète, le reste, ou à peu près, n'est qu'histoire)
Le texte présenté ici se compose de réflexions rassemblées au long de ma vie, réunies et mises en forme. C'est le témoignage d'un chrétien de culture et de formation protestante intéressé par l'intelligence de sa foi pour des esprits modernes et de son actualité dans un monde multiculturel. Monde occidental non-religieux -sinon adepte de toute espèce de religiosité- face à un monde oriental qui se radialise dans ses positions religieuses autochthones.
Comment être loyal avec une
révélation tout en restant loyal envers sa culture moderne et inversement :
loyal avec la culture moderne et loyal envers la révélation chrétienne, sans
sacrifices, sans compromis, sans artifice, au sein d'une post-modernité
sceptique et d'une hypermodernité multiculturelle tenté par le multiculturalisme
?
Un travail d'inventivité s'avère
nécessaire, c'est pourquoi ce texte qui s'interroge sur la mythologie, les symboles,
les notions et les croyances bibliques, sur les concepts spéculatifs
chrétiens, et qui propose des alternatives à l'écart des raidissements
intégriste ou fondamentaliste comme à distance d'un possible "n'importe
quoi" libéral ne se lit pas comme un travail universitaire, il demande à
être apprécié si possible sur ses apports créatifs (Que proposeriez-vous
d'autre ?).
Mon texte, relativement court au
vu du projet, est rédigé à l'intention des personnes qui n'ont pas fait
d'études de théologie, mais qui s'intéressent à la culture théologique
chrétienne. De petits excursus, appelés par des numéros de notes, apportent
les éléments de culture théologique qui peuvent manquer au lecteur. Par endroit, j'emploie des termes
techniques, les non-spécialistes n'ont pas à s'en préoccuper parce que ces termes
ne viennent que confirmer ce qui a été noté, en clair, précédemment.
J'écris dans un esprit de paix, librement et sincèrement, je m'adresse à tous, chrétiens ou croyants des autres religions, laïques, agnostiques, athées, persuadé qu'il existe partout des esprits bien disposés. Cela n'exclut pas que je puisse choquer ou blesser quelqu'un ou encore décevoir les autres, provoquer la moquerie, je reste prêt au dialogue dans la mesure de mes moyens.
J'écris dans un esprit de paix, librement et sincèrement, je m'adresse à tous, chrétiens ou croyants des autres religions, laïques, agnostiques, athées, persuadé qu'il existe partout des esprits bien disposés. Cela n'exclut pas que je puisse choquer ou blesser quelqu'un ou encore décevoir les autres, provoquer la moquerie, je reste prêt au dialogue dans la mesure de mes moyens.
Si je cite des auteurs et des
livres, c'est dans un but indicatif, non pour faire étalage d'érudition, mais
pour situer des courants de pensée, fixer des époques et préciser ce que je
dis. On me demandera si c'est de première ou de seconde main ? Les cerises que
j'offre, je les ai cueillies moi-même, sur l'arbre, excepté une ou deux
poignées qui proviennent d'autres récoltants renommés.
On me reproche d'être affirmatif,
mais je suis descriptif. Je dépeins une terre que j'ai beaucoup parcourue,
tantôt découverte en marchant, tantôt vue d'avion.
J'invite les uns et les autres à
recopier, citer, traduire ou diffuser mes textes, dès lors qu'ils leur ont
apporté quelque chose, qu'il ne leur font subir aucun changement et qu'ils
indiquent clairement leur auteur et leur provenance.
Jacques Gruber
Limeil-Brévannes, le 1er
septembre 2018
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RÉSUMÉ
Je
commence par rappeler ce que j'entends par foi
(une confiance, non un croire), par Évangile
(Évangile proprement dit et Évangile transbiblique) et par Parole (de Vie).
En
second lieu, je présente l'annonce de la
génération apostolique : le rêve visionnaire de Jésus, le royaume des
Cieux, le Règne du Père.
Ensuite
le message paulinien : entrer dans le
rêve de Jésus, être en Christ, recevoir les prémices du Règne (ne pas confondre
avec "entrer dans le Règne").
Pour
arriver à la situation d'aujourd'hui,
à notre témoignage, au rôle de l'Église.
Et
finir sur l'acquisition du Salut par le
seul moyen de la foi, le sentiment de l'éternité.
Chemin
faisant, j'aborde des questions telles que le Saint Esprit (son témoignage
intérieur secret), la transcendance, l'herméneutique, la christologie, la
Trinité, le péché, le mal, le Salut, l'éthi
Je
précise enfin ce qui m'apparaît comme les démarches (simples) d'une théologie
chrétienne possible dans la modernité et la multiculturalité : au-delà du
présupposé d'une exégèse historico-critique : a) l'analogie de la Parole (plus
précis que "l'analogie de la foi - ; b) le christocentrisme, la concentration christologique ; c) un sentiment (pas un concept) pour
traduire une croyance biblique; d) les concepts théologiques qui deviennent
des convictions lorsqu'ils sont qualifiés par la Parole d'Évangile.
Pour vous tenir au courant de mes
pubications, consultez public-gruber.blogspot.com
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1
LOYAUX
AVEC LA FOI
Une entière
confiance mise en Jésus, via l'Évangile
La foi dont je parle ici ne correspond
pas à une définition (1), ce n'est pas non plus une "disposition
d'esprit", c'est une confiance entière (cœur et esprit) placée en une personne
historique et actuelle (non un modèle), Jésus de Nazareth, inspirateur des
témoignages des Évangiles. Quelqu'un qui n'est donc pas nous-mêmes. La
confiance en soi repose le plus souvent sur nos œuvres.
(1) Les théologiens
du 16ème siècle décomposaient la foi en trois moments : notitia (la connaissance historique le l'Évangile), assensus (l'accord donné à la Parole), fiducia (la confiance entière en cette
Parole). Nous dirions aujourd'hui : trois aspects sous lesquels elle peut se
donner.
"Une confiance entière": j'évite le mot d' "absolu" ou de "total" (ceux de complétude ou de plénitude, ceux d'Éternel ou d'Infini) et, par conséquent aussi, les conceptions que ces termes véhiculent. Il ne s'agit pas non plus de l'adhésion à une orthodoxie, une théologie, une tradition, à la Tradition, à un objet de culte, d'adoration. C'est le pôle d'une "suivance", comme on dit depuis que Dietrich Bonhöffer (1906-1945 (2), Nachfolge, 1937) a donné tout son sens à cette formule avec l'Église confessante allemande. "Que faire, pour avoir ? ... Être à ma suite” (Mc 17, 21). Suivance coûteuse que l'on retrouve chez les moines de Thibirine (‟Se charger de la croix” (ajout en Marc 10 ,21). Être dans le chemin de Jésus, de l'Évangile, de l'Amour. Est contre cette foi, tout ce qui veut miner cette confiance (les "antichrists" dans le vocabulaire apocalyptique, 1 Jean 2, 18).
(2) J'indique les Nom et Prénoms, avec les
dates, au moins à chaque première occurrence. D. Bonhöffer est pasteur et théologien.
Foi en Jésus de Nazareth qui
s'identifiait au Fils de l'Homme (BéN
ÂDâM), annonciateur des temps derniers de Daniel 7,13-14 où, peut être
mieux : des temps ‟avant-derniers”, pour revenir à D. Bonhöffer (Éthique, posthume). Il est considéré par
certains de ses auditeurs comme leur "rabbi" (leur maître). Il
demande à ses disciples de ne pas répandre l'idée qu'il serait le Messie
(Christ) (Mc 8, 30).
Ce "secret messianique" est
rompu par les auteurs du Nouveau Testament, qui mis à part Luc, parlent, dès
leur jeune âge, le langage de l'espérance messianique, et lui décernent les
titres de Fils de Dieu (3), Fils de David (18 fois dans les évangiles), Fils
du Père (9 fois dans les évangiles), Saint de Dieu (4 fois dans les évangiles),
"christ" c'est à dire Oint, Élu, Messie, Sauveur (4), tout en étant,
au milieu de sa génération : ‟Comme celui qui sert” (Mc 22, 27) et finalement
celui qui est rejeté (Marc 8, 31 ; Jean 5, 43, entre autre), celui que la foi
des premiers chrétiens saluera comme ‟Premier né d'entre les morts” (Col
14, 15 ; 18), l'Alpha et l'Ôméga ‟Celui qui est, qui était et qui vient” (5).
Toutes expressions qu'il se doit, pour nous,
de référer au sens initial du Premier Testament.
(3) Soit : "Le parmi nous", 21
fois dans les évangiles, voir Marc 14, 62 ; Mt 26, 64 ; Lc 22, 20, 69 ; Jn 6, 38 ; 8, 16, 23, 42, 58
; 10, 38 ; 14,9-10 ; 14, 11, 20 ; 16, 32 ; 17, 21.
(4) Jn 1, 41, 45 ; 4, 26 Seigneur, Marc
8,29.
(5) Ap, 1,8 ; 21, 6 ; 22, 13.
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On objectera que nombreuses peuvent être
citées les rencontres, hors présence, par l'intermédiaire d'un texte, d'une
parole. Dans le cas de la foi en Jésus,
voir, ci-dessous, La Parole, le
témoignage intérieur du Saint Esprit.
Jésus nous est attesté par le Nouveau
Testament comme le Messie (Christ), le Sauveur, le Seigneur, cessons d'en
faire l'Enfant Jésus, le Petit Jésus, le Bon Jésus. Le Quatrième Évangile, lui
fait rendre témoignage à lui-même de manière symbolique frappante : ‟Je suis
le pain de vie” (6, 35), ‟Je suis la lumière du monde” (8, 12), ‟Je suis le bon
berger” (10, 1-18), ‟Je suis le chemin, la vérité et la vie” (14, 6) , ‟Je
suis le cep, vous êtes les sarments, mon Père, le vigneron” (Jn 15, 1, 5), ‟Je
suis la résurrection et la vie” (11, 25) (6) et, dans les textes johanniques
suivants : ‟L'Étoile de David” (Ap 22, 16), ‟L'Alpha et l'Ôméga” (Ap 1, 8 ;
21, 6 ; 22, 13), le ‟Premier et le dernier, le vivant” (Ap 1, 17 ; 2, 8 ; 22,
13). Expressions symboliques qui trouvent
tout leur sens dans le Premier Testament. Nous récoltons les miettes
qui tombent de la table de famille (Mc 7, 27-28).
(6) Le Quatrième Évangile, attribué à Jean,
l'un des disciples les plus proches de Jésus, contient un nombre important de
déclarations de Jésus sur lui-même (7, 28, 33 ; 8, 14, 24, 28, 42, 58 ; 9, 5,
9, 39 ; 10, 36 ; 11, 25 ; 12, 46-47 ; 13, 33 ; 14, 3, 6, 10-11 ; 15, 1, 5 ; 16,
27-28, 32 ; 17, 98, 10-11, 14, 16, 21, 24 ; 18, 37 ; 19, 21 ; 20, 17 ). Ce ne
sont, sans doute, pas des paroles textuelles de Jésus, mais ce que l'auteur a retenu, pour
lui-même, de ce que Jésus disait.
Les Évangiles synoptiques rendent
également témoignage à cette foi, mais dans une moindre mesure : ‟Tu, es donc le Fils de Dieu. Vous le dites, je le
suis”, Luc22,70.
Abraham, Moïse, les prophètes ont tous
été des gens de leur époque qui ont, un jour, sur un point, divergé de leur
époque sans s'en séparer. Du temps d'Abram le sacrifice du fils premier né
était une coutume, avec Isaac, pour l'Alliance, un coup d'arrêt est donné aux
sacrifices humains. Au temps de Moïse, tous les dieux et déesses (ÉLôHYM) étaient appelés par leur nom,
pour Israël, désormais, le nom du Dieu unique (YHWH ÉHrâD) ne se
prononce pas, le Seigneur (une des appellations de YHWH) ne se possède d'aucune façon. Les dieux et déesses avaient
des statues, Moïse, dans le Désert donnera l'Arche d'Alliance, trône vide de YWH. Tous les peuples avaient leurs
lois, celles que Moïse va donner à Israël font mention du "prochain"
(7) : ‟Tu aimeras ton prochain comme
toi-même”, (Lév 19, 18). Lors de la royauté, source de tous les dangers pour
l'authenticité du peuple élu, seront donnés les prophètes. C'est à Paul Ricœur qu'il
revient d'avoir précisé, tôt dans son œuvre, les notions de socius (le "pour-autrui" de J-P. Sartre) et de prochain, dans une
méditation sur la Parabole du Samaritain (Luc 10, 25-37, revue du Christianisme social, n° 7-9,
Juillet-Septembre 1960). À l'heure qu'il est, c'est l'Évangile par quoi nous
divergeons de notre époque, sans renier tous les acquis positifs de l'Histoire
(8). Jésus est l'autre nom de l'Évangile.
(7) RéaHr (à ne pas
confondre avec RaHr, le mal), De 5,
14, 20-21 ; 22, 1, 4 ; 24, 14-15 ; 25, 4 ; 27, 16-26. Les mots de "ton
prochain" (RéHrâKa), dans
Lévitique 19, 18, ont une consonance universelle ; ceux de "ton
frère" (ARîKa) eussent été
particularistes. Le peuple des frères libérés de
l'esclavage ne connaît plus d' "autre", d' "autrui", frappés d'extériorité (le mè on du Sophiste, la détermination qui est négation de l'Éthique de Spinoza). Il ne parle pas même de "voisins",
mais de "prochains", de personnes entières en dignité humaine. Révolution culturelle qui remonte au 7ème siècle
avant notre ère et sûrement encore avant, au stade de la tradition orale.
Concept dont la signification va recevoir une ampleur inédite avec Luc
10, 25-37 (parabole du Samaritain : le prochain est celui qui se rend proche de l'autre ; voir la distinction
de P.Ricoeur entre le socius et le prochain).
(8) Pourquoi une majuscule ? Pour distinguer ‟L'Histoire” de ‟Nos histoires”. On dit : Le ciel” et ‟Le Ciel”, ‟Des
lumières” et ‟Les Lumières”, ‟Une renaissance” et ‟La Renaissance”, ‟Une
révolution” et ‟La Révolution”. De même : ‟Des croix” et ‟La Croix”, ‟Une
résurrection” et ‟La Résurrection”, un salut et le Salut. Etc. Pour la justice et la miséricorde, la grâce
et la vérité, je suis nos traductions bibliques qui écrivent ces mots avec des minuscules.
Le contexte est suffisamment éclairant.
page 7
La Religion (histoire, philosophie) ne
connaît pas la foi, mais le "croire", elle a une notion de
"transcendance", le plus généralement placée dans le cadre d'une
religiosité alimentée par le divin, communiquant le sacré à travers le merveilleux. Dans le Premier
Testament il n'est pas parlé de transcendance, mais de sainteté qui est justice
et miséricorde, miséricorde et justice, pas de justice sans miséricorde,
pas de miséricorde sans justice et, pour le Nouveau Testament, de grâce et
de Vérité, pas de grâce sans vérité, pas de vérité sans grâce. Si l'on dit que
l'on met sa foi dans l'Évangile ou en Jésus, on est classé dans la catégorie
des "croyants". C'est inexact. Ce serait plutôt dans celle des
entreprenants, nous sommes confiants, pas résignés.
Cette foi, crée, entre ceux qui la
partagent, une confiance et une loyauté réciproques. C'est ce que l'on appelle l'Église.
Église invisible (à nos yeux), mais telle que le Seigneur la voit, répartie
dans toutes les Églises sans s'identifier à aucune.
Pour le chrétien que je suis, la transcendance n'est autre que
l'action du Saint Esprit liée aux Écritures bibliques, de façon charismatique,
sans prodige ni miracle (9). Action reconnue et appelée par son Nom, à
postériori ou même ultérieurement (10). Il n'y a pas de transcendance au sens
d'une Révélation fixiste ou d'un Au-delà. Que l'action du Saint Esprit ne se
reconnaisse qu'après coup, signale que son œuvre ne produit aucune divinisation
(Principe protestant de Paul Tillich,
1886-1965) (11). Sans être aussi catégorique que Karl Barth (1886-1968 : La
Parole, toute la Parole, rien que la
Parole) je rappelle que l'appropriation (du texte biblique) s'entend comme
l'Esprit appropriant la Parole, au contraire de l'idée que ce serait nous qui
nous approprierions le texte pour en faire une "Parole".
(9) L'action sans affect du Saint Esprit,
qui se reconnaît après-coup sur ses effets dont il est question ici, se
démarque de la prédication méthodiste et pentecôtiste qui fait état d'une émotion invasive
immédiate.
(10) Herméneutique : voie directe,
performative : l'écoute du texte en situation avec le sceau du témoignage
intérieur du Saint Esprit (ipséité). Voie indirecte par laquelle nous ne
recevons pas La Parole, mais nous accédons à "une Parole" (identification, relativement extérieure).
La réduction phénoménologique a lieu en deux étapes : le soupçon et la
critique. a) Le soupçon qui s'exerce à travers la
démythologisation (qui ouvre sur des possibilités d'existence nouvelles),
l'épreuve archéologique (qui se limite à des preuves), l'exégèse narratologique
(sans ramener la parole biblique à des historiettes) ; la critique
socio-éco-politique (à quels pouvoirs politique, économique, social,
le texte obéit-il ? (-sans tomber dans la manichéisation des grilles
marxistes-) ; la déconstruction nihiliste nietzchéenne (avec mieux
que le mythe de l'éternel retour du même en réponse) et prenant garde au ressentiment, la clinique freudo-lacaniste du sigifiant et du signifié
(renvoi à Ferdinand de Saussure), l'athéisme méthodologique. b) La critique ou l'historico-critique (qui peut
devenir une hypercritique négationniste), l'ouverture aux autres religions vivantes au risque de relativiser la "Parole"
ou de la rendre entièrement extérieure. Voir ci-dessous, La Parole.
(11) La différence entre le principe
catholique [et orthodoxe] de la substance (présence du divin dans notre monde)
et le principe prophétique protestant qui maintient toujours la réalité de Dieu
dans son entière transcendance (Œuvres, tome 4, 1990). Paul Tillich est un théologien systématicien allemand qui a émigré aux Etats-Unis en 1932, marqué par l'existentialisme.
À propos de l'Esprit qui nous approprie
la Parole, à propos de la transcendance, il faut faire une remarque. En
langage théorique on dit que l'on est "posé". Or, l'Homme moderne
occidental refuse d'être "posé". C'est pour lui la perte de la
liberté. Il y a ici un malentendu, parce qu'en termes non théoriques, mais
pratiques, on n'est pas "posé", on est "aimé" sans
condition (Rm 8, 15). Ce qui nous permet, à notre tour d'aimer le Père de tout
notre cœur, de tout notre esprit, de toute notre force et d'aimer notre prochain
comme nous-mêmes avons été aimés (Mc 12, 28-31). De devenir, à notre tour, portés
par l'amour du Père, des acteurs sociaux "posants", pour l'autre,
pour les animaux, les choses, les événements,). L' "Op-posant", c'est
ChâTâN (Satan) (Job , 1, 6-12 ; 2, 1-10)
qui voudrait nous empêcher d'accepter d'être aimé, nous pousser à refuser cet amour.
La transcendance, telle qu'elle vient d'être dite, trouve son imitation dans la transgression qui est un effort humain pour essayer de sortir de l'immanence. Nous contestons l'Ordre établi, nous désobéissons à la Loi , nous violons un tabou, nous enfreignons un interdit, nous nous mettons en infraction avec le règlement, en contravention avec le Code, nous transgressons une limite, mais l'Ordre, la Loi, le tabou, l'interdit, le règlement, le Code, la limite reviennent toujours sous de nouvelles couleurs. Désespoir ?
Cette foi n'est jamais possédée, elle se
puise chaque fois de nouveau dans l'Évangile.
Jésus ressuscité
page 8
Mais quelle attitude adopterons-nous en
face de la résurrection de Jésus attestée par les Évangiles ?
a)
Les témoignages des personnes (femmes, disciples) qui ont fréquenté Jésus de
son vivant : la pierre qui fermait le tombeau (ou le sépulcre) roulée, la
tombe vide, ‟Les bandelettes posées à terre et le suaire enroulé dans un
endroit à part” (Jean 20, 5-7) (12), les témoins du matin de Pâques qui sont
des femmes, puis les apparitions de Jésus en personne, portant les stigmates
de la crucifixion, qui leur délivre un message (Marc 16, 9-14 ; Mat 28, 16-20
; Lc 24, 13-42 ; Jn 20, 19-29). Il n'y a
pas lieu de contester les témoins originaux de ces quatre récits qui
comportent des détails plutôt ininventables, qui n'ont pas de pareils dans
l'histoire des religions. Ils ont été loyaux avec eux-mêmes, avec le moment
qu'ils vivaient, avec Jésus (alors que l'ordre du baptême surlequel se clôt
l'Évangile selon Matthieu, est visiblement dicté par une intention de
discipline ecclésiastique).
(12)
Si
on avait enlevé le corps de Jésus, on aurait sans doute emporté tout avec.
C'est
avec les récits de l'enfance de Jésus (Matthieu 1 et 2, Luc 1 et 2), puis Luc
24, 13-49 et certains autres textes du Livre des Actes, comme celui qui retrace
une Ascension de Jésus ressuscité (Actes 1) que Jésus franchit les limites de
l'histoire et bascule dans la légende qui sera ultérieurement dogmatisée, puis
dans la mythologie fondamentaliste. Luc, qui a de grandes qualités, n'en
est pas moins l'écrivain le plus crédule du Nouveau Testament. Toutefois, la
légende, une fois prise pour ce qu'elle est, n'en a pas moins quelque chose à
nous dire. Dans le récit de l'Ascension que l'on peut caractériser comme une vision
donnée aux disciples (de la même façon qu'à la Transfiguration), il y a une
parole essentielle : ‟Vous serez mes témoins” (Actes 1,8). Pour l'
"élévation", qu'illustre l'Ascension, les Apparitions suffisent.
La
qualité de la résurrection de Jésus (ni fantôme ni bénéficiaire d'une ressuscitation,
mais participante de l'Éternité) suffit pour que nous comprenions ce que les
évangélistes veulent témoigner de sa vraie condition. D'autres textes, johanniques
ceux-là, vont dans le même sens : la résurrection de Lazare (Jean 11) et le chapitre 21 du Quatrième Évangile,
manifestement rajouté par un auteur anonyme. Chapitre qui n'est d'ailleurs pas
dénué d'intentions de politique ecclésiastique. Il intervient dans le débat sur la succession
de Jésus en faveur de Pierre, contre Jacques, le ‟frère du Seigneur”, Galates
1,19 (la solution du califat).
b)
Paul se situe déjà dans un temps différent, temps où l'Esprit a été répandu, où
il a connu Jésus ressuscité par une vision, suite à un éblouissement (Ac 9,
1-30 ; Ga 1, 11-17), il n'a pu être au
courant des écrits évangéliques qui n'existent pas encore, mais qualifie
néanmoins son message d' "Évangile". Il puise l'annonce du Messie
personnel, Sauveur universel (qu'il nomme ‟le Christ”) dans le Premier Testament,
laissant de côté la figure eschatologique du Fils de l'Homme (Daniel 7) et il
attribue la Résurrection à l'action de l'Esprit (Rm 1, 3-4 ; 8, 11).
Dans
ses Épîtres, sur la lancée de sa conversion, la vie du chrétien et celle de
l'Église sont animées ‟Par l'Esprit” (151 occurrences) qui nous met ‟En
Christ” (161 occurrences). Je ne compte pas plus de cinq versets où l'on trouve
l'expression inverse de ‟Christ en nous -ou ‟en vous”- ” (Ga 2, 20), le plus
clair étant Ga 4, 19 :
page
9
‟Jusqu'à
ce que Christ soit formé en vous”. C'est cette conception qui aura la
préférence des mystiques, d'Augustin d'Hippone (354-430) et de Maître Eckart
(Dominicain, 13ème-14ème siècles) à Andreas Osiander (1498-1532, réformateur
que Martin Luther sera amené à corriger).
Jean de la Croix (1542-1591) est plus le mystique de la ‟Montée vers
Dieu”. Dans 2 Corinthiens 5, 19, on trouve l'expression : ‟Dieu en
Christ”. En 2 Corinthiens 15, Paul parle de Dieu tout en tous, mais c'est eschatologiquement.
c)
Pour nous, qui ne sommes plus ni dans le temps de l'histoire sainte, ni dans le
temps de l'Esprit sans les Écritures, ce qui importe d'abord est de savoir si
et comment les auteurs du Nouveau Testament sont ou non loyaux avec eux-mêmes.
Ensuite,
bien que nous soyons dans le temps de l'Église, nous ne sommes pas pour autant
dans une histoire sainte continuée en l'espèce de l'histoire de l'Église. Nous
sommes dans le temps de la Parole. Je ne dirai pas exactement comme Rudolf
Bultmann (1884-1976): ‟Le Christ ressuscite dans le kérygme” (13), mais : ‟Pour
chacun de nous, Jésus ressuscite avec son Évangile, avec sa Parole” (voir ci-après).
Foi suscitée par la Parole, pas de preuves : ‟Heureux ceux qui n'ont pas vu et
qui ont cru” (Jn 20, 29). Nous ne sommes plus dans les temps et les lieux
de la Révélation, nous sommes dans ceux du témoignage a rendre à cette
révélation. Nous ne sommes
plus dans "l'histoire du Salut", mais, au moment voulu, des témoins
appelés à inscrire "le Salut dans l'Histoire" (Oscar Cullmann,
1902-1999, Le Salut dans l'histoire, 1966).
C'est cela qui importe, avant la modernité.
(13)
Kérygme
: Les exégètes
protestants allemands de la première moitié du 20ème siècle ont mis en
circulation ce terme grec qui signifie "annonce". Il est difficile de
distinguer les propres paroles (ultima
verba) de Jésus de ce que les évangélistes ont retenu ou reçu qui forme leur
message (le kérygme). Ernst Käsemann ( 1906-1998) ou Joachim Jeremias (1900-1979), s'essayent à séparer
les vraies paroles de Jésus du discours des évangélistes.
Rudolf Bultmann, Ernst Käsemann, Joachim Jeremias, sont des professeurs de Nouveau Testament (néotestamentaires), Bultmann est à la fois néotestamentaire et systématicien (infliuencé par M. Heidegger). Les théologiens spécialistes du Premier Testament sont "prôtotestamentaires". On appelle "systématiciens" les théologiens qui ont pour objet d'étude l'intelligence de la foi et sa cohérence.
Rudolf Bultmann, Ernst Käsemann, Joachim Jeremias, sont des professeurs de Nouveau Testament (néotestamentaires), Bultmann est à la fois néotestamentaire et systématicien (infliuencé par M. Heidegger). Les théologiens spécialistes du Premier Testament sont "prôtotestamentaires". On appelle "systématiciens" les théologiens qui ont pour objet d'étude l'intelligence de la foi et sa cohérence.
Loyaux
avec la foi et envers soi
La
foi envisagée ici exige que nous soyons loyaux envers nous-mêmes et avec notre
foi.
Il existe deux positions de départ différentes
à ce sujet. D'un côté, ceux qui témoignent que, pour les gens, seraient-ils foncièrement
religieux, areligieux ou antireligieux, il existe une alternative, un départ
nouveau et meilleur -pas neuf et amélioré- (jusqu'à pouvoir parler d'une foi
chrétienne non religieuse). C'est l'effet d'une Parole vivante, qualifiée
par le témoignage biblique, adonnée à chacune de nos existences particulières, parlantes dans
chaque circonstance nouvelle de notre actualité. L'ordre de la Révélation (Jean
Calvin, 1509-1564 et ses descendants, voir plus loin le témoignage intérieur secret du Saint Esprit).
D'un autre côté, il y a ceux qui sont
persuadés que nous pouvons tabler sur la Religion, un fond humain universel,
lequel se décline ensuite dans les diverses religions existantes (y compris
les religions séculières areligieuses - voire antireligieuses pour les
théologiens modernes -). On peut citer ici Martin Luther, 1498-1532, Immanuel
Kant, 1724-1804, Ernst Troeltsch, 1865-1923, Paul Tillich,
page 10
1886-1965. Pour eux, la tâche est de
décrypter chacun des phénomènes historiques en présence.
Par
ailleurs, la loyauté avec notre foi demande que nous soyons au clair sur la
relation qui peut (ou non) s'établir avec la culture dans laquelle nous
vivons. L'univers biblique est symbolique, le nôtre est rationaliste. Univers
symbolique, cohérent, univers "un", comme le dit le mot
"univers". L'opposition est plus exactement celle d'une pensée
symbolique concrète à côté d'un langage symbolique abstrait (de plus en plus
abstrait). À cause de cette abstraction-même, l'Homme moderne considère le
langage symbolique concret comme nul
et non-avenu alors qu'il véhicule des questions existentielles, toujours
d'actualité, auxquelles notre dignité d'être humain demande qu'il soit donné une réponse.
L'histoire
de l'Église a apporté ses réponses, dans des formulations qu'il nous incombe de réenvisager plutôt que de les
ignorer ou de les rejeter. Il s'agit de tout
un ensemble de doctrines rationnelles,
mais non rationalistes, qui sont, en fait, des idéologies théologiques
(souvent politiques) (14) plus que
des paroles en écho de la Parole. La conviction qui découle de la foi évoquée
dans ce chapitre, c'est que nous sommes rendus, sinon capables, du moins
aptes, à saisir les intuitions de la Parole biblique auxquelles ces formulations
veulent répondre et à les réexprimer dans un langage accessible à tous
aujourd'hui. Les cartes sont sur la
table.
(14)
Symbole
des Apôtres, Conciles œcuméniques, Livres Symboliques luthériens, Synode de
Dordrecht, Confession de La Rochelle, entre autre. Ces élaborations
doctrinales ont pour effets l'orthodoxie, les confessionnalismes et, avec le
littéralisme biblique : le fondamentalisme, toutes occasions de sectarisme.
Jacques Gruber
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2
L'ÉVANGILE
Une intuition portée par un texte
Regarder à Jésus, ce n'est pas contempler le crucifix, adorer le Saint Sacrement, cela peut être la vue des douces collines de Galilée à Nazareth (serait-ce sur une carte postale), mais c'est essentiellement écouter sa parole. Jésus est présent à nous aujourd'hui dans et par les témoignages qui lui sont rendus dans le Nouveau Testament, on peut faire une sorte d'identité remarquable Jésus = Évangile.
Quand nous parlons de l'Évangile, il ne s'agit pas seulement des textes réunis dans les quatre Évangile canoniques, mais d'une intuition globale d'amour et d'exigence qui se dégage des Évangiles et des autres textes du Nouveau Testament, ce que l'on appelle "analogie de la foi (évangélique)", que je nomme ici : analogie de la Parole saisie dans sa cohérence globale comme dans ses paroles uniques (15). Une intuition intellectuelle ou rationnelle, la saisie globale immédiate d'une intelligibilité, avec ses tenants et aboutissants, qui n'exclut pas, à un autre moment, l'analyse que constitue l'exégèse historico-critique.
(15) Au cours de notre Moyen-Âge occidental, des "disputes" tournaient autour de la conception de "Dieu" : dans quelle mesure pouvons-nous parler de Lui avec nos concepts ? Pour Thomas d'Aquin, nous pouvons le faire selon une certaine "proportionalité" : il y a une analogie de proportionalité entre l'oeil et l'entendement de sorte que nous pouvons dire : ‟Je vois ce que vous voulez faire”. Il existe une semblable analogie entre Dieu et l'Être. Karl Barth s'est opposé à toute idée d'analogie conceptuelle (parler de Dieu en termes d'être, de nature, de substance) qui découle d'une théologie naturelle et entraîne une ‟analogie de l'être” ou du sacré. Il soutenait une ‟analogie de la foi” qui consiste à parler de Dieu uniquement dans l'ordre et dans les termes de la théologie révélée (le ‟Dieu tout autre”, nous ne savons rien, sinon qu'il nous parle et nous parle éventuellement de Lui), au risque d'un ‟Positivisme de la révélation” (D. Bonhöffer). Rudolf Bultmann, autre théologien protestant contemporain de K. Barth, estimait que nous avons une ‟précompréhension” de Dieu (Ernst Tröltsch -1865-1923- parlait d'un a priori religieux et préconisait des compromis entre révélation et raison). Plus près de nous, Paul Tillich fait une distinction voisine de celle de K. Barth : il distingue un ‟Principe catholique” d'un ‟Principe protestant” : le principe catholique parle de Dieu selon notre sens inné du sacré et nos idées sur la divinité, le principe protestant respecte toujours l'entière transcendance du Dieu biblique, la sainteté du Saint.
Nous connaissons des paroles qui peuvent servir d'exergue à cette analogie de la Parole : ‟Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs”, Marc 2 , 17 ; ‟Je suis ému de compassion pour cette foule … ils n'ont rien à manger”, Marc 8, 27 ; ‟Je ne suis pas venu pour abolir … mais pour accomplir”, Matthieu 5, 17 ; ‟Je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos pour vos âmes”, Matthieu 11, 29 ; ‟Je suis parmi vous celui qui sert” , Luc 22, 27 ; ‟Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde”, Matthieu 28, 20. Et tant d'autres encore qui seront racontées partout (Mt 26, 13).
Intuition que l'on peut nommer Bonne Nouvelle, Nouvelle Alliance, Jésus Seigneur et Sauveur, la Voie par excellence de l'Amour, le culte en esprit et en vérité, la justification - ou le Salut - par la foi, le royaume des cieux et d'autres plus générales telles que la vie, la justice, la paix, la joie, la vérité, la liberté. Alors qu'il éclaire ‟Tout homme
venant dans le monde” (Jn 1, 4),
pourquoi L'Évangile ne fait-il pas, à juste titre, partie des Lumières ?
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Bonne nouvelle ; et, ‟encore que” : les paroles de Jésus contiennent des avertissements qui ne font ni appel à une capacité divine des gens ni à leur libre arbitre, mais qui exigent de prendre au sérieux cet espace d'autonomie sociale dont nous sommes tous dotés (à moins qu'un régime totalitaire nous en prive). Ces mises en garde sont exprimées dans les termes de l'apocalyptique de l'époque ou sous forme de parabole (‟Il amassera le blé dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas”, Mat 3, 12 ; ‟Je retranche, j'émonde”, Jean 15, 2). Comme Abraham, comme Moïse, comme tous les prophètes, Jésus est un homme de son époque dépassé par son message.
Ces paroles responsables et sévères (‟Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu”, Mc 10, 25) peuvent être entendues mais aussi non écoutées, entendues et refusées, c'est la responsabilité qui correspond à l'espace d'autonomie qui nous est accordé.
Une semblable intuition nous fait dire, dans le langage courant : ‟C'est Homère”, ‟C'est le Coran”, ‟C'est l'Encyclopédie”, ‟C'est Proust”, ‟C'est Ubu”, …, ‟C'est l'Évangile” ; ‟En accord avec l'Évangile” ; ‟Avant -ou après- l'Évangile”, etc.
L'Évangile transbiblique, un guide herméneutique
Cette intuition globale, toujours de nouveau rapportées aux textes des Évangiles et aux autres auteurs du Nouveau Testament qui, au surplus, se rencontre déjà partiellement dans certaines paroles du Premier Testament, nous sert de fil conducteur dans l'interprétation (relire Hébreux 11). C'est la configuration dite du "canon dans le canon", avec, toutefois, cette nuance que la pierre de touche retenue ici n'est pas une doctrine, mais une intuition, l'analogie de la Parole évangélique.
- ‟Tu aimeras le Seigneur ton Dieu” (De 6,5) et non
‟Tu craindras” - Et la Lumière fut (Ge 1, 3)- Il n'y aura plus de Déluge (Ge 9, 11) - Une source de bénédiction (Ge 12, 2)- Tu aimeras le Seigneur, tu aimeras ton prochain (De 6, 5 ; Lé 19, 18) - Je t'ai choisi (1 Sa 10-13 ; Lc, 4, 18) - Tu seras mon prophète (Jé 1, 4-5) - Préparez les chemins du Seigneur (Mc 1, 3) - Les prisonniers sont libérés, les aveugles voient (És 61, 1-21 ; Lc 4, 18-19) - Je ne veux pas la mort du méchant, mais, qu'il se convertisse et qu'il vive (Ézé 18, 23) - Consolez mon peuple (És 40, 1) - Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir (Mt 5, 17)- En avant, ceux qui procurent la paix, ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5, 9) - Donnez-leur vous-mêmes à manger (Mc 6, 37) - Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir et donner ma vie pour votre rachat (Mt 20,28) -Je vous donnerai du repos (Mt 11, 28) - Vous êtes le sel de la terre, mais si le sel perd sa saveur comment la lui rendra-t-on , (Mt 5, 13) - L'Évangile de Jésus crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs (1 Co 1, 23) - La justice par la foi (Rm 1, 17) - C'est par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu (Ép 2, 8) - Sauvés en espérance (Rm 8, 24) - Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l'amour et l'espérance (1 Co 13, 13) - Dieu est Amour (1 Jn 4, 16)- Vous serez mes témoins Ac 1, 8) -
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Pour les textes bibliques, il existe autant d'interprétations (herméneutiques), que de sciences historiques, humaines, sociales et politiques peut-on dire. Les Écritures ne font pas universellement autorité. Pour la Tradition, tout est continuement tradition, Israël finit par ne plus y parler que de lui-même, l'Église finit par ne plus y parler que d'elle-même. À force de fidélité à la lettre, l'interprétation littéraliste conduit au fondamentalisme et au sectarisme. Lorsque nous embrassons les Écritures dans la Culture, l'interprétation par les philosophies, les Sagesses, les idéologies anciennes ou du moment, aboutissent au "n'importe quoi", les deux maux dont souffre le protestantisme.
L'analogie de la Parole fonctionne à l'intérieur du texte biblique, l'Évangile comme intuition sert aussi à interpréter tout texte, tout propos, les Églises, les religions, l'être humain, la société, les cultures, l'Histoire.
Qui est Jésus pour nous aujourd'hui ?
Les témoignages sur Jésus sont une chose, la question cruciale est : ‟Qui est Jésus pour nous aujourd'hui ?”
La réponse qui vient immédiatement à l'esprit : Jésus c'est l'Évangile et l'Évangile c'est Jésus (Jésus versus Évangile).
Sur le chemin de Césarée de Philippe, Pierre avait répondu à cette question en disant : ‟Tu es le Christ”. Réponse que Jésus avait accueillie en exigeant que ses disciples ne confessent pas cette foi avant sa résurrection (Mat 16, 20). Pierre parlait araméen et n'a pas dit "Christ", mais "Messie" (MâChîaRh) et il devait donner à ce mot le sens que les Juifs d'alors lui donnait : Le ‟Libérateur national définitif d'Israël” (Lc 24, 21) (16).
(16) Aujourd'hui, certains commentateurs Juifs pensent que le Messie ne désigne pas une personne, mais un état du monde avenir en quelque sorte sanctifié.
‟Jésus Seigneur (YHWH) et Sauveur” (Messie) -universel-, expression de la Deuxième Épître de Pierre (1, 11 ; 2, 20 ; 3, 2, 18) est entièrement suffisante pour dire, dans les termes d'une christologie économique (au sens théologique de ce mot : dans la vie courate du chrétien et de l'Église, on pourrait parler de théologie narrative) ou dans l'analogie de la Parole, ce que la christologie nicéenne (17) dit de façon spéculative. Le pain trempé dans le vin est une belle évocation de l'incarnation : le pain et le vin restent entièrement eux-mêmes dans leur union en une mouillette.
(17) Le concile de Nicée (325), travaillant avec la notion non biblique de "nature", aboutit à ce que l'on appelle "l'union hypostatique", à savoir, l'union d'une nature divine et d'une nature humaine en une personne : le Christ (Médiateur et Rédempteur). C'est pour cette raison que l'on écrit "Jésus-Christ" (avec tiret). J'écris "Jésus Christ" (sans tiret), pour dire "Jésus qui est le Christ -le Messie-", Seigneur (appellation du tétragramme YHWH) et Sauveur (une catégorie sociale humaine).
"Jésus Christ", il ne faut pas y voir une séparation entre le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi comme on en a accusé, à tort, Martin Kähler (1835-1912, Der
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sogenannte historische Jesus und der geschichtliche, biblische Christus, - Le dénommé Jésus et le Christ historique et biblique- 1892). Ce que, dans sa faiblesse, l'intellectualité sépare ne l'est pas en réalité. Il y a une distinction entre Jésus et Christ, mais Jésus est bien l'être humain historique qui sauve l'humanité, qui la sanctifie comme le Seigneur est saint (QâDôCh), mais ne la divinise pas comme s'il était "divin". La foi est ici source de la sanctification chère à J. Calvin (18).
(18) Dans le Salut par la foi, contrairement à Luther, Calvin place la sanctification avant la justification. Dans son Institution de la religion chrétienne, Calvin développe la question des relations entre Premier Testament et Nouveau Testament, celle de la valeur de la Thôrâh pour les chrétiens (François Wendel, Calvin, sources et évolution de sa pensée religieuse, p. 146-160). On
est tenté d'effectuer un rapprochement de la Révélation en général et du
témoignage intérieur secret du Saint Esprit, en particulier, avec la conception de la
vérité comme irruption dans l'immanence de ‟Forces agissantes singulières,
portant, quoique finies, témoignage de l'absolu” (L'immanence des vérités, L'être et l'événemenrt 3, 2018, où Alain Badiou -né en 1937- parle d'infini ou d'absolu, parfois même de salut). Mais rapprochement ne vaut
pas identification. La Parole, au sens de ce témoignage, est Transcendance personnalisée. La
théologie de l'Esprit est une théologie de la relation généralisée, pas de la
relativité généralisée. J''évite tout langage qui substantifierait Dieu : Absolu, Infini (Ein Soph de la Qabbale), Éternel.
Kurios (Seigneur) et Sôter (Sauveur), étaient des titres attribués aux empereurs, en les donnant au Christ, les chrétiens faisaient acte de lèse-majesté. C'était au surplus une impiété, sachant que l'empereur était apothéosé (Théos) après sa mort. D'où la désignation d'athéioi (athées) qui figurait au nombre des accusations motivant la persécution des chrétiens.
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3
LA PAROLE
L'Évangile entre dans le cadre plus large de la Parole.
À partir du moment où il a existé un canon des Écritures chrétiennes l'économie de l'histoire du Salut a changé, elle est devenue celle de la Parole.
Le canon des Écritures est une œuvre tout humaine. La liste des livres du Nouveau Testament que nous connaissons, le canon du Nouveau Testament, existe dès les dernières années du 4ème siècle. Il est le même pour toutes les Églises. Ce qui varie, dans le canon biblique, c'est la liste des Livres du Premier Testament. Les protestants, au 16ème siècle, ont repris le canon hébraïque juif, les catholiques qui ont établi cette liste à une époque où le canon juif n'était pas encore complètement clos, y ajoutent des livres rédigés en grec (Tobie, Judith, Sagesse de Simon fils de Sirach, en particulier).
Lorsque nous disons ‟Parole de Dieu”, que mettons-nous sous le mot de "dieu" ?
Je ne crois pas en "Dieu", je crois en la Parole de Vie
"Dieu" est un mot valise dans lequel
on met tout et n'importe quoi (exemple d'abus : ‟L'Éternité peut attendre”, Richelieu
; ‟Dieu est du côté des gros bataillons”, Napoléon). La Bible parle d'ÉLoHiM (que l'on pourrait traduire par "Divinité", mieux que par "Dieu"), mais elle fait surtout référence à la notion biblique de YHWH, le Dieu que l'on ne nomme pas, mais qui a plusieurs appellations : ADôN (Seigneur) ; HaChéM (le Nom) ; ÈLèYoN (le Très Haut) ; ADôN TsêBaoTh (Seigneur des armées -des cieux-) ; ÉLoHiM RhaYYîM (le Dieu vivant), 1 Sa 17, 26, 36 ; EL QâNA (Dieu jaloux ou passionné), Ex 34,14 ; EL ChaDDaY (le Tout Puissant), Dieu qui n'est ni dans le vent violent ni dans le tremblement de terre ni dans le feu, mais ‟Dans un murmure doux et léger” (1 R 19, 11-12) ; ‟Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob, Dieu vivant” (Blaise Pascal, Pensées, Édition Léon Brunschwicg, p. 142) ; ‟Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants” (Marc 12, 27). On appelle "apophatisme" l'attitude qui
consiste en un définitif refus de parler sur "Dieu" (il a été beaucoup écrit sur ce silence de Dieu, du côté orthodoxe surtout).
Mais la Bible n'est pas témoin du seul Seigneur prophétique et de la foi charismatique. Elle véhicule aussi une forte dose de sacralité, de croyance en une présence du Seigneur au sein même d'Israël, autour d'un objet : l'arche d'Alliance et du mobilier qui l'accompagne (en particulier le chandelier à sept branches qui figure dans le trophée de Titus sur l'arc de triomphe d'Hadrien à Rome). Sacralité inséparable d'une croyance au miracle : le Seigneur interviendra du haut des cieux, à bras étendu, si les nations touchent à Jérusalem et à son Temple unique (19). Sous cet angle du vécu, le plus important peut-être et mis à part le Temple de Jérusalem, symbole de l'unicité du Seigneur, Israël retrouve le fond religieux universel
(19) Voir plus loin : 5 Entrer dans la vision de Jésus, la note intitulée Hypothèses.
En lançant l'expression générale de "ho théos, "dieu", auquel nous mettrons une majuscule (Dieu), les écrivains du Nouveau Testament ont sans doute pensé
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qu'ils affirmaient ainsi suffisamment l'unicité de Dieu face aux multiples divinités du paganisme ambiant pour rendre compte du YHWH-Seigneur biblique. Ils ont dû penser qu'avec ce mot ils se démarquaient du judaïsme, d'une part, du paganisme, d'autre part. La suite de l'histoire, c'est que le mot de "Dieu" est devenu du n'importe quoi, un polochon.
Aujourd'hui, je dirais : ‟Je ne crois pas en "Dieu", je crois en la Parole de Vie (dans la vie courante du chrétien et de l'Église : la Parole pour l'Existence , une Parole pour exister) tout en recourant, le cas échéant, à l'expression "Parole de Dieu" (restant attentif à ce que l'on met sous le mot de "dieu") parce que c'est la manière de parler consacrée, en dépit de son caractère approximatif. Du coup : ‟Je ne crois pas en "Dieu", je crois en la parole de Dieu” prend une tournure paradoxale qui n'est qu'apparente, en raison de la plurivocité du mot "dieu".
La Vie contient une promesse de vie éternelle. Promesse vécue dans les conditions actuelles de notre existence (contingence et finitude) sous forme d'une créativité en tout espèce de domaines, mais qualifiée par la Parole au sens défini ici. Concernant notre condition, je ne dirais pas que ‟Toute détermination est négation”, mais, relisant l'Éthique de Spinoza avec la volonté de puisssance nietzschéenne : ‟Toute détermination est opposition”, opposition à
ce qui nous environne et à ceux qui nous entourent, le ‟Pour soi” et le ‟Pour-autrui”
de L'Être et le néant qui se démarquent de toute clôture. Opposition enrichissante ou appauvrissante, selon qu'elle est ou non qualifiée par la Parole de Vie qui donne leur poids à notre environnement et à notre entourage (19bis). Les autres sources de sens ou de valeur peuvent aussi être enrichissantes tout en restant dans leurs limites. Pareille détermination de notre condition rend notre profil plus net et notre cohésion plus forte, nous raffermit dans l'action, au sein de notre histoire personnelle ou de l'Histoire.
(19bis)
Environnement : le "monde",
lieu et temps d'existence pris en général ; contexte
: les données sgnifiantes au milieu desquelles nous nous trouvons, notre
culture ; entourage : l'Église, un lieu
et un temps -le "moment",de la Parole par exemple- distinct du
"monde" (l'environnement) ; emballage
: les éléments dont nous nous entourons (vêtements, parures, barbe ou non,
chevelure, maquillage etc.), notre aspect, l'image que nous renvoient les miroirs,
que nous attendons des autres.
Théologie de la Parole, pour laquelle le révélé est dans et par une Parole non dans une substance, dont le sujet est dans notre réponse à la Parole et non en vertu d'un subjectum. Elle permet de prendre ses distances avec les notions de "divin", de "sacré", avec l'héritage métaphysique occidental ancien (présocratiques, Platon, Aristote, Stoïciens, univers gréco-romain) ou moderne (Alfred North Whitehead, par exemple (20)) ou avec le monde religieux universel (l'univers païen en termes bibliques). La Gloire du Seigneur, n'est pas avant tout de l'ordre de la l'éclat, mais de celui du poids : peser son entier poids de Parole intelligible (21).
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(20) Alfred North Whitehead (1861-1947), l'un des premiers mathématiciens du 20ème siècle, co-auteur avec Bertrand Russell (1872-1970), des Principia mathematica, sera au départ de la théologie du Process.
(21) Voir plus loin, Comment entendre l'expression ‟Être en Christ” ?
Il arrive que la mise en avant des Écritures ou de la Parole soit interprétée comme un intellectualisme, mais la Parole est prise ici au sens du Prologue johannique, du Logos qui devient chair, qui part de entrailles (És 63, 15, par exemple) et touche l'âme (Ps 63, 2, par exemple), situant notre foi-en-l'existence, par ailleurs contingente et finie (Parole pour l'existence), en Jésus, dans le Sauveur, le Messie (Christ) qui devient ainsi présent telle une personne actuelle. L'essentiel est que le Seigneur ait choisi, une fois pour toutes, d'avoir avec nous une relation de parole de préférence à toute autre (la force, ou la séduction, en particulier).
Le témoignage intérieur secret du Saint Esprit
L'Évangile ou la Bible ne se lisent pas comme une notice ou un mode d'emploi. C'est plus même qu'une méditation, c'est une écoute. On désigne par "Parole" le moment (charismatique) où le texte biblique agit. Jean Calvin (1509-1564) a formulé ce moment en parlant du ‟Témoignage intérieur secret -sans affect- du Saint Esprit” (22). L'Esprit actualise, ratifie ou scelle en nous (dans notre esprit et dans notre coeur), sans autre intermédiaire que les témoins qui ont transmis avec fidélité, ou même au péril de leur vie, la Parole qui agit alors de façon décisive dans notre existence : qui sont occasion de la médiation du Salut (23). La Parole s'enracine, elle s'incorpore à nous, se grave dans notre coeur, tout cela sans déchet, pourtant nous ne l'incarnons jamais. Dans l'économie actuelle du Salut biblique, le témoignage intérieur du Saint Esprit tient le rôle de la "parole venue du ciel" lors du baptême de Jésus (Mc 1, 10-11) ou de la transfiguration (Mt 17, 5) (24).
(22) Institution de la religion chrétienne (1561), Livre I, 7, 4, François Wendel, Calvin, Sources et Évolution de sa pensée religieuse, Paris, Presses universitaires de France, 1950, p. 115-s, 121, 133, 188, 205, 217, 255.
(23) Décisions existentielles : Romains 1, 16-17, pour Luther ; Luc 10, 25-37, pour Henri Dunant (1828-1910) et pour Toyohiko Kagawa (1888-1960) ; Jean 21, 22, pour Albert Schweitzer ; Marc 10, 25, pour Michel Rocard (1930-2016) (voir entretien avec Laurent Delahousse plusieurs fois diffusé sur Antenne 2), par exemple.
(24) P. Tillich reconnaît l'existence de "moments" de révélation (les kaïroi) qui surviennent dans l'Histoire ou bien dans nos histoires, mais, autant que je sache, il ne les lie pas explicitement aux Écritures bibliques avec l'Esprit. La Parole est de
l'ordre de l'événement, non de l'événement pour l'événement, elle prime sur la
structure (ecclésiale, sociale, économique ou politique), mais ne la supprime
pas, elle la sous-tend.
Saint-Esprit et Écritures
grâce et vérité
vin et pain
Présence personnelle de Jésus Sauveur et Seigneur donnée par le Saint Esprit , ‟ esprit [sentiment ?] d'adoption par lequel nous crions Abba ! , Père ! […] L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu” (Rm 8, 14-15)
Ce témoignage va-t-il créer une aristocratie de l'Esprit, comme certains en ont prêté l'idée à Calvin? N'est-ce pas plutôt une démocratisation de la Parole ?
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La formulation d'un phénomène réel (sa ratio, sa loi) est essentielle, elle annule les phénomènes apparents et elle ouvre la voie au traitement en vérité des choses concernées. Longtemps, des hommes ont su mettre des esquifs sur l'eau, mais à partir du moment où Archimède (287-212 avant notre ère) a formulé son principe à la base du calcul de la densité physique, c'est la construction navale qui est devenue possible.
On ne lit pas la Bible en vue d'obtenir une Parole pour l'existence. On la lit, on l'étudie, on la médite en vérité. Le témoignage intérieur du Saint Esprit ne se commande pas, il se constate, sur ses effets, après-coup, de façon aléatoire à vues humaines. Après-coup, comme un renvoi du passé qui peut
s'accompagner d'un sentiment de prédestination (Jérémie, Paul), mais n'est pas
un regard en arrière. Un trait fondamental qui a pu être vécu et compris, de façon peut être hâtive, comme silence, absence de Dieu, "désespoir de la révélation" par les théologiens de la "mort de Dieu" (Thomas Altizer, né en 1927, Dorothée Sölle, 1929-2003). Par ailleurs, cette présentation de la Parole n'a rien à voir avec le "piqueurs de Psaumes". Devant une question, on piquait au hasard dans le Livre des Psaumes où ailleurs dans toute la Bible et la parole indiquée était réputée donner la réponse (25).
(25) Visionnez de nouveau le film de John Ford, Les Fils du désert (1948).
Concernant les miracles bibliques, ils ne se bornent pas au miraculeux, ils sont l'ouverture d'une voie de salut, en ce qui concernent les miracles des Evangiles, ils sont un appel d'air pour une vie non seulement neuve, mais nouvelle, pour nous, une préfiguration de la résurrection et de la vie éternelle. Si nous n'ajoutons plus foi aux miracles, d'autres y croient toujours, nombreux sont ceux qui regrettent de ne plus pouvoir en attendre. Respectons chacun. En ce qui me concerne, deux mystères au moins subsistent : l'existence du Mal et (exception faite des Jufs messianiques) la fermeture historique d'Israël à la Bonne Nouvelle du Rav Jésus de Nazareth.
En dehors de tout espèce de religion, il peut se rencontrer, sinon des miracles, du moins des coïncidences heureuses. L'harmonie universelle de Gottfried Leibniz (Monadologie, 1714), la Main invisible d'Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776), le dynamisme créateur de la théologie du Process (Alfred N. Whitehead, 1861-1947 ; Charles Hartshorne, 1897-2000). La cosmogenèse, la géogenèse, la biogenèse, l'anthropogenèse (révolutions cognitive, agricole, industrielle, électronique) illustrent ce fait à plusieurs moments de leur développement commun qui semble viser une but (Principe anthropique faible).
Vu de l'extérieur, le témoignage intérieur du Saint Esprit qui scelle en nous la Parole peut sembler un miracle, mais le mot ne convient pas du fait que, sur le moment, rien ne se passe, que rien d'exceptionnel ne nous distingue et que nous ne prenons connaissance de cette action qu'avec le recul, voire bien après, à partir d'une conviction qui s'est créée, d'une réorientation que notre vie a prise, d'une présence du Seigneur que nous vivons mieux. Il ne s'agit jamais d'une preuve.
Le Saint Esprit n'est pas une hypostase transcendante. Dans le témoignage intérieur du Saint Esprit, il n'y a ni extase ni illumination. Il est possible que l'on ne prenne conscience de ses effets, de l'impact d'un texte biblique dans sa vie, qu'avec un décalage dans le temps, voire rétrospectivement. De sorte que personne ne peut hâtivement dire : ‟Je ne crois pas au Saint Esprit”. Le témoignage intérieur du Saint Esprit prend acte de la fin de l'inspiration dont témoignent divers auteurs bibliques. Cela ne signifie pas que "Dieu" ne parle pas, mais qu'il parle autrement.
Le témoignage intérieur secret du Saint
Esprit constitue, à lui seul, toute la théonomie (pour mieux dire que
"théologie") du Saint Esprit dont nous avons besoin. Le mot de
"secret" peut, selon l'étymologie, être compris comme mystique",
mais ce n'est pas le sens des notions bibliques. Ce "secret" rend compte de la gratuité des dons - des charismes
- du Saint Esprit. Il vaut donc mieux le
rendre par "charismatique". Dans la Postface de sa Dogmatique de l'Eglise de 1956, à propos de Schleiermacher, Karl Barth dit que si c'était à recommencer, il partirait de la pneumatologie ; le Saint-Esprit est le point de passage concret de notre relation au Dieu de la révélation biblique.
La prédication
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La Parole est prédication, une prédication qui peut se demander mais ne se réclame pas, ne se sollicite pas, dont on peut dire qu'elle respecte le ‟Principe protestant” défini par Paul Tillich, puisque l'initiative ne peut venir que du dehors -acceptons d'être aimés pour rien- et qu'elle consiste en l' ‟Amen” (‟C'est solide”) ajouté à une Parole qui ne vient pas de nous, qui est intelligible, performative et n'a rien à voir avec le divin. ‟Nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre, mais puisque tu l'as dit, je jetterai les filets” (Lc 5, 5).
La Parole performative est toujours Sujet et engendre un second moment charismatique : celui de la prière personnelle confiante, entretien avec la Parole qui nous institue sujets à notre tour. Acteurs lucides de notre vie personnelle, familiale, citoyenne, professionnelle, écologique, mondaine, historique (les œuvres de la foi qui ne nous sauvent pas, mais peuvent être des sauvetages pour d'autres). Ainsi, la foi se veut-elle message, témoignage, proclamation, en aucun cas rite, cérémonie, spectacle, mais engagement à la suite de Jésus.
Parole, prédication, ordre du don gratuit, qui respecte la liberté du donneur et crée celle du receveur. Prédication sous l'horizon de la Parole-Évangile en considération de la situation physique, sociale, culturelle de ceux à qui l'on s'adresse, avec tact mais sans concession.
Une transmission, pas une communication.
Parole et Liberté
Avec Martin Luther et Sigmund Freud (1856-1939), qui voient les choses de façon bien différente, je ne crois pas au libre arbitre. Ce n'est pas défaut d'humanisme : je pense que nous sommes tous dotés à la naissance d'un espace d'autonomie plus ou moins large où une liberté individuelle (responsable) peut s'exercer, nous ne sommes pas foncièrement "libres". La perversion de la liberté consiste dans l'indépendance irresponsable.
Nous voulons exercer la liberté qui nous est donnée en tant que religion, religion préfigurative (26), désacralisée, laïque dans l'ordre de la sainteté dans le monde.
(26) Terminologie de Margaret Mead (1901-1978) : la famille postfigurative (traditionnaliste), la famille configurative (à la mode, conformiste), la famille préfigurative (celle de l'avenir).
La Parole peut se produire une seule fois dans une vie avec la force de modeler toute cette vie, ou bien elle se produit plusieurs fois en réponse aux circonstances dans lesquelles nous vivons.
Ne pensons pas, de ce qui vient d'être dit, que le témoignage intérieur du Saint Esprit soit exigé de quiconque se présente comme protestant. Plusieurs autres facteurs (culturels, personnels) riches et dignes d'intérêt entrent en jeu ici. Pour la
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bonne santé de notre foi, autant oublier ce qui vient d'être dit et garder simplement contact avec notre Bible.
Lorsque la Parole a lieu, nous allons à l'essentiel, laissant de côté tout ce qui est inessentiel. L'exégèse historico-critique, toute légitime qu'elle soit, peut nous détourner de cet essentiel. Il est important de savoir qui est ‟Le disciple que Jésus aimait” (13, 23 ; 20, 2 ; 21, 7 ; 21, 20) qui signe le Quatrième Évangile (21, 234), mais peu importe cette question lorsque la Parole évangélique nous touche.
Quand la Parole a lieu, une parole biblique se trouve scellée en nous par le Saint Esprit, orientant ou réorientant notre existence, nous découvrant de nouvelles possibilités d'existence, nous conduisant à prendre une décision. Ce n'est pas une cristallisation, comme celle que Gustave Flaubert (1821-1880) a décrite, même si, comme cette dernière, elle s'accompagne d'un sentiment d'épanouissement. Il y a ici, en plus, l'évidence d'une libération.
À partir de là, on peut discuter s'il s'agit ou non d'une aliénation. La libération qui accompagne le témoignage intérieur du Saint Esprit semble bien exclure cette hypothèse. La Parole biblique évangélique intelligible nous libère du sacré, du divin, de l'égotisme. Elle est libératrice et ouverture, non libertaire.
Parole et Culture
Cet accueil existentiel de la Parole n'en demeure pas moins toujours aussi critique. Dans le Nouveau Testament, les Évangiles en particulier, nous avons affaire à des témoignages subjectifs (le kérygme), pas à des compte-rendus expérimentaux. Au surplus, chaque texte biblique reflète une culture et se démarque de celle-ci sur des points critiques.
Les écrivains bibliques ont un sens inné de la transcendance, alors que nous autres occidentaux nous sommes a-religieux en quête d'une religion qui ne serait pas "religieuse". Dans l'Orient ancien et encore aujourd'hui, quand quelqu'un veut exposer une idée, il imagine un mythe (27), raconte une histoire, une légende, rapporte un songe, une vision, un témoignage personnel, un prodige, un miracle, récits de tous ordres qui sont les morceaux du grand puzzle biblique, utilisant des images et des symboles, des ‟figures”, comme dit Pascal (Penseés 624 à 639, édition Brunschvigt), qui dégagent un sens, là où nous userions de concepts qui renvoient à des savoirs. L'esprit grec dit : ‟Arctique” et ‟Antartique”, les arabes parlent de ‟Zénith” et de ‟Nadir”.
(27) Démythologisation : il faut distinguer entre les mythes (Ge 2 et 3) ; les symboles (Ge 1) ; l'imaginaire (les anges) ; les légendes (La Tour de Babel) ; les relation d'expériences religieuses exceptionnelles (Jacob au gué du Jabbok, Paul sur le chemin de Damas) ; les croyances (le ciel, l'enfer, la vie éternelle) ; le miraculeux.
On dit l'Antiquité non-scientifique, il existe des exceptions notables : Imhotep (vers2278 avant notre ère). Hippocrate (460-377, avant notre ère), Ératosthène (284-192, avant notre ère), Archimède (287-212, avant notre ère).
Luther (1498-1532) et Calvin (1509-1564) sont peu réceptifs, voire hostiles, aux avancées scientifiques de l'époque, mais Andreas Osiander (1498-1532) publie le De Revolutionibus orbium coelestium de Copernic (1473-1543) ; Johannes Kepler (1571-1630) est, au départ, étudiant d'un
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séminaire pastoral qu'il ne reniera pas, Bernard Palissy (1510-1589), Ambroise Paré (1509-1590) se réclament de la foi réformée.
Le témoignage intérieur du Saint Esprit est le démarqueur qui agit dans nos cultures humaines, géographiquement et historiquement diverses, il n'exclut pas l'exégèse savante, il est en soi une critique, il va au-delà, il est de l'ordre de la ‟nouvelle naïveté” dont parle Paul Ricoeur (1913-2005).
Je précise enfin ce qui m'apparaît comme les démarches (simples) d'une théologie chrétienne possible dans la modernité et la multiculturalité : au-delà du présupposé d'une exégèse historico-critique :
a) l'analogie de la Parole (plus précis que "l'analogie de la foi"), la cohérence biblique, la cohésion de la Parole, obtenues par l'Évangile - domaine de l'intelligibilité, l'intelligence, l'entendement - (la polyphonie biblique pour Paul Ricoeur);
b) le christocentrisme, la concentration christologique des notions bibliques (la sainteté, la grâce) ou des thèmes bibliques (création, élection, justification), - domaine de l'incarnation, du corps - ;
c) un sentiment (pas un concept) pour traduire une croyance biblique (création et preuve a contingentia mundi, vie éternelle et sentiment de l'éternité, Gloire et sentiment d'entièreté), - le sentiment est un "sens" incarné ; domaine de l'âme, de la psyché qui englobe la sôphrosunè (la pensée); l'a priori
(religieux, pour E Troeltsch), le transcendantal de Kant, puis Husserl - ;
d) les concepts théologiques (doctrine de "Dieu", christologie) qui deviennent des convictions lorsqu'ils sont qualifiés par la Parole d'Évangile scripturaire-biblique (ou par le Royaume des Cieux) - domaine du cœur et de ses raisons -.
Toutes indications utiles pour une théologie loyale envers la personne moderne et hypermoderne, la civilisation occidentale (en manque général d'inspiration), la multiculturalité et loyale avec la foi chrétienne évangélique.
(28) a) ‟L'Impératif catégorique inscrit au fond du cœur” chez I. Kant, qui traduit le temps de la Pentecôte où l'on n'aura plus besoin d'enseigner la Loi parce qu'elle sera inscrite dans les cœurs ; b) le ‟Sentiment de dépendance absolue” de F. Schleiermacher, traduction de l'exigence de la transcendance d'un unique Seigneur - le ‟Coram theo” (‟Devant Dieu”) de la Réformation - le sentiment est un sens, mais incarné, domaine de la psyché qui englobe la sôphrosunè, la pensée - ; le sens d'une dette envers le Créateur (chez Karl Barth ; c) la ‟Différence qualitative absolue” de S. Kierkegaard qui traduit la tension interne des symboles bibliques : choses, êtres, phénomènes célestes-le Ciel, les Cieux ; messeigneurs-le Seigneur ; les dissensions-la Paix ; les sanctuaires-le Temple ; les humains-l'Homme ; les paroles-la Parole ; les royaumes-le Royaume ; les couples-l'Époux et l'Épouse etc. - ; d) La ‟Préoccupation ultime” de P. Tillich traductrice
du "Ciel" ; e) on ne croit plus aux Enfers, mais on a un sentiment de
culpabilité, d) ici-même, le ‟Sentiment de l'éternité” traduction de la Vie,
la vie éternelle. Y a-t-il un sentiment de la transcendance ? C'est comme l'équation du second degré qui peut présenter deux solutions, l'une positive (un sentiment essentiel de gratitude -la Parole-), l'autre négative (au sens algébrique de nombre négatif) : un sentiment d'entière dépendance -le religieux-. Je pense que le kaïros de P.Tillich doit s'accompagner d'une sentiment. Ce n'est pas la cas du témoignage intérieur du Saint-Esprit qui est, et reste, sans affect -"secret"-. Il est, ultérieurement, reconnu (a postérori) pour ce qu'il est dans l'ordre charismatique, pas illuministe. Le Tout-Autre est un sens (signification) de la transcendance. L'eschatologie qui-vient-à-nous (l'eschatologie-avent) en est un autre sens (une intuition). En parlant de sentiment, peut-être répondons-nous à la critique néoconfucéenne (Mou Zongsan, Spécificités de la philosophie chinoise) pour qui la philosophie (et la théologie) occidentale a évacué la subjectivité, l'intériorité (par souci d'objectivation).
Jésus avait déjà opéré quelque chose de comparable en "patrologisant", si je puis dire, introduisant le figure du Père qui pacifie celle du Seigneur. Et Paul en avait fait tout autant pour dire une Nouvelle alliance qui ne trahit pas la Première. Le "dieu" biblique ne construit pas de ponts, il ouvre la Mer, il fait Alliance, il réconcilie. La Réconciliation symbolisée par l'arc-en-ciel (Genèse 9, 13-16 ; Ézé 1, 27-28 ) devient réalité par et en Christ ( 2 Corinthiens 5, 18-19, Romains 5,11 ; 11,15).
Convictions et sentiments
Les croyances sont-elles des "paroles" ? La Bible contient à la fois l'univers à trois étages, avec un temps cyclique et le temps linéaire (histoire sainte) qui implique un monde qui a un commencement (Création) et une fin (eschatologie),
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une vie morale (connaissance du bien et du mal, Ge 3) ou spirituelle, celle du "Devant Dieu" (les 10 Paroles, Ex 20 ; De 5) et une éthique existentielle (‟J'ai mis devant toi la vie et la mort, afin que tu choisisses la vie”, De. 30)
Dans le cadre d'une théologie de la Parole (29) (témoignage intérieur du Saint Esprit), il n'y a que des convictions (des concepts qualifiés par l'Évangile), non des valeurs comme le pensait Albert Ritschl (théologien systématicien luthérien), des symboles (30), comme pour Auguste Sabatier -1839-1901-, théologien systématicien réformé, pour Paul Tillich (31). Convictions personnelles, convictions d'une communauté, convictions d'une Église. Les Confessions de foi expriment des convictions, mais elles ne doivent pas devenir des idéologies. La théologie traite des convictions chrétiennes universelles (qui tendent vers l'universalité dans le temps et dans l'histoire, ou qui se veulent telles). Il ne peut s'agir d'un dogmatisme, d'une idéologie sectaire ni d'un "n'importe quoi".
(29) Pour les grecs, le Logos est la parole, la raison, le discours. Nicolas Malebranche (1638-1715, principalement dans ses Méditations) va identifier le Christ en nous avec le Logos grec. Le Prologue du 4ème Évangile donne au Logos le sens du DâWâR créateur de Dieu. C'est la Parole créatrice (qui suscite son vis- à-vis), non la Raison, qui prend chair en Jésus Christ.
(30) La Bible use de symboles, pas d'allégories. Il est important de le signaler. Origène (185-252 ou 254) se heurtant aux prodiges relatés dans la Bible avait conclu qu'il s'agissait d'allégories.
(31) Sa conception du symbole qui porte avec lui quelque chose de ce qu'il désigne pourrait être un reste du consubstantialisme luthérien de la cène.
Les convictions ne se résument pas à des opinions, elles s'accompagnent de sentiments qui leur confèrent une réalité vécue tendanciellement comme universelle : conscience, ‟Instinct divin”, du Vicaire savoyard chez Jean-Jacques Rousseau (1712-1778, L'Émile, 1762), sentiment romantique de la transcendance, ‟Sentiment de dépendance absolue” chez Friedrich Schleiermacher (1768-1834), ‟Différence qualitative infinie du temps et de l'Éternité” de Sören Kierkegaard (1813-1855), reprise par Karl Barth dans son Commentaire de l'Épître aux Romains, ‟Préoccupation ultime” chez Paul Tillich, un sentiment de l'éternité acquis par grâce, par le moyen de la foi, sur la base de la Partole (Écritures + Saint Esprit (L'acquisition du Salut).
Pour le psychologue, le sentiment provient d'une émotion retravaillée par l'esprit jusqu'à la passion. Le sentiment se définirait alors comme une passion guérie. D'autres insisteront sur ce qu’il y a d’intermédiarité dans le sentiment, le ‘‘presque’’, le ‘‘je ne sais quoi’’. Personnellement, je prends le sentiment sous l'aspect où nous éprouvons une qualité, c'est comme nous nous sentons.
Quelle différence y a-t-il entre une impression, une expérience vécue, un sentiment ? Je dirais que l'impression est la marque passagère laissée en notre esprit par nos observations. L'expérience vécue est la trace affective intelligible, plus ou moins profonde, creusée dans notre existence personnelle ou collective. Le sentiment naît de la rencontre et de la relation profondément vécues avec une personne, un objet ou un ensemble présents ou absents, mais saisis dans leur qualité (l'amour, la nature, la société, la paix, la liberté, etc., ici : l'éternité)*
. * Sentiment de l'éternité : intuition psychologique de l'ordre de la Parole (biblique) reçue par la foi (entière confiance). Parole pesant son poids de connaissance (Parole de Vie) qui qualifie notre existence sous l'un des aspects du Salut (vie éternelle). Je ne parle pas d'allégorie (Origène), d'analogie (E.Brunner), de corrélation (P. Tillich), mais de qualification (S. Kierkegaard : la "différence qualitative infinie" et K.Barth). Notre existence vécue comme "être-dans-le-chemin-de-l'Évangile" à l'un des stades de celui-ci.
. * Sentiment de l'éternité : intuition psychologique de l'ordre de la Parole (biblique) reçue par la foi (entière confiance). Parole pesant son poids de connaissance (Parole de Vie) qui qualifie notre existence sous l'un des aspects du Salut (vie éternelle). Je ne parle pas d'allégorie (Origène), d'analogie (E.Brunner), de corrélation (P. Tillich), mais de qualification (S. Kierkegaard : la "différence qualitative infinie" et K.Barth). Notre existence vécue comme "être-dans-le-chemin-de-l'Évangile" à l'un des stades de celui-ci.
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Le passé et l'inaccompli
Sur le plan de la temporalité, la Bible est un passé et le témoignage intérieur du Saint Esprit est une actualité où un avenir (le temps inaccompli de l'hébreu), dans la Parole, cet inaccompli rencontre ce passé. La Parole fait toujours encore écho aujourd'hui.
Jacques Gruber
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Liste des abréviations bibliques utilisées
liste alphabétique
1 Chr : Premier livre des Chroniques ;
1 Co : Première épître de Paul aux Corinthiens ;
1 Jn : Première épître de Jean ;
1 Pi : Première épître de Pierre ;
1 R : Premier libre des Rois ;
1 S : Premier livre de Samuel ;
1 Thé : Première épître de Paul aux Thessaloniciens ;
1 Tm : Première épître de Paul à Timothée ;
2 Chr : Deuxième livre des Chroniques ;
2 Co : Deuxième épître de Paul aux Corinthiens ;
2 Jn : Deuxième épître de Jean ;
2 Pi : Deuxième épître de Pierre ;
2 R : Deuxième livre des Rois ;
2 S : Deuxième livre de Samuel ;
2 Thé : Deuxième épître de Paul aux Thessaloniciens ;
2 Tm : Deuxième épître de Paul à Timothée ;
3 Jn : Troisième épître de Jean ; Ju : épître de Jude ;
Ab : Abdias ;
Ac : Actes des apôtres ;
Ag : Aggée ;
Am : Amos ;
Ap : Apocalypse
CdC : Cantique des Cantiques ;
Col : Épître aux Colossiens ;
Da : Daniel ,
De : Deutéronome ;
Ép : Épître aux Éphésiens ;
Es : Esdras ;
És :Ésaïe ;
Est : Esther ;
Ex: Exode ;
Ez : Ézéchiel ;
Ga : Épître de Paul aux Galates ;
Ge : Genèse ;
Ha : Habakuk ;
Hé : Épître aux Hébreux ;
Ja : Épître de Jacques ;
Jb : Job ;
Jé : Jérémie ;
Jn : Jean ;
Jns: Jonas ;
Jo : Joël ;
Jo : Josué ;
Ju : Juges ;
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La : Lamentations ;
Lc : Luc ;
Lé : Lévitique ;
Ma : Malachie ;
Mc : Marc ;
Mt : Matthieu ;
Na : Nahum ;
Nb : Nombres ;
Né : Néhémie ;
Os : Osée ;
Phi : Épître de Paul aux Philippiens ;
Phm : Épître de Paul à Philémon ;
Pr : proverbes ;
Ps : Psaumes ;
Qo : Qohéleth (Ecclésiaste) ;
Rm : Épître de Paul aux Romains ;
Ru : Ruth ;
So : Sophonie ;
Ti : Épître de Paul à Tite ;
Za : Zacharie ;
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TABLE DES
MATIÈRES
Présentation, p. 3
1 La Foi,
p. 5 : Une entière confiance, la transcendance,
p. 5 ; Jésus ressuscité, p. 7 ; Loyaux envers
soi et avec la foi, p. 9.
2 L'Évangile, p.11 : Une intuition portée par
un texte, p. 11 ; L'Évangile transbiblique, un guide, herméneutique, p. 12 ; Qui est Jésus pour nous aujourd'hui ?, christologie, p. 12.
3
La Parole,
p. 15 : Je ne crois pas en "Dieu", je crois en la Parole de Vie, p. 15
; Le témoignage intérieur secret du Saint Esprit, la transcendance, p. 17 ; La prédication, p. 18 ; Parole et
Liberté, p. 19 ; Parole et Culture, p. 20 ; Convictions et sentiments, p. 21 ;
Le passé et l'inaccompli, p. 22.
4
Le Rêve visionnaire de Jésus, p. 25 : Rêve et vision, p. 25 ; Le
Royaume des cieux, la basiléïa, p. 25
; Les Églises et le Règne, p. 27 ; La Vision du Règne , état des lieux, p. 28 ;
La Vision du Règne, quelques aspects, p. 29 ; La Vision de Jésus à l'épreuve de
la Croix, p. 31 ; Le péché, p. 32 ; Le mal, p. 33 ; Le Salut, p. 35.
5
Entrer dans la vision de Jésus - Être accueillis dans le règne de Christ , p. 37 : Le
Christ, p. 37 ; Le moment paulinien, p. 37 ; Aujourd'hui, l'environnement, p. 37
; Comment entendre "être" dans l'expression "être en
Christ" ?, p. 39 ; Discerner les temps, p. 42 (la concentration
christologique) ; L'Esprit, la
Trinité, p. 43.
6
Les Témoins,
p. 45 ; Ni élus ni saints, mais témoins, p. 45 ; Témoigner, p. 46 ; Annoncer à tous l'Évangile de la Réconciliation,
p. 47 ; Attester en Église de la grâce,
p. 48 ; Témoigner personnellement du
don de la justice, p. 49.
7
L'Acquisition par la foi p. 51 ; L'acquisition du salut par le foi, textes bibliques p. 51 : Un
environnement nouveau, p. 54 ; La
Nouvelle Alliance, p. 55 ; Un sens donné à nos vies, p. 56 ; Un sentiment d'espérance, p. 57 ; Une éthique, p. 57 ;
Le sentiment de l'éternité ou de la Vie, p. 58 ; Tout au long de la
vie, p. 60.
Liste
des abréviations bibliques utilisées, p. 63
Table des matières, p. 65
Table des matières, p. 65