mardi 4 septembre 2018

Loyaux avec la foi et envers nous-mêmes : Présentation, Résumé, 1 : La Foi, 2 : L'Evangile, p. 5 à 14, 3 , La Parole p. 15-24


JACQUES   GRUBER
                                             
 LOYAUX
avec
la
FOI  
et envers nous-mêmes
une ouverture sur notre foi

témoignage spirituel et intellectuel






























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PRÉSENTATION
(Ceci est une théologie chrétienne complète, le reste, ou à peu près, n'est qu'histoire)

Le texte présenté ici se compose de réflexions rassemblées au long de ma vie, réunies et mises en forme. C'est le témoi­gnage d'un chrétien de culture et de formation pr­o­testante intéressé par l'intelligence de sa foi pour des esprits modernes et de son actualité dans un monde multiculturel. Monde occidental non-religieux -sinon adepte de toute espèce de religiosité- face à un monde oriental qui se radialise dans ses positions religieuses autochthones.

Comment être loyal avec une révélation tout en restant loyal en­vers sa cul­ture moderne et inversement : loyal avec la culture mo­derne et loyal envers la révé­la­tion chrétienne, sans sacrifices, sans compromis, sans artifice, au sein d'une post-modernité sceptique et d'une hyper­mo­der­nité mul­ti­cul­turelle tenté par le multicul­tu­ra­lisme ?

Un travail d'inventivité s'avère nécessaire, c'est pourquoi ce texte qui s'in­ter­roge sur la mythologie, les symboles, les notions et les croy­ances bibliques, sur les con­cepts spéculatifs chrétiens, et qui propose des alternatives à l'écart des raidissements intégriste ou fondamentaliste comme à distance d'un possible "n'im­porte quoi" li­béral ne se lit pas comme un travail universitaire, il demande à être apprécié si possible sur ses apports créatifs (Que proposeriez-vous d'autre ?).

Mon texte, relativement court au vu du projet, est rédigé à l'intention des per­sonnes qui n'ont pas fait d'études de théologie, mais qui s'intéressent à la culture théologique chrétienne. De petits excursus, appelés par des numéros de notes, ap­por­tent les éléments de culture théologique qui peuvent manquer au lecteur. Par endroit, j'emploie des termes techniques, les non-spécialistes n'ont pas à s'en préoccuper parce que ces termes ne viennent que confirmer ce qui a été noté, en clair, précédemment. 

J'écris dans un esprit de paix, librement et sincèrement, je m'adresse à tous, chrétiens ou croyants des autres reli­gions, laï­ques, agnostiques, athées, persuadé qu'il existe partout des esprits bien dis­po­sés. Cela n'ex­clut pas que je puisse choquer ou blesser quelqu'un ou encore décevoir les autres, provoquer la moquerie, je reste prêt au dialogue dans la mesure de mes moyens.

Si je cite des auteurs et des livres, c'est dans un but indicatif, non pour faire étalage d'érudition, mais pour situer des courants de pensée, fixer des époques et préciser ce que je dis. On me demandera si c'est de pre­mière ou de seconde main ? Les cerises que j'offre, je les ai cueillies moi-même, sur l'arbre, excepté une ou deux poignées qui proviennent d'autres récoltants renommés.

On me reproche d'être affir­ma­tif, mais je suis descriptif. Je dépeins une terre que j'ai beaucoup parcourue, tantôt découverte en marchant, tantôt vue d'avion.

J'invite les uns et les autres à recopier, citer, traduire ou diffuser mes textes, dès lors qu'ils leur ont apporté quelque chose, qu'il ne leur font subir aucun changement et qu'ils indiquent clairement leur auteur et leur provenance.

Jacques  Gruber
Limeil-Brévannes, le 1er septembre 2018





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RÉSUMÉ

Je commence par rappeler ce que j'entends par foi (une confiance, non un croire), par Évangile (Évangile proprement dit et Évangile transbiblique) et par Parole (de Vie).

En second lieu, je présente l'annonce de la génération apostolique : le rêve vision­naire de Jésus, le royaume des Cieux, le Règne du Père.

Ensuite le message paulinien : entrer dans le rêve de Jésus, être en Christ, recevoir les prémices du Règne (ne pas confondre avec "entrer dans le Règne").

Pour arriver à la situation d'aujourd'hui, à notre témoignage, au rôle de l'Église.

Et finir sur l'acquisition du Salut par le seul moyen de la foi, le sentiment de l'éternité.

Chemin faisant, j'aborde des questions telles que le Saint Esprit (son témoi­gnage intérieur secret), la transcendance, l'hermé­neu­tique, la christologie, la Trinité, le péché, le mal, le Salut, l'éthi
Je précise enfin ce qui m'apparaît comme les démarches (simples) d'une théo­logie chré­­­­tienne possible dans la modernité et la multiculturalité : au-delà du présupposé d'une exégèse historico-critique : a) l'analogie de la Parole (plus précis que "l'analogie de la foi - ; b) le christocentrisme,  la ­con­cen­tra­tion christo­lo­gique  ; c) un sen­ti­ment (pas un concept) pour traduire une croyance bi­blique; d) les concepts théolo­giques qui deviennent des convictions lorsqu'ils sont qualifiés par la Parole d'Évangile.
            Pour vous tenir au courant de mes pubications, consultez public-gruber.blogspot.com


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LOYAUX  AVEC  LA  FOI

Une entière confiance mise en Jésus, via l'Évangile

   La foi dont je parle ici ne correspond pas à une définition (1), ce n'est pas non plus une "disposition d'esprit", c'est une confiance entière (cœur et esprit) placée en une per­sonne historique et actuelle (non un modèle), Jésus de Nazareth, inspirateur des témoi­gnages des Évan­giles. Quelqu'un qui n'est donc pas nous-mêmes. La confiance en soi repose le plus souvent sur nos œuvres.

(1) Les théologiens du 16ème siècle décomposaient la foi en trois moments : notitia (la connaissance historique le l'Évangile), assensus (l'accord donné à la Parole), fiducia (la confiance entière en cette Parole). Nous dirions aujourd'hui : trois aspects sous lesquels elle peut se donner.

            "Une confiance entière": j'évite le mot d' "absolu" ou de "total" (ceux de complétude ou de plénitude, ceux  d'Éternel ou  d'Infini) et, par conséquent aussi, les con­cep­tions que ces termes véhiculent. Il ne s'agit pas non plus de l'adhésion à une or­­tho­doxie, une théologie, une tradition, à la Tradition, à un objet de culte, d'adoration. C'est le pôle d'une "sui­vance", comme on dit depuis que Dietrich Bonhöffer (1906-1945 (2), Nachfolge, 1937) a donné tout son sens à cette for­mule avec l'Église confessante allemande. "Que faire, pour avoir ? ... Être à ma suite” (Mc 17, 21). Suivance coû­teuse  que l'on re­trouve chez les moines de Thibirine (‟Se charger de la croix” (ajout en Marc 10 ,21).  Être dans le chemin de Jésus, de l'Évangile, de l'Amour. Est contre cette foi, tout ce qui veut mi­ner cette confiance (les "antichrists" dans le vocabulaire apoca­lyp­tique, 1 Jean 2, 18).


            (2)  J'indique les Nom et Prénoms, avec les dates, au moins à chaque première occur­rence. D. Bonhöffer est pasteur et théologien. 

Foi en Jésus de Nazareth qui s'identifiait au Fils de l'Homme (BéN ÂDâM), annonciateur des temps derniers de Daniel 7,13-14 où, peut être mieux : des temps ‟avant-derniers”, pour revenir à D. Bon­höffer (Éthique, posthume). Il est considéré par cer­tains de ses audi­teurs comme leur "rab­bi" (leur maître). Il demande à ses disciples de ne pas répandre l'idée qu'il serait le Messie (Christ) (Mc 8, 30).

Ce "secret mes­sia­n­ique" est rompu par les auteurs du Nouveau Tes­ta­ment, qui mis à part Luc, parlent, dès leur jeune âge, le langage de l'es­­pé­rance messia­nique, et lui décernent les titres de Fils de Dieu (3), Fils de David (18 fois dans les évan­giles), Fils du Père (9 fois dans les évangiles), Saint de Dieu (4 fois dans les évangiles), "christ" c'est à dire Oint, Élu, Messie, Sau­veur (4), tout en étant, au milieu de sa généra­tion : ‟Comme celui qui sert” (Mc 22, 27) et finalement celui qui est rejeté (Marc 8, 31 ; Jean 5, 43, entre autre), celui que la foi des pre­miers chrétiens sa­lu­e­ra comme ‟Premier né d'entre les morts” (Col 14, 15 ; 18), l'Alpha et l'Ôméga ‟Celui qui est, qui était et qui vient” (5). Toutes ex­pressions qu'il se doit, pour nous,  de référer au sens initial du Pre­mier Testa­ment.

(3) Soit : "Le par­mi nous", 21 fois dans les évan­giles, voir Marc 14, 62 ; Mt 26, 64 ;  Lc 22, 20, 69 ; Jn 6, 38 ; 8, 16, 23, 42, 58 ; 10, 38 ; 14,9-10 ; 14, 11, 20 ; 16, 32 ; 17, 21.
(4) Jn 1, 41, 45 ; 4, 26 Seigneur, Marc 8,29.
(5) Ap, 1,8 ; 21, 6 ; 22, 13.
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On objectera que nombreuses peuvent être citées les rencontres, hors pré­sence, par l'inter­mé­­diaire d'un texte, d'une parole. Dans  le cas de la foi en Jésus, voir, ci-des­sous, La Parole, le témoignage intérieur du Saint Esprit.

Jésus nous est attesté par le Nouveau Testament comme le Mes­sie (Christ), le Sauveur, le Seigneur, cessons d'en faire l'Enfant Jésus, le Petit Jésus, le Bon Jésus. Le Quatrième Évangile, lui fait rendre té­moi­gnage à lui-même de manière sym­bolique frappante : ‟Je suis le pain de vie” (6, 35), ‟Je suis la lumière du monde” (8, 12), ‟Je suis le bon berger” (10, 1-18), ‟Je suis le chemin, la vérité et la vie” (14, 6) , Je suis le cep, vous êtes les sarments, mon Père, le vigneron” (Jn 15, 1, 5), ‟Je suis la résurrection et la vie” (11, 25) (6) et, dans les textes jo­han­niques suivants : ‟L'Étoile de David” (Ap 22, 16), ‟L'Al­­pha et l'Ôméga” (Ap 1, 8 ; 21, 6 ; 22, 13), le ‟Premier et le dernier, le vivant” (Ap 1, 17 ; 2, 8 ; 22, 13). Expressions symboliques qui trouvent  tout leur sens dans le Premier Tes­ta­ment. Nous récoltons les miettes qui tombent de la table de famille (Mc 7, 27-28).

(6) Le Quatrième Évangile, attribué à Jean, l'un des disciples les plus proches de Jésus, contient un nombre important de déclarations de Jésus sur lui-même (7, 28, 33 ; 8, 14, 24, 28, 42, 58 ; 9, 5, 9, 39 ; 10, 36 ; 11, 25 ; 12, 46-47 ; 13, 33 ; 14, 3, 6, 10-11 ; 15, 1, 5 ; 16, 27-28, 32 ; 17, 98, 10-11, 14, 16, 21, 24 ; 18, 37 ; 19, 21 ; 20, 17 ). Ce ne sont, sans doute, pas des paroles textuelles de Jésus,  mais ce que l'au­teur a retenu, pour lui-même, de ce que Jésus disait.

Les Évangiles synoptiques rendent également témoignage à cette foi, mais dans une moindre mesure : ‟Tu,  es donc le Fils de Dieu. Vous le dites, je le suis”, Luc22,70.

Abraham, Moïse, les prophètes ont tous été des gens de leur époque qui ont, un jour, sur un point, divergé de leur époque sans s'en séparer. Du temps d'Abram le sacrifice du fils premier né était une cou­tume, avec Isaac, pour l'Alliance, un coup d'arrêt est donné aux sa­cri­fices humains. Au temps de Moïse, tous les dieux et déesses (ÉLôHYM) étaient appelés par leur nom, pour Israël, désormais, le nom du Dieu unique (YHWH ÉHrâD) ne se prononce pas, le Seigneur (une des appellations de YHWH) ne se possède d'aucune façon. Les dieux et déesses avaient des statues, Moïse, dans le Désert donnera l'Arche d'Alliance, trône vide de YWH. Tous les peuples avaient leurs lois, celles que Moïse va donner à Israël font mention du "pro­chain" (7)  : ‟Tu aimeras ton prochain comme toi-même”, (Lév 19, 18). Lors de la royauté, source de tous les dangers pour l'authenticité du peuple élu, seront donnés les prophètes. C'est à Paul Ricœur qu'il revient d'avoir précisé, tôt dans son œuvre, les notions de socius (le "pour-autrui" de J-P. Sartre) et de prochain, dans une méditation sur la Parabole du Sama­ri­tain (Luc 10, 25-37, revue du Christianisme social, n° 7-9, Juillet-Septembre 1960). À l'heure qu'il est, c'est l'É­van­gile par quoi nous divergeons de notre époque, sans re­nier tous les acquis positifs de l'Histoire (8). Jésus est l'autre nom de l'É­vangile.

 (7) RéaHr (à ne pas confondre avec RaHr, le mal), De 5, 14, 20-21 ; 22, 1, 4 ; 24, 14-15 ; 25, 4 ; 27, 16-26. Les mots de "ton prochain" (RéHrâKa), dans Lévitique 19, 18, ont une consonance universelle ; ceux de "ton frère" (ARîKa) eussent été particularistes. Le peuple des frères libérés de l'esclavage ne connaît plus d' "autre", d' "autrui", frappés d'extériorité (le mè on du Sophiste, la détermination qui est négation de l'Éthique de Spinoza). Il ne parle pas même de "voisins", mais de "prochains", de personnes entières en dignité humaine. Révolution culturelle qui remonte au 7ème siècle avant notre ère et sûrement encore avant, au stade de la tradition orale. Concept dont la signification va recevoir une ampleur inédite avec Luc 10, 25-37 (parabole du Samaritain : le prochain est celui qui se rend proche de l'autre ; voir la  distinction de P.Ricoeur entre le socius et le prochain).
(8) Pourquoi une majuscule  ? Pour distinguer ‟L'Histoire” de ‟Nos his­toires”.  On dit : Le ciel” et ‟Le Ciel”, ‟Des lumières” et ‟Les Lumières”, ‟Une re­nais­sance” et ‟La Renaissance”, ‟Une révolution” et ‟La Révolution”. De même : ‟Des croix” et ‟La Croix”, ‟Une résurrection” et ‟La Résurrection”, un salut et le Salut. Etc. Pour la justice et la miséricorde, la grâce et la vérité, je suis nos traductions bibliques qui écrivent ces mots avec des minuscules. Le contexte est suffi­sam­ment éclairant.

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La Religion (histoire, philosophie) ne connaît pas la foi, mais le "croire", elle a une notion de "transcendance", le plus géné­ra­le­ment placée dans le cadre d'une religiosité alimentée par le divin, commu­ni­quant le sacré à  tra­vers le merveilleux. Dans le Premier Testament il n'est pas parlé de transcendance, mais de sain­te­té qui est justice et mi­sé­ri­corde, misé­ricorde et justice, pas de jus­tice sans miséricorde, pas de mi­­sé­­ri­corde sans justice et, pour le Nouveau Testament, de grâce et de Vérité, pas de grâce sans vérité, pas de vérité sans grâce. Si l'on dit que l'on met sa foi dans l'Évangile ou en Jésus, on est classé dans la ca­té­gorie des "croyants". C'est inexact. Ce serait plutôt dans celle des entreprenants, nous sommes confiants, pas résignés.

Cette foi, crée, entre ceux qui la partagent, une confiance et une loyauté réciproques. C'est ce que l'on appelle l'Église. Église invisible (à nos yeux), mais telle que le Seigneur la voit, ré­par­tie dans toutes les Églises sans s'identifier à aucune.

Pour le chrétien  que je suis, la transcendance n'est autre que l'ac­tion du Saint Esprit liée aux Écritures bi­bli­ques, de façon charis­ma­tique, sans prodige ni miracle (9). Action re­con­­nue et appelée par son Nom, à postériori ou même ultérieure­ment (10). Il n'y a pas de trans­cendance au sens d'une Révé­la­tion fixiste ou d'un Au-delà. Que l'action du Saint Esprit ne se reconnaisse qu'a­près coup, signale que son œuvre ne produit aucune divini­sa­­tion (Principe protestant de Paul Tillich, 1886-1965) (11). Sans être aussi catégorique que Karl Barth (1886-1968 : La Parole, toute la Parole, rien que la Parole) je rappelle que l'ap­pro­pria­tion (du texte biblique) s'entend comme l'Esprit appropriant la Parole, au contraire de l'idée que ce serait nous qui nous approprierions le texte pour en faire une "Parole".

(9) L'action sans affect du Saint Esprit, qui se reconnaît après-coup sur ses effets dont il est question ici, se démarque de la prédication méthodiste et pente­côtiste  qui fait état d'une émotion invasive immédiate.
(10)  Herméneutique : voie directe, performative : l'écoute du texte en situation avec le sceau du témo­i­gnage intérieur du Saint Esprit (ipséité). Voie indirecte par laquelle nous ne recevons pas La Parole, mais nous accédons à "une Parole" (identification, relativement extérieure). La réduction phénoménologique a lieu en deux étapes : le soupçon et la critique. a) Le soupçon qui s'exerce à travers la démy­thologi­sa­tion (qui ouvre sur des possibilités d'existence nouvelles), l'épreuve archéologique (qui se limite à des preuves), l'exégèse narratologique (sans ramener la parole biblique à des historiettes) ; la critique socio-éco-politique (à quels pouvoirs politique, économique, social, le texte obéit-il ? (-sans tomber dans la manichéisation des grilles marxistes-) ; la déconstruction nihiliste nietzchéenne (avec mieux que le mythe de l'éternel retour du même en réponse) et prenant garde au ressentiment, la clinique freudo-lacaniste du sigifiant et du signifié (renvoi à Ferdinand de Saussure), l'athéisme méthodologique.  b) La critique ou l'historico-critique (qui peut devenir une hypercritique négationniste), l'ouverture aux autres religions vivantes au risque de relativiser la "Parole" ou de la rendre entièrement extérieure. Voir ci-dessous, La Parole.

            (11) La différence entre le principe catholique [et ortho­doxe] de la substance (présence du divin dans notre monde) et le principe prophétique protestant qui maintient toujours la réalité de Dieu dans son entière  transcendance (Œuvres, tome 4, 1990). Paul Tillich est un théologien systématicien allemand qui a émigré aux Etats-Unis  en 1932, marqué par l'existentialisme.


À propos de l'Esprit qui nous approprie la Parole, à propos de la trans­cen­dance, il faut faire une remarque. En langage théorique on dit que l'on est "posé". Or, l'Homme moderne occidental refuse d'être "posé". C'est pour lui la perte de la liberté. Il y a ici un malentendu, parce qu'en termes non théoriques, mais pratiques, on n'est pas "posé", on est "aimé" sans condition (Rm 8, 15). Ce qui nous permet, à notre tour d'aimer le Père de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toute notre force et d'aimer notre pro­chain comme nous-mêmes avons été aimés (Mc 12, 28-31). De devenir, à notre tour, portés par l'amour du Père, des acteurs sociaux "posants", pour l'autre, pour les animaux, les choses, les événements,). L' "Op-posant", c'est ChâTâN (Satan) (Job , 1, 6-12 ; 2, 1-10) qui voudrait nous empêcher d'ac­cepter d'être aimé, nous pousser à refuser cet amour.

La transcendance, telle qu'elle vient d'être dite, trouve son imitation dans la transgression qui est un effort humain pour essayer de sortir de l'immanence. Nous contestons l'Ordre établi, nous déso­bé­is­­­­­s­ons à la Loi , nous violons un tabou, nous enfreignons un interdit, nous nous mettons en infraction avec le règlement, en contravention avec le Code, nous trans­gressons une limite, mais l'Ordre, la Loi, le tabou, l'interdit, le règle­ment, le Code, la limite reviennent toujours sous de nouvelles couleurs. Désespoir ?

Cette foi n'est jamais possédée, elle se puise chaque fois de nouveau dans l'Évangile.

Jésus ressuscité

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Mais quelle attitude adopterons-nous en face de la résurrection de Jésus attestée par les Évangiles ?

a) Les témoignages des personnes (femmes, disciples) qui ont fré­quenté Jésus de son vivant : la pierre qui fermait le tombeau (ou le sé­pulcre) roulée, la tombe vide, ‟Les bande­lettes posées à terre et le suaire enroulé dans un endroit à part” (Jean 20, 5-7) (12), les témoins du matin de Pâques qui sont des femmes, puis les appari­tions de Jésus en personne, portant les stigmates de la crucifixion, qui leur délivre un mes­sage (Marc 16, 9-14 ; Mat 28, 16-20 ;  Lc 24, 13-42 ; Jn 20, 19-29). Il n'y a pas lieu de contester les témoins origi­naux de ces quatre récits qui comportent des détails plutôt inin­ven­tables, qui n'ont pas de pareils dans l'histoire des religions. Ils ont été loyaux avec eux-mêmes, avec le moment qu'ils vivaient, avec Jésus (alors que l'ordre du baptême surlequel se clôt l'Évangile selon Matthieu, est visiblement dicté par une intention de discipline ecclésiastique).

(12) Si on avait enlevé le corps de Jésus, on aurait sans doute emporté tout avec.

C'est avec les récits de l'enfance de Jésus (Matthieu 1 et 2, Luc 1 et 2), puis Luc 24, 13-49 et certains autres textes du Livre des Actes, comme celui qui retrace une Ascension de Jésus ressuscité (Actes 1) que Jésus franchit les limites de l'histoire et bascule dans la légende qui sera ultérieurement dogmatisée, puis dans la mythologie fon­da­men­ta­liste. Luc, qui a de grandes qua­lités, n'en est pas moins l'é­cri­vain le plus crédule du Nou­veau Testament. Toutefois, la légende, une fois prise pour ce qu'elle est, n'en a pas moins quelque chose à nous dire. Dans le récit de l'Ascension que l'on peut caractériser comme une vi­sion donnée aux disciples (de la même façon qu'à la Transfi­gu­ra­tion), il y a une parole essentielle : ‟Vous serez mes témoins” (Actes 1,8). Pour l' "élévation", qu'illustre l'Ascension, les Appari­tions suf­fi­sent. 

La qualité de la résurrection de Jésus (ni fantôme ni bénéficiaire d'une ressuscitation, mais participante de l'É­ter­ni­té) suffit pour que nous comprenions ce que les évangélistes veulent témoigner de sa vraie con­di­tion. D'autres textes, johan­niques ceux-là, vont dans le même sens : la résur­rec­tion de Lazare (Jean  11) et le cha­pitre 21 du Quatrième Évan­gile, ma­nifestement rajouté par un auteur anonyme. Chapitre qui n'est d'ailleurs pas dénué d'in­tentions de politique ecclésiastique. Il intervient dans le débat sur la suc­ces­­sion de Jésus en faveur de Pierre, contre Jacques, le ‟frère du Sei­gneur”, Galates 1,19 (la solution du califat).

b) Paul se situe déjà dans un temps différent, temps où l'Esprit a été répandu, où il a connu Jésus ressuscité par une vision, suite à un éblouissement (Ac 9, 1-30 ; Ga 1, 11-17), il  n'a pu être au cou­rant des écrits évan­gé­liques qui n'existent pas encore, mais qualifie néan­moins son message d' "Évangile". Il puise l'annonce du Messie per­sonnel, Sau­veur universel (qu'il nomme ‟le Christ”) dans le Pre­mier Tes­ta­­ment, laissant de côté la figure eschatologique du Fils de l'Homme (Da­niel 7) et il at­tri­bue la Ré­sur­rection à l'ac­tion de l'Esprit (Rm 1, 3-4 ; 8, 11).

Dans ses Épîtres, sur la lancée de sa con­version, la vie du chré­tien et celle de l'Église sont animées ‟Par l'Esprit” (151 oc­cur­­rences) qui nous met ‟En Christ” (161 occurrences). Je ne compte pas plus de cinq versets où l'on trouve l'expression inverse de ‟Christ en nous -ou ‟en vous”- ” (Ga 2, 20), le plus clair étant Ga 4, 19 :
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‟Jusqu'à ce que Christ soit for­mé en vous”. C'est cette conception qui aura la préférence des mystiques, d'Augustin d'Hippone (354-430) et de Maître Eckart (Dominicain, 13ème-14ème siècles) à An­dreas Osian­der (1498-1532, réformateur que Martin Luther sera ame­né à corriger).  Jean de la Croix (1542-1591) est plus le mystique de la ‟Montée vers Dieu”. Dans 2 Co­­rin­thiens 5, 19, on trouve l'ex­pres­sion : ‟Dieu en Christ”. En 2 Corinthiens 15, Paul parle de Dieu tout en tous, mais c'est es­cha­to­lo­giquement.

c) Pour nous, qui ne sommes plus ni dans le temps de l'histoire sainte, ni dans le temps de l'Esprit sans les Écritures, ce qui importe d'abord est de savoir si et comment les auteurs du Nouveau Testament sont ou non loyaux avec eux-mêmes.

Ensuite, bien que nous soyons dans le temps de l'Église, nous ne sommes pas pour autant dans une histoire sainte continuée en l'espèce de l'histoire de l'Église. Nous sommes dans le temps de la Parole. Je ne dirai pas exactement comme Rudolf Bultmann (1884-1976): ‟Le Christ ressuscite dans le kérygme” (13), mais : ‟Pour chacun de nous, Jésus res­suscite avec son Évangile, avec sa Parole” (voir ci-après). Foi suscitée par la Parole, pas de preuves : ‟Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru” (Jn  20, 29). Nous ne sommes plus dans les temps et les lieux de la Révélation, nous sommes dans ceux du témoignage a rendre à cette révélation. Nous ne sommes plus dans "l'his­toire du Salut", mais, au moment voulu, des témoins appelés à inscrire "le Salut dans l'His­toire" (Osc­ar Cullmann, 1902-1999, Le Salut dans l'histoire, 1966). C'est cela qui importe, avant la moder­ni­té.

(13) Kérygme : Les exégètes protestants allemands de la première moitié du 20ème siècle ont mis en circulation ce terme grec qui signifie "annonce". Il est difficile de distinguer les propres paroles (ultima verba) de Jésus de ce que les évangélistes ont retenu ou reçu qui forme leur message (le ké­rygme). Ernst Käsemann ( 1906-1998) ou Joachim  Jeremias (1900-1979), s'essayent à séparer les vraies paroles de Jésus du discours des évangélistes.
Rudolf Bultmann, Ernst Käsemann,  Joachim Jeremias, sont des professeurs de Nouveau Testament (néotestamentaires), Bultmann est à la fois néo­tes­tamentaire et systématicien (infliuencé par M. Heidegger). Les théologiens spécialistes du Premier Testament sont "prô­totes­ta­­men­taires". On appelle "systématiciens" les théologiens qui ont pour objet d'étude l'intel­li­gence de la foi et sa cohérence.

Loyaux avec la foi et envers soi

La foi envisagée ici exige que nous soyons loyaux envers nous-mêmes et avec notre foi.

Il existe deux posi­tions de départ dif­fé­rentes à ce sujet. D'un côté, ceux qui témoi­gnent que, pour les gens, seraient-ils fon­ciè­re­ment religieux, areligieux ou antire­li­gieux, il existe une alterna­tive, un départ nou­veau et meilleur -pas neuf et amélioré- (jusqu'à pou­voir parler d'une foi chré­tienne non religieuse). C'est l'effet d'une Parole­ vi­­vante, qua­li­fiée par le témoi­gnage biblique, adonnée à chacune de nos  exis­­tences par­ti­cu­lières, par­lantes dans chaque circonstance nou­velle de notre ac­tu­a­lité. L'ordre de la Révélation (Jean Cal­vin, 1509-1564 et ses des­cen­dants, voir plus loin le témoignage inté­rieur secret du Saint Esprit).

D'un autre côté, il y a ceux qui sont persuadés que nous pouvons tabler sur la Religion, un fond humain universel, lequel se dé­cline en­suite dans les diverses religions existantes (y compris les reli­gions sé­­cu­lières areli­gieuses - voire antireligieuses pour les théologiens mo­dernes -). On peut citer ici Martin Luther, 1498-1532, Im­ma­nuel Kant, 1724-1804, Ernst Troeltsch, 1865-1923, Paul Tillich,

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1886-1965. Pour eux, la tâche est de décrypter chacun des phénomènes historiques en pré­sence.

Par ailleurs, la loyauté avec notre foi demande que nous soyons au clair sur la relation qui peut (ou non) s'établir avec la culture dans la­quelle nous vivons. L'u­ni­vers biblique est symbolique, le nôtre est ra­tio­naliste. Univers symbolique, co­hé­rent, univers "un", comme le dit le mot "univers". L'opposition est plus exactement celle d'une pensée symbolique concrète à côté d'un langage symbolique abstrait (de plus en plus abstrait). À cause de cette abs­trac­tion-même, l'Homme moderne con­si­dère le langage sym­bo­lique concret comme  nul et non-avenu alors qu'il véhicule des ques­tions exis­ten­tielles, toujours d'actualité, auxquelles notre dignité d'être hu­main demande qu'il soit donné  une réponse.

L'histoire de l'Église a apporté ses réponses, dans des formu­la­tions qu'il  nous incombe de réenvisager plutôt que de les ignorer ou de les rejeter.  Il s'agit de tout un ensemble de doc­trines ra­tion­nelles, mais non ratio­na­listes, qui sont, en fait, des idé­­o­logies théologiques (sou­­vent po­­li­tiques) (14)  plus que des paroles en écho de la Parole. La con­vic­­tion qui dé­coule de la foi évo­quée dans ce chapitre, c'est que nous som­­mes rendus, sinon ca­pables, du moins aptes, à saisir les intui­tions de la Parole biblique auxquelles ces formulations veulent répondre et à les réex­­pri­mer dans un lan­gage ac­ces­sible à tous aujourd'hui.  Les cartes sont sur la table.

(14) Symbole des Apôtres, Conciles œcuméniques, Livres Symboliques lu­thé­riens, Synode de Dordrecht, Confession de La Rochelle, entre autre. Ces éla­bo­ra­tions doctrinales ont pour effets l'orthodoxie, les confessionnalismes et, avec le lit­té­ra­lisme biblique : le fondamentalisme, toutes occasions de sectarisme.

Jacques Gruber


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L'ÉVANGILE

Une intuition portée par un  texte

Regarder à Jésus, ce n'est pas contempler  le crucifix,  adorer le Saint Sacrement, cela peut être la vue des douces collines de Ga­li­lée à Naza­reth (serait-ce sur une carte postale), mais c'est es­sen­­tiel­le­ment écouter sa parole. Jé­sus est pré­sent à nous aujourd'hui dans et par les témoignages qui lui sont rendus dans le Nouveau Tes­ta­ment, on peut faire une sorte d'identité remarquable Jésus = Évangile.

Quand nous parlons de l'Évangile, il ne s'agit pas seulement des textes réunis dans les quatre Évangile canoniques, mais d'une intuition glo­bale d'amour et d'exigence qui se dégage des Évangiles et des autres textes du Nouveau Testa­ment, ce que l'on appelle "analogie de la foi (évan­gélique)", que je nomme ici : analogie de la Parole saisie dans sa cohérence globale comme dans ses paroles uniques (15). Une intuition intel­lec­tuelle ou ration­nelle, la saisie globale im­mé­diate d'une intelligibilité, avec ses tenants et abou­tis­sants, qui n'exclut pas, à un autre moment, l'a­na­lyse que cons­ti­tue l'exégèse historico-critique.

(15) Au cours de notre Moyen-Âge occidental, des "disputes" tournaient autour de la con­cep­tion de "Dieu" :  dans quelle mesure pouvons-nous parler de Lui avec nos concepts ? Pour Tho­mas d'Aquin, nous pouvons le faire selon une certaine "proportionalité" : il y a une analogie de proportionalité entre l'oeil et l'entendement de sorte que nous pouvons dire : ‟Je vois ce que vous voulez faire”. Il existe une semblable analogie entre Dieu et l'Être. Karl Barth s'est opposé à toute idée d'analogie conceptuelle (parler de Dieu en termes d'être, de nature, de substance) qui découle d'une théologie naturelle et entraîne une ‟analogie de l'être” ou du sacré. Il soutenait une ‟analogie de la foi” qui consiste à parler de Dieu uniquement dans l'ordre et dans les termes de la théologie révélée (le ‟Dieu tout autre”, nous ne savons rien, sinon qu'il nous parle et nous parle éventuellement de Lui), au risque d'un ‟Positivisme de la révélation” (D. Bonhöffer). Rudolf Bultmann, autre théologien protestant contemporain de K. Barth, estimait que nous avons une ‟précom­pré­hen­sion” de Dieu (Ernst Tröltsch -1865-1923- parlait d'un a priori religieux et préconisait des compromis entre révélation et raison). Plus près de nous, Paul Tillich fait une distinction voisine de celle de K. Barth : il distingue un ‟Principe ca­tholique” d'un ‟Principe protestant” : le principe catholique parle de Dieu selon notre sens inné du sacré et nos idées sur la divinité, le principe protestant respecte toujours l'entière transcendance du Dieu biblique, la sainteté du Saint.

Nous connaissons des paroles qui peuvent servir d'exergue à cette analogie de la Parole : ‟Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs”, Marc 2 , 17 ; ‟Je suis ému de compassion pour cette foule … ils n'ont rien à manger”, Marc 8, 27 ; ‟Je ne suis pas venu pour abolir … mais pour accomplir”, Matthieu 5, 17 ; ‟Je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos pour vos âmes”, Matthieu 11, 29 ; ‟Je suis parmi vous celui qui sert” , Luc 22, 27 ; ‟Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde”, Matthieu 28, 20. Et tant d'autres encore  qui seront racontées partout (Mt 26, 13).

Intuition que l'on peut nommer Bonne Nouvelle,  Nou­velle Al­liance, Jésus Seigneur et Sauveur, la Voie par excellence de l'Amour, le culte en es­prit et en vérité, la justification - ou le Salut - par la foi, le royaume des cieux et d'autres plus générales telles que la vie, la jus­tice, la paix, la joie, la vérité, la liberté. Alors qu'il éclaire ‟Tout homme venant  dans le monde” (Jn 1, 4), pourquoi L'Évangile ne fait-il pas, à juste titre, partie des Lu­mières ? 

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Bonne nouvelle ; et, ‟encore  que” : les paroles de Jésus con­tien­nent des avertis­se­ments qui ne font ni appel à une capacité divine des gens ni à leur libre arbitre,  mais qui exigent de prendre au sérieux cet espace d'autonomie sociale dont nous sommes tous dotés (à moins qu'un régime totalitaire nous en prive). Ces mises en garde sont exprimées dans les termes de l'apocalyptique de l'époque ou sous forme de parabole (‟Il amassera le blé dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas”, Mat 3, 12 ; ‟Je retranche, j'émonde”, Jean 15, 2). Comme Abraham, comme Moïse, comme tous les pro­phètes, Jésus est un homme de son époque dépassé par son message.

Ces paroles responsables et sévères (‟Il est plus facile à un cha­meau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu”, Mc 10, 25) peuvent être entendues  mais aussi non écou­tées, entendues et refusées, c'est la responsabilité qui correspond à l'es­pace d'autonomie qui nous est accordé.

            Une semblable intuition nous fait dire, dans le langage courant : ‟C'est Homère”, ‟C'est le Coran”, ‟C'est l'Encyclopédie”, ‟C'est Proust”, ‟C'est Ubu”, …, ‟C'est l'Évangile” ;  ‟En accord avec l'Évangile” ; ‟Avant -ou après- l'É­van­gile”,  etc.

L'Évangile transbiblique, un guide herméneutique

Cette intuition globale, toujours de nouveau rapportées aux textes des Évangiles et aux autres auteurs du Nouveau Testament qui, au surplus, se rencontre déjà partiellement dans certaines paroles du Pre­mier Tes­ta­­ment, nous sert de fil conducteur dans l'interprétation (relire Hé­­breux 11). C'est la confi­gu­ra­tion dite du "canon dans le canon", avec, toutefois, cette nuance que la pierre de touche retenue ici n'est pas une doctrine, mais une intuition, l'analogie de la Parole évan­gélique. 

- ‟Tu aimeras le Seigneur ton Dieu” (De 6,5) et non ‟Tu craindras”  - Et la Lumière fut (Ge 1, 3)- Il n'y aura plus de Déluge (Ge 9, 11) - Une source de bénédiction (Ge 12, 2)- Tu aimeras le Seigneur, tu aimeras ton pro­chain (De 6, 5 ; Lé 19, 18) - Je t'ai choisi (1 Sa 10-13 ; Lc, 4, 18) - Tu seras mon prophète (Jé 1, 4-5) - Préparez les chemins du Sei­gneur (Mc 1, 3) -   Les pri­son­niers sont libérés, les aveugles voient (És 61, 1-21 ; Lc 4, 18-19) - Je ne veux pas la mort du méchant, mais,  qu'il se con­ver­tisse et qu'il vive (Ézé 18, 23) - Consolez mon peuple (És 40, 1) - Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir (Mt 5, 17)- En avant, ceux qui procurent la paix, ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5, 9) - Donnez-leur vous-mêmes à manger (Mc 6, 37) - Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir et donner ma vie pour votre rachat (Mt 20,28) -Je vous donnerai du repos (Mt 11, 28) - Vous êtes le sel de la terre, mais si le sel perd sa saveur comment la lui rendra-t-on , (Mt 5, 13) - L'Évangile de Jésus crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs (1 Co 1, 23) - La justice par la foi (Rm 1, 17) - C'est par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu (Ép 2, 8) - Sauvés en espérance (Rm 8, 24) - Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l'amour et l'espérance (1 Co 13, 13) - Dieu est Amour (1 Jn 4, 16)- Vous serez mes témoins Ac 1, 8) -

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Pour les textes bibliques, il existe autant d'interprétations (her­mé­neutiques), que de sciences historiques, humaines, sociales et po­litiques peut-on dire. Les Écritures ne font pas universellement au­to­rité. Pour la Tradition, tout est conti­nue­ment tradition, Israël finit par ne plus y parler que de lui-même, l'Église finit par ne plus y parler que d'elle-même. À force de fidélité à la lettre, l'inter­pré­tation litté­ra­liste conduit au fonda­men­ta­lisme et au secta­risme. Lorsque nous embras­sons les Écritures dans la Culture, l'interprétation par les phi­lo­so­phies, les Sa­gesses, les idéo­logies an­ciennes ou du moment, aboutissent au "n'im­porte quoi", les deux maux dont souffre le protestantisme.

L'analogie de la Parole fonctionne à l'intérieur du texte biblique, l'Évangile comme intuition sert aussi à interpréter tout texte, tout propos, les Églises, les religions,  l'être humain, la société, les cultures, l'Histoire.


Qui est Jésus pour nous aujourd'hui ?

Les témoignages sur Jésus sont une chose, la question cruciale  est  : ‟Qui est Jésus pour nous aujourd'hui ?”

La réponse qui vient immédiatement à l'esprit : Jésus c'est l'É­vangile et l'Évangile c'est Jésus  (Jésus versus Évangile). 

Sur le chemin de Césarée de Philippe, Pierre avait répondu à cette question en disant : ‟Tu es le Christ”. Réponse que Jésus avait ac­cuei­llie en exigeant que ses disciples ne confessent pas cette foi avant sa ré­sur­rection (Mat 16, 20). Pierre parlait araméen et n'a pas dit "Christ", mais "Messie" (MâChîaRh) et il devait donner à ce mot le sens que les Juifs d'alors lui donnait : Le ‟Libérateur national définitif d'Israël” (Lc 24, 21) (16).

(16) Aujourd'hui, certains commentateurs Juifs pensent que le Messie ne désigne pas une personne, mais un état du monde avenir en   quelque sorte sanctifié.

           
            ‟Jésus Seigneur (YHWH) et Sauveur” (Messie) -univer­sel-, expression de la Deu­­x­ième Épître de Pierre (1, 11 ; 2, 20 ; 3, 2, 18) est entièrement suffi­sante pour dire, dans les termes d'une christologie économique (au sens théologique de ce mot : dans la vie courate du chrétien et de l'Église, on pourrait parler de théologie narrative) ou dans l'a­na­logie de la Parole, ce que la christologie nicé­enne  (17) dit de façon spéculative. Le pain trempé dans le vin est une belle évocation de l'incarnation : le pain et le vin restent entièrement eux-mêmes dans leur union en une mouillette.

(17) Le concile de Nicée (325), travaillant avec la notion non biblique de "nature", aboutit à ce que l'on appelle "l'union hypostatique", à savoir, l'union d'une nature divine et d'une nature humaine en une personne : le Christ (Médiateur et Rédempteur). C'est pour cette raison que l'on écrit "Jésus-Christ" (avec tiret). J'écris "Jésus Christ" (sans tiret), pour dire "Jésus qui est le Christ -le Messie-", Seigneur (appellation du tétragramme YHWH) et Sauveur (une catégorie sociale humaine).

"Jésus Christ", il ne faut pas y voir une séparation entre le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi comme on en a accusé, à tort, Martin Kähler (1835-1912, Der
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   sogenannte historische Jesus und der ge­schi­chtliche, biblische Christus, - Le dénommé Jésus et le Christ historique et biblique- 1892). Ce que, dans sa faiblesse, l'intellec­tu­al­ité sépare ne l'est pas en réalité. Il y a une distinction entre Jésus et Christ, mais Jésus est bien l'être humain  historique qui sauve l'humanité, qui la sanctifie comme le Seigneur est saint (Qâ­DôCh), mais ne la divinise pas comme s'il était "divin". La foi est ici source de la sanctification chère à J. Calvin (18).
(18) Dans le Salut par la foi, contrairement à Luther, Calvin place la sanc­ti­fi­ca­tion avant la justification. Dans son Institution de la religion chrétienne, Calvin développe la question des relations entre Premier Testament et Nouveau Testament, celle de la valeur de la Thôrâh pour les chrétiens (François Wendel, Calvin, sources et évolution de sa pensée religieuse, p. 146-160). On est tenté d'effectuer un rapprochement de la Révélation en général et du témoignage intérieur secret du Saint Esprit, en particulier, avec la conception de la vérité comme irruption dans l'immanence de ‟Forces agissantes singulières, portant, quoique finies, témoignage de l'absolu” (L'immanence des vérités, L'être et l'événemenrt 3, 2018, où Alain Badiou -né en 1937- parle d'infini ou d'absolu, parfois même de salut).  Mais rapproche­ment ne vaut pas identification.  La Parole, au sens de ce témoignage, est Transcendance personnalisée. La théologie de l'Esprit est une théologie de la relation généralisée, pas de la relativité généralisée. J''évite tout langage qui substantifierait Dieu  : Absolu, Infini (Ein Soph de la Qabbale), Éternel.

Kurios (Seigneur)  et Sôter (Sauveur), étaient des titres attribués aux empe­reurs, en les donnant au Christ, les chrétiens faisaient acte de lèse-majesté. C'était au surplus une impiété, sachant que l'empereur était apothéosé (Théos) après sa mort. D'où la désignation d'athéioi (athées) qui figurait au nombre des accusations motivant la per­sé­cu­tion des chrétiens.


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LA PAROLE

L'Évangile entre dans le cadre plus large de la Parole.
À partir du moment où il a existé un canon des Écritures chrétiennes l'économie de l'histoire du Salut a changé, elle est deve­nue celle de la Parole.

Le canon des Écritures est une œuvre tout humaine. La liste des livres du Nouveau Testament que nous connaissons, le canon du Nouveau Testament, existe dès les dernières années du 4ème siècle. Il est le même pour toutes les Églises. Ce qui varie, dans le canon biblique, c'est la liste des Livres du Premier Testament. Les protes­tants, au 16ème siècle, ont repris le canon hébraïque juif, les ca­tholiques qui ont établi cette liste à une époque où le canon juif n'était pas encore complètement clos, y ajoutent des livres rédigés en grec (Tobie, Judith, Sagesse de Simon fils de Sirach, en particulier).

Lorsque nous disons  ‟Parole de Dieu”, que mettons-nous sous le mot de "dieu" ?

Je ne crois pas en "Dieu",  je crois en la Parole de Vie

"Dieu" est un mot valise dans lequel on met tout et n'importe quoi (exemple d'abus : ‟L'É­ter­ni­té peut attendre”, Richelieu ; ‟Dieu est du côté des gros batail­lons”, Napoléon). La Bible parle d'ÉLoHiM (que l'on pourrait traduire par "Divinité", mieux que par "Dieu"), mais elle fait surtout référence à la notion biblique de YHWH, le Dieu que l'on ne nomme pas, mais qui a plusieurs appellations : ADôN (Sei­gneur) ; HaChéM (le Nom) ; ÈLèYoN (le Très Haut) ; ADôN TsêBaoTh (Sei­gneur des armées -des cieux-) ; ÉLoHiM RhaYYîM (le Dieu vivant), 1 Sa 17, 26, 36 ;  EL QâNA (Dieu jaloux ou passion­né), Ex 34,14 ; EL ChaDDaY (le Tout Puissant), Dieu qui n'est ni dans le vent violent ni dans le tremblement de terre ni dans le feu, mais ‟Dans un murmure doux et léger” (1 R 19, 11-12) ; ‟Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob, Dieu vivant” (Blaise Pascal, Pensées, Édition Léon Brun­schwicg, p. 142) ; ‟Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants” (Marc 12, 27). On appelle "apophatisme" l'attitude qui consiste en un définitif refus de parler sur "Dieu"  (il a été beaucoup écrit sur ce silence de Dieu, du côté orthodoxe surtout). 

Mais la Bible n'est pas témoin du seul Seigneur prophétique et de la foi charismatique. Elle véhicule aussi une forte dose de sacralité, de croyance en une présence du Seigneur au sein même d'Israël, autour d'un objet : l'arche d'Alliance et du mobilier qui l'accompagne (en parti­cu­lier le chandelier à sept branches qui figure dans le trophée de Titus  sur l'arc de triomphe d'Hadrien à Rome). Sacralité insé­parable d'une croyance au miracle : le Seigneur interviendra du haut des cieux,  à bras étendu, si les nations touchent à Jérusalem et à son Temple unique (19). Sous cet angle du vécu, le plus important peut-être et mis à part le Temple de Jérusalem, symbole de l'unicité du Seigneur, Israël  retrouve le fond reli­gieux universel

(19) Voir plus loin : 5 Entrer dans la vision de Jésus,  la note intitulée Hypo­thèses.

En lançant l'expression générale de "ho théos, "dieu", auquel nous mettrons une majuscule (Dieu), les écri­vains du Nouveau Testament ont sans doute pensé
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qu'ils affirmaient ain­si suffisamment l'unicité de Dieu face aux multiples divinités du paga­nisme ambiant pour rendre compte du YHWH-Seigneur biblique. Ils ont dû penser qu'avec ce mot ils se démarquaient du judaïsme, d'une part, du paga­nisme, d'autre part. La suite de l'histoire, c'est que le mot de "Dieu" est devenu du n'importe quoi, un polochon.

Aujourd'hui, je dirais : ‟Je ne crois pas en "Dieu", je crois en la Parole de Vie (dans la vie courante du chrétien et de l'Église : la Parole pour l'Existence , une Parole pour exister) tout en recourant, le cas échéant, à l'expression "Parole de Dieu" (restant atten­tif à ce que l'on met sous le mot de "dieu") parce que c'est la manière de par­ler consacrée,  en dépit de son carac­tère approxi­ma­tif. Du coup : ‟Je ne crois pas en "Dieu", je crois en la parole de Dieu” prend une tour­nure paradoxale qui n'est qu'ap­parente, en raison de la plurivocité du mot "dieu".

La Vie contient une promesse de vie éternelle. Promesse vécue dans les con­ditions  ac­tuelles de notre existence (contingence et finitude) sous forme d'une créa­t­ivité en tout espèce de domaines, mais qualifiée par la Parole au sens défini ici. Concernant notre condition, je ne dirais pas que ‟Toute détermination est négation”, mais, reli­sant l'Éthique de Spinoza avec la vo­lon­té de puisssance nietz­schéenne : ‟Toute déter­mi­na­tion est opposition, opposition à ce qui nous environne et à ceux qui nous en­tourent, le ‟Pour soi” et le ‟Pour-autrui” de L'Être et le néant qui se démarquent de toute clôture. Opposition enrichissante ou appau­vris­sante, selon qu'elle est ou non qua­li­fiée par la Parole de Vie qui donne leur poids à notre environnement et à notre en­tourage (19bis). Les autres sources de sens ou de valeur peuvent aussi être enrichis­­santes tout en restant dans leurs li­mites. Pareille détermi­na­tion de notre condi­tion rend notre profil plus net et notre cohésion plus forte, nous raffermit dans l'action, au sein de notre histoire personnelle ou de l'Histoire.

(19bis) Environnement : le "monde", lieu et temps d'existence pris en général ; contexte : les données sgnifiantes au milieu desquelles nous nous trouvons, notre culture ; entourage : l'Église, un lieu et un temps -le "moment",de la Parole par exemple- distinct du "monde" (l'environnement) ; emballage : les éléments dont nous nous entourons (vêtements, parures, barbe ou non, chevelure, maquillage etc.), notre aspect, l'image que nous renvoient les miroirs, que nous attendons des autres.


Au départ, la Réformation avait posé l'autorité des Écritures. Au cours des siècles qui avaient précédé, ces dernières avaient été, peu à peu, sur­class­ées par les traditions favorables à l'Église et réservées aux couvents (pas à tous, mais assuré­ment à ceux des moines augustins). Par la suite, l'autorité des Écritures don­nera soit la lecture littéraliste des fondamen­ta­listes protes­tants, soit le Principe scripturaire des théologiens protes­tants du 19e siècle jus­qu'à la première moitié du 20e. siècle, principe selon lequel les Écri­tures ont un rôle normatif dans la pensée théo­lo­gique. Dès le 18e siècle, Jo­hann Salomo Semler (1725-1791), père de la critique néotesta­men­taire, avait déjà perçu que les Écritures, comme autorité, c'est la Parole. Au 20ème siècle, Karl Barth (1886-1968) privilégiera l'ana­lo­gie de la foi qui mise sur Jésus Christ,  cohérence intelligible de l'en­semble de la Bible comme révélation.

Théologie de la Parole, pour laquelle le révélé est dans et par une Parole  non dans une substance, dont le sujet est dans notre réponse à la Parole et non en vertu d'un subjectum. Elle permet de prendre ses dis­tances avec les notions de "divin", de "sa­cré", avec l'héritage méta­phy­sique occidental ancien (présocratiques, Platon, Aristote, Stoï­ciens, univers gréco-romain) ou moderne (Alfred North Whitehead, par exemple (20)) ou avec le monde religieux universel (l'univers païen en termes bibliques). La Gloire du Seigneur, n'est pas avant tout de l'ordre de la l'éclat, mais de celui du poids : peser son entier poids de Parole intelligible (21).


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(20) Alfred North Whitehead (1861-1947), l'un des premiers mathématiciens du 20ème siècle, co-auteur avec Bertrand Russell (1872-1970), des Principia mathematica, sera au départ de la théologie du Process.
(21) Voir plus loin, Comment entendre l'expression ‟Être en Christ” ?

Il arrive que la mise en avant des Écritures ou de la Parole soit in­ter­pré­tée comme un intel­lec­tualisme, mais la Parole est prise ici au sens du Pro­logue jo­han­nique, du Logos qui devient chair, qui part de entrailles (És 63, 15, par exemple) et touche l'âme (Ps 63, 2, par exemple), situant notre foi-en-l'exis­tence, par ailleurs con­tin­gente et finie (Parole pour l'exis­­tence), en Jésus, dans le Sauveur, le Mes­sie (Christ) qui devient ainsi présent telle une per­sonne actuelle. L'essentiel est que le Seigneur ait choisi, une fois pour toutes, d'avoir avec nous une relation de parole de préférence à toute autre (la force, ou la séduction, en particulier).


Le témoignage intérieur secret du Saint Esprit

L'Évangile ou la Bible ne se lisent pas comme une notice ou un mode d'emploi. C'est plus même qu'une méditation, c'est une écoute. On désigne par "Parole" le moment (charismatique) où le texte biblique agit. Jean Calvin (1509-1564) a formulé ce moment en parlant du ‟Témoignage inté­rieur secret -sans affect- du Saint Esprit” (22). L'Esprit actualise, rati­fie ou scelle en nous (dans notre esprit et dans notre coeur), sans autre intermédiaire que les témoins qui ont transmis avec fidélité, ou même au péril de leur vie, la Parole qui agit alors de façon dé­ci­sive dans notre exis­tence : qui sont occasion de la médiation du Salut (23). La Parole s'enracine, elle s'incorpore à nous, se grave dans notre coeur, tout cela sans déchet, pourtant nous ne l'incarnons jamais. Dans l'économie ac­tuelle du Salut bi­blique, le témoignage intérieur du Saint Esprit tient le rôle de la "parole venue du ciel" lors du baptême de Jésus (Mc 1, 10-11) ou de la trans­fi­gu­ra­tion (Mt 17, 5) (24).

(22) Institution de la religion chrétienne (1561), Livre I, 7, 4, François Wendel, CalvinSources et Évolution de sa pensée religieuse, Paris, Presses universitaires de France, 1950, p. 115-s, 121, 133, 188, 205, 217, 255.
(23)  Décisions existentielles : Romains 1, 16-17, pour Luther ; Luc 10, 25-37, pour Henri Dunant (1828-1910) et pour Toyohiko Kagawa (1888-1960) ; Jean 21, 22, pour Albert Schweitzer ; Marc 10, 25, pour Michel Rocard (1930-2016) (voir entretien avec Laurent Delahousse plusieurs fois diffusé sur Antenne 2), par exemple.
(24) P. Tillich reconnaît l'existence de "moments" de révélation (les kaïroi) qui sur­vien­nent dans l'Histoire ou bien dans nos histoires, mais, autant que je sache, il ne les lie pas ex­pli­citement aux Écritures bibliques avec l'Esprit. La Parole est de l'ordre de l'événement, non de l'événement pour l'événement, elle prime sur la structure (ecclésiale, sociale, économique ou politique), mais ne la supprime pas, elle la sous-tend. 

Saint-Esprit  et  Écritures
grâce  et   vérité
vin  et  pain
Présence personnelle de Jésus Sauveur et Seigneur donnée par le Saint Esprit , ‟ esprit [sentiment ?] d'adoption par lequel nous crions Abba ! , Père !   […] L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu” (Rm 8, 14-15)

Ce témoignage va-t-il créer une aristocratie de l'Esprit, comme certains en ont prêté l'idée à Calvin?  N'est-ce pas plutôt une démocrati­sa­tion de la Parole ?

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La formulation d'un phénomène réel (sa ratio, sa loi) est essentielle, elle annule les phénomènes ap­parents et elle ouvre la voie au traitement en vérité des choses concernées. Longtemps, des hom­mes ont su mettre des es­quifs sur l'eau, mais à partir du moment où Archimède (287-212 avant notre ère) a formulé son prin­cipe à la base du calcul de la densité phy­sique, c'est la construction navale qui est devenue possible.

On ne lit pas la Bible en vue d'obtenir une Parole pour l'existence. On la lit, on l'étudie, on la médite en vérité. Le témoignage intérieur du Saint Esprit ne se commande  pas, il se constate, sur ses effets, après-coup, de façon aléatoire à vues humaines. Après-coup, comme un renvoi du passé qui peut s'accompagner d'un sentiment de prédestination (Jérémie, Paul), mais n'est pas un regard en arrière. Un trait fondamental qui a pu être vécu et compris, de façon peut être hâtive, comme silence, absence de Dieu, "désespoir de la révéla­tion" par les théologiens de la "mort de Dieu" (Thomas Altizer, né en 1927, Dorothée Sölle, 1929-2003). Par ailleurs, cette présentation de la Parole n'a rien à voir avec le "piqueurs de Psaumes". Devant une question, on piquait au hasard dans le Livre des Psaumes où ailleurs dans toute la Bible et la parole in­diquée était réputée donner la réponse (25).

(25) Visionnez  de nouveau le film de John Ford, Les Fils du désert (1948).

Concernant les miracles bibliques, ils ne se bornent pas au miraculeux, ils sont l'ouverture d'une voie de salut, en ce qui concernent les miracles des Evangiles, ils sont un appel d'air pour une vie non seulement neuve, mais nouvelle, pour nous, une préfiguration de la résurrection et de la vie éternelle. Si nous n'ajoutons plus foi aux miracles, d'autres y croient tou­jours, nombreux sont ceux qui regrettent de ne plus pouvoir en at­tendre. Respectons chacun. En ce qui me concerne, deux mystères au moins subsistent : l'existence du Mal et (exception faite des Jufs messianiques) la fermeture historique d'Israël à la Bonne Nouvelle du Rav Jésus de Nazareth. 

En dehors de tout espèce de reli­gion, il peut se ren­co­ntrer, sinon des miracles, du moins des coïnci­dences heureuses. L'harmonie uni­ver­selle de Gottfried Leibniz (Monadologie, 1714), la Main invi­sible d'Adam Smith  (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776), le dy­na­misme créateur de la théologie du Process (Alfred N. Whitehead, 1861-1947 ; Charles Hartshorne, 1897-2000). La cos­mogenèse, la géogenèse, la bio­ge­nèse, l'anthropo­g­e­nèse (révolutions cognitive, agricole, industrielle, électronique) illus­trent ce fait à plusieurs mo­ments de leur développement commun qui semble viser une but (Principe anthropique faible).

Vu de l'extérieur, le témoignage intérieur du Saint Esprit qui scelle en nous la Parole peut sembler un miracle, mais le mot ne convient pas du fait que, sur le moment, rien ne se passe, que rien d'ex­ceptionnel ne nous distingue et que nous ne prenons connaissance de cette action qu'avec le recul, voire bien après, à partir d'une convic­tion qui s'est créée, d'une réorientation que notre vie a prise, d'une pré­sence du Seigneur que nous vivons mieux. Il ne s'agit jamais d'une preuve.

Le Saint Esprit n'est pas une hypostase transcendante. Dans le témoignage intérieur du Saint Esprit, il n'y a ni extase ni illumination. Il est possible que l'on ne prenne conscience de  ses effets, de l'impact d'un texte  bi­blique dans sa vie, qu'avec un décalage dans le temps, voire rétrospectivement. De sorte que personne ne peut hâtivement dire : ‟Je ne crois pas au Saint Esprit”. Le témoignage intérieur du Saint Esprit prend acte de la fin de l'inspiration dont témoignent divers au­teurs bibliques. Cela ne signifie pas que "Dieu" ne parle pas, mais qu'il parle autrement.


Le témoignage intérieur secret du Saint Esprit constitue, à lui seul, toute la théonomie (pour mieux dire que "théologie") du Saint Esprit dont nous avons besoin. Le mot de "secret" peut, selon l'étymologie, être compris comme mystique", mais ce n'est pas le sens des notions bibliques. Ce "secret"  rend compte de la gratuité des dons - des cha­rismes - du Saint Esprit.  Il vaut donc mieux le rendre par "charismatique". Dans la Postface de sa Dogmatique de l'Eglise de 1956, à propos de Schleiermacher, Karl Barth dit que si c'était à recommencer, il partirait de la pneumatologie ; le Saint-Esprit est le point de passage concret de notre relation au Dieu de la révélation biblique. 


La prédication

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La Parole est prédication, une prédication qui peut se demander mais ne se réclame pas, ne se sol­licite pas, dont on peut dire qu'elle respecte le ‟Principe pro­testant” défini par Paul Tillich, puisque l'ini­tiative ne peut venir que du dehors -ac­cep­tons d'être aimés pour rien- et qu'elle consiste en l' ‟Amen” (‟C'est solide”) ajouté à une Parole qui ne vient pas de nous, qui est in­tel­li­gible, performative et n'a rien à voir avec le divin.  ‟Nous avons tra­vaillé toute la nuit sans rien prendre, mais puisque tu l'as dit, je jetterai les filets” (Lc 5, 5).

            La Parole performative est toujours Sujet et engendre un second moment charismatique : celui de la prière personnelle confiante, entre­tien avec la Parole qui nous institue sujets à notre tour. Acteurs lucides de notre vie personnelle, familiale, ci­toyenne, profes­sion­nelle, écolo­gique, mondaine, his­to­rique (les œuvres de la foi qui ne nous sauvent pas, mais peuvent être des sauvetages pour d'autres). Ainsi, la foi se veut-elle message, témoi­gnage, procla­ma­tion, en aucun cas rite, céré­mo­nie, spectacle, mais engagement à la suite de Jésus.

Parole, prédication, ordre du don gratuit, qui respecte la liberté du donneur et crée celle du receveur. Prédication sous l'horizon de la Parole-Évangile en considération de la situation physique, sociale, cul­turelle de ceux à qui l'on s'adresse, avec tact mais sans concession.

Une transmission, pas une communication.


Parole et Liberté

Avec Martin Luther et Sigmund Freud (1856-1939), qui voient les choses de fa­çon bien différente,  je ne crois pas au libre arbitre. Ce n'est pas dé­faut d'hu­ma­nisme : je pense que nous sommes tous dotés à la nais­sance d'un espace d'autono­mie plus ou moins large où une liberté indi­vi­duelle (responsable) peut s'exercer, nous ne sommes pas foncière­ment "libres". La perversion de la liberté consiste dans l'indépendance irresponsable.

Nous voulons exercer la liberté qui nous est donnée en tant que religion, religion pré­­fi­gu­ra­tive (26), désacralisée, laïque dans l'or­dre de la sainteté dans le monde.

(26) Terminologie de Margaret Mead (1901-1978) : la famille postfigurative (tradition­na­liste), la famille configurative (à la mode, conformiste), la famille préfigurative (celle de l'avenir).


 La Parole peut se produire une seule fois dans une vie avec la force de modeler toute cette vie, ou bien elle se produit plusieurs fois en réponse aux circonstances dans lesquelles nous vivons.

Ne pensons pas, de ce qui vient d'être dit, que le témoignage intérieur du Saint Esprit soit  exigé de qui­conque se présente comme pro­testant. Plusieurs autres facteurs (culturels, personnels) riches et dignes d'intérêt entrent en jeu ici. Pour la 

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bonne santé de notre foi, autant oublier ce qui vient d'être dit et garder simplement  con­tact avec notre Bible.

Lorsque la Parole a lieu, nous allons à l'essentiel, laissant de côté tout ce qui est ines­sen­tiel. L'exégèse historico-critique, toute légitime qu'elle soit, peut nous détourner de cet essentiel. Il est important de savoir qui est ‟Le disciple que Jésus aimait” (13, 23 ; 20, 2 ; 21, 7 ; 21, 20) qui signe le Qua­trième Évangile (21, 234), mais peu importe cette question lorsque la Parole évan­gé­lique nous touche.

Quand la Parole a lieu, une parole biblique se trouve scellée en nous par le Saint Esprit, orien­tant ou réorientant notre existence, nous dé­couvrant de nou­velles possibilités d'exis­tence, nous conduisant à prendre une décision. Ce n'est pas une cristallisation, comme celle que Gustave Flaubert (1821-1880) a décrite, même si, comme cette der­nière, elle s'ac­com­pagne d'un sentiment d'épanouisse­ment. Il y a ici, en plus, l'évidence d'une libération.

À partir de là, on peut discuter s'il s'agit ou non d'une aliénation.  La libération qui accompagne le té­moi­gnage intérieur du Saint Esprit semble bien exclure cette hypothèse. La Parole biblique évangélique intelligible nous libère du sacré, du divin, de l'égotisme. Elle est libératrice et ouverture, non libertaire.

Parole et Culture

Cet accueil existentiel de la Parole n'en demeure pas moins toujours aussi critique. Dans le Nouveau Testament, les Évangiles en particulier, nous avons affaire à des témoi­gnages subjectifs (le ké­rygme), pas à des compte-rendus ex­pé­ri­men­taux. Au surplus, chaque texte bi­blique reflète une culture et se démarque de celle-ci sur des points critiques.

Les écrivains bibliques ont un sens inné de la trans­cendance, alors que nous autres occidentaux nous sommes a-religieux en quête d'une religion qui ne serait pas "religieuse". Dans l'Orient ancien et encore aujourd'hui, quand quelqu'un veut exposer une idée, il imagine un mythe (27), raconte une histoire, une légende, rapporte un songe, une vision, un témoignage personnel, un prodige, un miracle, récits de tous ordres qui sont les morceaux du grand puzzle biblique, utili­sant des images et des symboles, des ‟figures”, comme dit Pascal (Penseés 624 à 639, édition Brunschvigt), qui dégagent un sens, là où nous userions de con­cepts qui renvoient à des savoirs. L'esprit grec dit : ‟Arc­tique” et ‟Antartique”, les arabes parlent de ‟Zénith” et de ‟Nadir”.

(27) Démythologisation : il faut distinguer entre les mythes (Ge 2 et 3) ; les symboles (Ge 1) ; l'imaginaire (les anges) ; les légendes (La Tour de Babel) ; les relation d'expé­riences religieuses exceptionnelles (Jacob au gué du Jabbok, Paul sur le chemin de Damas) ; les croyances (le ciel, l'enfer, la vie éternelle) ; le miraculeux.
On dit l'Antiquité non-scientifique, il existe des exceptions notables : Imhotep (vers2278 avant notre ère). Hippocrate (460-377, avant notre ère), Ératosthène (284-192, avant notre ère), Archimède (287-212, avant notre ère).
Luther (1498-1532) et Calvin (1509-1564) sont peu réceptifs, voire hostiles, aux avancées scien­ti­fiques de l'époque, mais Andreas Osiander (1498-1532) publie le De Revo­lu­tio­nibus orbium coelestium de Copernic (1473-1543) ; Johannes Ke­pler (1571-1630) est, au départ, étudiant d'un
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séminaire pastoral qu'il ne reniera pas, Bernard Palissy (1510-1589), Ambroise Paré (1509-1590) se réclament de la foi réformée.

Le témoi­gnage inté­rieur du Saint Esprit est le dé­mar­queur qui agit dans nos cultures humaines, géographiquement et historiquement diverses, il n'exclut pas l'exégèse savante, il est en soi une critique, il va au-delà, il est de l'ordre de la ‟nou­velle  naïveté” dont parle Paul Ricoeur (1913-2005).
           
            Je précise enfin ce qui m'apparaît comme les démarches (simples) d'une théo­logie chré­­­­tienne possible dans la modernité et la multiculturalité : au-delà du présupposé d'une exégèse historico-critique :
a) l'analogie de la Parole (plus précis que "l'analogie de la foi"), la cohérence biblique, la cohésion de la Parole, obtenues par l'Évangile - do­maine de l'intel­li­gibilité, l'intelligence, l'entendement - (la polyphonie biblique pour Paul Ricoeur);        
b) le christocentrisme,  la ­con­cen­tra­tion christo­lo­gique des notions bibliques (la sainteté, la grâce) ou des thèmes bibliques (création, élection, justification), - domaine de l'incarnation, du corps - ;
c) un sen­ti­ment (pas un concept) pour traduire une croyance bi­blique (création et preuve a contingentia mundi, vie éternelle et sentiment de l'éternité, Gloire et sentiment d'en­tiè­reté), - le sentiment est un "sens" incarné ; domaine de l'âme, de la psyché qui englobe la sôphrosunè (la pensée); l'a priori (religieux, pour E Troeltsch), le transcendantal de Kant, puis Husserl - ;
d) les concepts théolo­giques (doctrine de "Dieu", christologie) qui deviennent des convictions lorsqu'ils sont qualifiés par la Parole d'Évangile scripturaire-biblique (ou par le Roy­aume des Cieux) - domaine du cœur et de ses raisons -.
Toutes indi­ca­tions utiles pour une théo­lo­gie loyale envers la personne mo­derne et hyper­mo­derne, la civi­li­sa­tion oc­ci­­dentale (en manque général d'ins­pi­ration), la multiculturalité et loyale avec la foi chrétienne évan­gélique.

            (28) a) ‟L'Impératif catégorique inscrit au fond du cœur” chez I. Kant, qui traduit le temps de la Pentecôte où l'on n'aura plus besoin d'enseigner la Loi parce qu'elle sera inscrite dans les cœurs ; b)  le ‟Sen­ti­ment de dépendance absolue” de F. Schleiermacher, traduction de l'exigence de la transcendance d'un unique Seigneur - le ‟Coram theo” (‟Devant Dieu”) de la Ré­formation - le sentiment est un sens, mais incarné, domaine de la psyché qui englobe la sôphrosunè, la pensée - ; le sens d'une dette envers le Créateur (chez Karl Barth ; c) la ‟Dif­fé­rence qualitative absolue” de S. Kierkegaard qui traduit la tension interne des symboles bibliques : choses, êtres, phénomènes célestes-le Ciel, les Cieux ; messeigneurs-le Seigneur ; les dissensions-la Paix ; les sanctuaires-le Temple ; les humains-l'Homme ; les paroles-la Parole ; les royaumes-le Royaume ; les couples-l'Époux et l'Épouse etc. - ; d) La ‟Préoc­cu­pation ultime” de P. Tillich traductrice du "Ciel" ; e) on ne croit plus aux Enfers, mais on a un sentiment de culpabilité, d) ici-même, le ‟Sentiment de l'éternité” tra­duc­tion de la Vie, la vie éternelleY a-t-il un sentiment de la transcendance ? C'est comme l'équation du second degré qui peut présenter deux solutions, l'une positive (un sentiment essentiel de gratitude -la Parole-), l'autre négative (au sens algébrique de nombre négatif) : un sentiment d'entière dépendance -le religieux-. Je pense que le kaïros de P.Tillich doit s'accompagner d'une sentiment. Ce n'est pas la cas du témoignage intérieur du Saint-Esprit qui est, et reste, sans affect -"secret"-. Il est, ultérieurement, reconnu (a postérori) pour ce qu'il est dans l'ordre charismatique, pas illuministe. Le Tout-Autre est un sens (signification) de la transcendance. L'eschatologie qui-vient-à-nous (l'eschatologie-avent) en est un autre sens (une intuition). En parlant de sentiment, peut-être répondons-nous à la critique néoconfucéenne (Mou Zongsan, Spécificités de la philosophie chinoise) pour qui la philosophie (et la théologie) occidentale a évacué la subjectivité, l'intériorité (par souci d'objectivation).

Jésus avait déjà opéré quelque chose de compa­rable en "patrolo­gisant", si je puis dire, introduisant le figure du Père qui pacifie celle du Seigneur. Et Paul en avait fait tout autant pour dire une Nouvelle alliance qui ne trahit pas la Première. Le "dieu" biblique ne construit pas de ponts, il ouvre la Mer, il fait Alliance, il réconcilie.  La Réconciliation symbolisée par l'arc-en-ciel (Genèse 9, 13-16 ; Ézé 1, 27-28 ) devient réalité par et en Christ ( 2 Corinthiens 5, 18-19, Romains 5,11 ; 11,15).

Convictions et sentiments

Les croyances sont-elles des "paroles" ? La Bible con­tient à la fois l'univers à trois étages, avec un temps cyclique et le temps linéaire (histoire sainte) qui implique un monde qui a un commencement (Cré­a­tion) et une fin (eschatologie),
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une vie morale (connaissance du bien et du mal, Ge 3) ou spirituelle, celle du "Devant Dieu" (les 10 Paroles, Ex 20 ; De 5) et une éthique existentielle (‟J'ai mis devant toi la vie et la mort, afin que tu choisisses la vie”, De. 30)

Dans le cadre d'une théologie de la Parole (29) (témoignage in­­té­rieur du Saint Es­prit), il n'y a que des convictions (des concepts qualifiés par l'Évangile), non des valeurs comme le pen­sait Albert Ri­tschl (théologien systématicien luthérien), des symboles (30), comme pour Auguste Sa­ba­tier -1839-1901-, théologien systé­ma­ticien réformé,  pour Paul Tillich (31). Con­vic­tions person­nelles, convic­tions d'une com­munauté, convic­tions d'une Église.  Les Confessions de foi ex­priment des con­vic­tions, mais elles ne doivent pas devenir des idéologies.  La théo­logie traite des con­victions chré­tiennes univer­selles (qui ten­dent vers l'u­ni­ver­salité dans le temps et dans l'histoire, ou qui se veulent telles). Il ne peut s'agir d'un dog­ma­tisme, d'une idéolo­gie sectaire ni d'un "n'importe quoi".

(29) Pour les grecs, le Logos est la parole, la raison, le discours. Nicolas Male­branche (1638-1715, principalement dans ses Médita­tions) va identifier le Christ en nous avec le Logos grec. Le Prologue du 4ème Évangile donne au Logos le sens du DâWâR  créateur de Dieu. C'est la Parole créatrice (qui suscite son vis- à-vis), non la Raison, qui prend chair en Jésus Christ.
(30) La Bible use de symboles, pas d'allégories. Il est important de le signaler. Origène (185-252 ou 254) se heurtant aux prodiges relatés dans la Bible avait con­clu qu'il s'agissait d'allé­go­ries.
(31) Sa conception du symbole qui porte avec lui quelque chose de ce qu'il désigne pourrait être un reste du consubstantialisme luthérien de la cène.

Les convictions ne se résument pas à des opinions, elles s'ac­com­pagnent de sentiments qui leur confèrent une réalité vécue tendan­ciel­lement comme universelle : cons­cience, ‟Instinct di­vin”, du Vicaire sa­vo­yard chez Jean-Jacques Rousseau (1712-1778, L'Émile, 1762), sentiment romantique de la trans­cen­­dance, ‟Senti­ment de dépen­dance absolue” chez Friedrich Schlei­er­macher (1768-1834), ‟Différence quali­ta­tive infinie du temps et de l'Éternité” de Sören Kierkegaard (1813-1855), reprise par Karl Barth dans son Commentaire de l'Épître aux Romains, ‟Préoccupation ultime” chez Paul Tillich, un sentiment de l'éternité acquis par grâce, par le moyen de la foi, sur la base de la Partole (Écritures + Saint Esprit (L'acquisition du Salut).

 

Pour le psychologue, le sentiment provient d'une émotion re­travaillée par l'esprit jusqu'à la passion. Le sentiment se définirait alors comme une passion guérie. D'autres insisteront sur ce qu’il y a d’inter­mé­diarité dans le sentiment, le ‘‘pres­que’’, le ‘‘je ne sais quoi’’. Personnellement, je prends le sentiment sous l'aspect où nous é­prou­vons une qualité,  c'est comme nous nous sentons


Quelle différence y a-t-il entre une impression, une expérience vécue, un sentiment ? Je dirais que l'impression est la marque passa­gère laissée en notre esprit par nos obser­va­tions. L'ex­périence vécue est la trace affective intelligible, plus ou moins profonde, creusée dans notre exis­tence personnelle ou collective. Le senti­ment naît de la ren­contre et de la relation pro­­fondément vécues avec une personne, un objet ou un en­semble présents ou absents, mais saisis dans leur qualité (l'a­mour, la nature, la so­cié­té, la paix, la liberté, etc., ici : l'é­ter­ni­té)*
* Sentiment de l'éternité : intuition psychologique de l'ordre de la Parole (biblique) reçue par la foi (entière confiance). Parole pesant son poids de connaissance (Parole de Vie) qui qualifie notre existence  sous  l'un des aspects du Salut (vie éternelle).  Je ne parle pas d'allégorie (Origène), d'analogie (E.Bru­n­ner), de corrélation (P. Tillich), mais de qualification (S. Kierkegaard : la "diffé­rence qualitative infinie" et K.Barth). Notre existence vécue comme "être-dans-le-chemin-de-l'Évan­gile" à l'un des stades de celui-ci.

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Le passé et l'inaccompli

Sur le plan de la temporalité, la Bible est un passé et le témoi­gnage in­té­rieur du Saint Esprit est une actualité où un avenir (le temps inac­com­pli de l'hébreu), dans la Parole, cet inaccompli rencontre ce passé. La Parole fait toujours encore écho aujourd'hui.




Jacques Gruber


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Liste des abréviations bibliques utilisées
liste alphabétique


1 Chr : Premier livre des Chroniques ;
1 Co : Première épître de Paul aux Corinthiens ;
1 Jn : Première épître de Jean ;
1 Pi : Première épître de Pierre ;
1 R : Premier libre des Rois ;
1 S : Premier livre de Samuel ;
1 Thé : Première épître de Paul aux Thessaloniciens ;
1 Tm : Première épître de Paul à Timothée ;
2 Chr : Deuxième livre des Chroniques ;
2 Co : Deuxième épître de Paul aux Corinthiens ;
2 Jn : Deuxième épître de Jean ;
2 Pi : Deuxième épître de Pierre ;
2 R : Deuxième livre des Rois ;
 2 S : Deuxième livre de Samuel ;
2 Thé  : Deuxième épître de Paul aux Thessaloniciens ;
2 Tm : Deuxième épître de Paul à Timothée ;
3 Jn : Troisième épître de Jean ; Ju : épître de Jude ;
Ab : Abdias ;
Ac : Actes des apôtres ;
Ag : Aggée ;
Am : Amos ;
Ap : Apocalypse
CdC : Cantique des Cantiques ;
Col : Épître aux Colossiens ;
Da : Daniel ,
De : Deutéronome ;
Ép : Épître aux Éphésiens ;
Es : Esdras ;
És :Ésaïe ;
Est : Esther ; 
Ex: Exode ;
Ez : Ézéchiel ;
Ga : Épître de Paul aux Galates ;
Ge : Genèse ;
Ha : Habakuk ;
Hé : Épître aux Hébreux ;
Ja : Épître de Jacques ;
Jb : Job ;
Jé : Jérémie ; 
Jn : Jean ;
Jns: Jonas ;
Jo : Joël ;
Jo : Josué ;
Ju : Juges ;
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La : Lamentations ;
Lc : Luc ;
Lé : Lévitique ;
Ma : Malachie ;
Mc : Marc ;
Mt : Matthieu ;
 Na : Nahum ;
Nb : Nombres ;
Né : Néhémie ;
Os : Osée ;
Phi : Épître de Paul aux Philippiens ;
Phm : Épître de Paul à Philémon ;
Pr : proverbes ;
Ps : Psaumes ;
Qo : Qohéleth (Ecclésiaste) ;
Rm : Épître de Paul aux Romains ;
Ru : Ruth ;
So : Sophonie ;
Ti : Épître de Paul à Tite ;
Za : Zacharie ;






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TABLE  DES  MATIÈRES
Présentation, p. 3
1  La Foi, p. 5 : Une entière confiance, la trans­cen­dance, p. 5 ; Jésus ressuscité, p. 7  ; Loyaux envers soi et avec la foi, p. 9.
           
            2  L'Évangile, p.11 : Une intuition portée par un texte, p. 11 ; L'Évangile transbiblique, un guide, herméneutique, p. 12 ; Qui est Jésus pour nous aujourd'hui ?, christologie, p. 12.

3  La Parole, p. 15 : Je ne crois pas en "Dieu", je crois en la Parole de Vie, p. 15 ; Le témoignage intérieur secret du Saint Esprit, la trans­cen­dance, p. 17 ; La prédication, p. 18 ; Parole et Liberté, p. 19 ; Parole et Culture, p. 20 ; Convic­tions et sentiments, p. 21 ; Le passé et l'inaccompli, p. 22.

4  Le Rêve visionnaire de Jésus, p. 25 : Rêve et vision, p. 25 ; Le Royaume des cieux, la basiléïa, p. 25 ; Les Églises et le Règne, p. 27 ; La Vision du Règne , état des lieux, p. 28 ; La Vision du Règne, quelques aspects, p. 29 ; La Vision de Jésus à l'épreuve de la Croix, p. 31 ; Le péché, p. 32 ; Le mal, p. 33 ; Le Salut, p. 35.

5  Entrer dans la vision de Jésus - Être accueillis dans le règne de Christ , p. 37 : Le Christ, p. 37 ; Le moment paulinien, p. 37 ; Aujourd'hui, l'envi­ron­­ne­­ment,  p. 37 ; Comment entendre "être" dans l'expression "être en Christ" ?, p. 39 ; Discerner les temps, p. 42 (la concentration christologique) ; L'Esprit, la Trinité,  p. 43.

6  Les Témoins, p. 45 ; Ni élus ni saints, mais témoins, p. 45 ; Témoigner, p. 46 ; Annoncer à tous l'Évangile de la Récon­ci­lia­tion, p. 47 ; Attester en Église de la grâce, p. 48 ; Témoigner personnellement du don de la justice, p. 49.

7  L'Acquisition par la foi p. 51 ; L'acquisition du salut par le foi, textes bibliques p. 51 : Un environnement nouveau, p. 54 ;  La Nouvelle Alliance, p. 55 ; Un sens donné à nos vies, p. 56 ; Un sentiment d'espérance, p. 57 ; Une éthique, p. 57 ; Le sentiment de l'éternité ou de la Vie, p. 58 ; Tout au long de la vie, p. 60.


Liste des abréviations bibliques utilisées, p. 63

Table des matières, p. 65








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Loyaux avec la foi et envers nous-mêmes : Présentation, Résumé, 1 : La Foi, 2 : L'Evangile, p. 5 à 14, 3 , La Parole p. 15-24

JACQUES     GRUBER                                                 LOYAUX avec la FOI   et envers nous-mêmes une ouverture...