mardi 4 septembre 2018

Loyaux avec la foi et envers nous-mêmes 6: Les Témoins, p.45-48 ; 7 L'Acquisition du Salut, p. 49-61




JACQUES   GRUBER
                                             
 LOYAUX
avec
la
FOI  
et envers nous-mêmes
une ouverture sur notre foi

témoignage spirituel et intellectuel

  

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PRÉSENTATION

Ce texte se compose de réflexions rassemblées au long de ma vie, réunies et mises en forme. C'est le témoi­gnage d'un chrétien de culture et de formation pr­o­testante intéressé par l'intelligence de sa foi pour des esprits modernes et de son actualité dans un monde multiculturel. Monde occidental non-religieux -sinon adepte de toute espèce de religiosité- face à un monde oriental qui se radialise dans ses positions religieuses autochthones.

Comment être loyal avec une révélation tout en restant loyal en­vers sa cul­ture moderne et inversement : loyal avec la culture mo­derne et loyal envers la révé­la­tion chrétienne, sans sacrifices, sans compromis, sans artifice, au sein d'une post-modernité sceptique et d'une hyper­mo­der­nité mul­ti­cul­turelle tenté par le multicul­tu­ra­lisme ?

Un travail d'inventivité s'avère nécessaire, c'est pourquoi ce texte qui s'in­ter­roge sur la mythologie, les symboles, les notions et les croy­ances bibliques, sur les con­cepts spéculatifs chrétiens, et qui propose des alternatives à l'écart des raidissements intégriste ou fondamentaliste comme à distance d'un possible "n'im­porte quoi" li­béral ne se lit pas comme un travail universitaire, il demande à être apprécié si possible sur ses apports créatifs (Que proposeriez-vous d'autre ?).

Mon texte, relativement court au vu du projet, est rédigé à l'intention des per­sonnes qui n'ont pas fait d'études de théologie, mais qui s'intéressent à la culture théologique chrétienne. De petits excursus, appelés par des numéros de notes, ap­por­tent les éléments de culture théologique qui peuvent manquer au lecteur. Par endroit, j'emploie des termes techniques, les non-spécialistes n'ont pas à s'en préoccuper parce que ces termes ne viennent que confirmer ce qui a été noté, en clair, précédemment. 

J'écris dans un esprit de paix, librement et sincèrement, je m'adresse à tous, chrétiens ou croyants des autres reli­gions, laï­ques, agnostiques, athées, persuadé qu'il existe partout des esprits bien dis­po­sés. Cela n'ex­clut pas que je puisse choquer ou blesser quelqu'un ou encore décevoir les autres, provoquer la moquerie, je reste prêt au dialogue dans la mesure de mes moyens.

Si je cite des auteurs et des livres, c'est dans un but indicatif, non pour faire étalage d'érudition, mais pour situer des courants de pensée, fixer des époques et préciser ce que je dis. On me demandera si c'est de pre­mière ou de seconde main ? Les cerises que j'offre, je les ai cueillies moi-même, sur l'arbre, excepté une ou deux poignées qui proviennent d'autres récoltants renommés.

On me reproche d'être affir­ma­tif, mais je suis descriptif. Je dépeins une terre que j'ai beaucoup parcourue, tantôt découverte en marchant, tantôt vue d'avion.

J'invite les uns et les autres à recopier, citer, traduire ou diffuser mes textes, dès lors qu'ils leur ont apporté quelque chose, qu'il ne leur font subir aucun changement et qu'ils indiquent clairement leur auteur et leur provenance.

Jacques  Gruber
Limeil-Brévannes, le 1er septembre 2018



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LES  TÉMOINS


L'Église qui naît au premier siècle et dont le Livre des Actes nous donne un aperçu est un donné historique entièrement nouveau. Jusqu'à ces jours, le schème universel est : une terre, un peuple, une langue, un alphabet, une natonalité, une religion (Égypte, Babylonie, Israël, Grèce etc.). Désormais on a : des croyants sans terre parce que de toutes terres, sans langue parce que de toutes langues, d'aucune nationalité parce que venant de toutes les nationalités, formant des assemblées locales en lien entre elles. On naît égyptien, babylonien, israélite, grec, on ne naît pas chrétien, on le devient, suite à une démarche adulte dont on se rend compte à terme (ou immédiatement, par exception) de la part décisive que le Saint Esprit y a prise. Démarche que sanctionne un baptême, acte conféré par l'Assemblée des témoins (héritière du QaHaL d'Israël au Désert).

Ni élus ni saints, ni successeurs ni continuateurs, mais témoins

Témoins et héritiers, héritiers et témoins, les deux sont indissociables, même s'il faut les discerner. Nous sommes héritiers (élus et saints) en Christ et notre vocation (dans le chemin de l'Evangile) est d'êtres témoins du rêve visionnaire de Jésus/l'Évangile dans un monde dominé par les savoirs, par les applications des sciences, la mondia­lisa­tion,  la multicul­tu­ra­­llité, où l'on peut théo­r­i­que­ment tout connaître et, dès à présent, sa­voir pourquoi nous ne pouvons pas encore connaître ce qui nous échappe, nous sommes les gens de la Parole/Évangile, témoins de cette Parole et de ses applications. Signes vivants de la grâce qui coûte, signes de contradiction, quelle que soit notre culture et tout en aimant cette dernière.  

Devons-nous renier les tex­tes bi­bliques de la Création par la Parole (Ge 1, Jean 1) ? Bien que j'aie parlé plus haut d'un Réservoir quasi infini d'Avenir, à propos de l'eschatologie, je ne le pense pas, d'abord parce que la vision d'un univers qui a un com­men­­ce­ment et va vers une fin est par­tagée par les théoriciens (Big-bang, Big-crash) et reste celle de la mentalité cou­rante (62). Mais surtout, parce que la "Cré­ation par une parole" souligne le fait que le monde et la vie sont  intelligibles -sans quoi, il n'y aurait de savoir de rien- et qu'un dialogue sur leur sens peut s'enga­ger. D'autre part, je remarque comment la Création en sept Jours suit le même ordre que les étapes de la cosmogenèse, la géogenèse, l'anthropogenèse telles que la science les a établies deux mille six cents ans plus tard.

(62) Pour Baruch Spinoza (1632-1677), "Dieu" ou la Na­ture sont les deux faces d'une même médaille, immortalité et temporalité, esprit et corps, en tension in­terne. Son Éthique inaugure la philosophie de la négation (la négation  comporte un degré de certitude plus grand que l'affir­ma­tion) : ‟Toute déter­mi­na­tion est négation” (Ethique I).
Des cinq voies vers la connaissance de Dieu énon­cées par Thomas d'A­quin (1225-1274), Kant (1724-1804) ne retenait que la preuve a contingentia mundi (l'é­mer­­veil­le­ment devant la nature suggère l'existence d'un "design" - un projet intelligent, thèse créa­tion­niste -) parce que c'était ‟la plus populaire”. D'où son épitaphe : ‟Le ciel au dessus de ma tête, l'impératif moral au fond de mon cœur”.

Pour un homme moderne, le texte de la Création (Ge 1, rédigé au 6ème siècle avant notre ère) est symbolique. Or, le symbole, ou la métaphore sont des clés qui, dans une culture ou universellement,  introduisent à des phé­no­mènes réels, sans se substituer à ceux-ci (dans le cas présent, la création par la Parole signifie que notre univers est intelligible). Dans le Pro­logue du Quatrième Évangile (Jn 1, 1-18, écrit dans les an­nées 90 du premier siècle de notre ère), la clé de la symbolique de la Parole créatrice elle-même est faite réalité historique en la personne de Jésus de Naza­reth (63). Jésus, la Parole, l'Évangile, faits être humain, tel est le coeur de nos histoires, le centre de l'Histoire, réalisation politique du Règne. En théologie, aussi, nous suivons cette indication lorsque nous procédons à ce que l'on appelle la concentration christologique (déjà rencontrée ici, plusieurs fois) : Jésus-Évangile devient notre point de vue premier et dernier sur tout être, toute chose.

(63) Dans l'expression : ‟A été faite chair” (Jean 1, 14), le mot "chair", est une métonymie. Chair est là pour "être vivant", " être humain", pour "âme-corps-coeur-esprit". Ce n'est pas le même sens que dans d'autres textes bibliques où  "chair" (BâSâR, sarx) signifie "faiblesse  humaine", "homme faillible" (És 10, 18 ; Ps 56, 5 ; Mt 16, 17 ;  Jean 6, 63 ;  Rm 7, 25,  par exemple).


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La Bible ne se résume pas à des croy­ances su­per­sti­tieuses, à des miracles et à la prédication du dimanche con­sis­tant au compte-rendu du dernier livre que l'on a lu. Ne cher­chons pas à forcer le passage d'une repré­sen­ta­­tion sym­bo­lique vers une explication rationnelle des phé­no­mènes. Si rien ne se produit, nous sommes au moins en me­sure de cher­cher et de trouver pourquoi cela ne passe pas dans le cas de figure donné, et cette explication, en elle-même, a une va­­leur.


La prédication est le moyen le plus courant du témoignage. Elle ne consiste pas en des ‟Il faut”, ‟Nous devons”, ‟Vous devez”. Ce n'est ni une offre, ni une pro­position. C'est un accueil, un ‟Il vous/nous est donné d'être , d'avoir, de pou­voir”, chacun à sa manière, de devenir en espérance. Elle garde ouvertes les significations bibliques en général, évangéliques en particulier.

La prédication de la Parole ne fait de nous ni des élus ni des saints, mais des té­­moins. Le Premier Testa­ment nous rap­porte des vo­ca­­tions individu­elles de pro­phètes ; selon 2 Corin­thiens 5, ‟en Christ” (concentration christologique), le sacer­doce universel ne fait jamais de nous que des occa­sions du Salut. Sans jamais nous prendre pour des prophètes (voire : pour le Messie).

C'est une façon de comprendre l'arbitraire apparent de la prédes­tina­tion. Affirmée dans la Bible, la prédestination ne con­­cerne qu'un petit nombre d'indivi­dus, prophètes, rois. Il lui est rendu explicitement témoignage par Jérémie (Jé 1, 5) et par Paul (Ga 1, 15). Ce dernier étend son expérience personnelle à tous les chré­tiens (Rm 8, 29-30) (64). Dans ce cas, on peut comprendre que le petit nombre des élus concerne des témoins du Salut auprès des autres. Tout le monde est ainsi béné­fi­ciaire du Salut de Jésus-l'Évangile par la prédestination d'un petit nombre, prédes­ti­na­tion destinée à faire des témoins.

(64) Le texte deutéropaulinien d'Éphésiens 1, 5 et 11 parle d'une prédestination ‟En Christ” les chrétiens sont ainsi au bénéfice de la prédestination de Jésus (con­cen­tra­tion christologique).

Nous annonçons la Bonne Nouvelle de la réconciliation, nous attestons de la grâce (la rémission du péché) qui est chose faite, tout cela sans recourir à des ‟Tu dois”, ‟Vous devez” , ‟Il faut”, mais avec des ‟Recevez”. L’évangélisation n'est pas une pro­testantisation ou une catholicisation des foules, mais l'annonce gratuite du Salut qui est dans le Christ (Messie) Jésus de Nazareth. Ce que nous donnons n'est jamais en notre possession, cela passe des uns aux autres, c'est une transmis­sion qui nous transforme à chaque passage.
Le témoignage que nous donnons, en paroles et en actes, n'ap­porte aucune preuve. C'est une transmission cir­cons­tancielle expressive où une Parole  intelligible -un bien qui ne dépend pas de nous, ne vient pas de nous-  s'éclaire à la fois pour nous et pour l'un de nos prochains   -peut-être pour sa vie entière-.

Témoigner

Être témoin ne dé­pend pas de nous, n'émane pas de celles et ceux en présence de qui nous sommes, ce n'est pas, d'abord, le témoi­gnage de nos expériences vécues personnelles, c'est un témoignage biblique (une Parole) qui nous est donné, à nous, pas à un autre, ici et maintenant, pour telle ou telle personne et pas une autre, de telle sorte que, dès lors, il est indis­pen­sable que nous délivrions ce message. Nous retrouvons ici le thème de la prédestination qui se confirme par toutes celles, tous ceux, pour qui nous aurions voulu être des témoins et nous ne
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l'avons pas été. Mais aussi celles et ceux pour qui nous avons été des témoins et nous ne le savons pas encore aujourd'hui.
L'esprit scientifique consiste à comprendre le donné dans sa spécificité, l'Évangile, la parole de Dieu, mais le péché aussi, sont des spécificités bibliques. En Christ, le péché se révèle, comme péché pardonné, or nous nous adressons à des gens qui ne connaissent que l'erreur, la faute, la délit ou le crime. La Modernité s'accorde à notre prise de distance avec le péché originel, nos contemporains occi­den­taux, peu enclins à une rédemption, peu­vent comprendre le pardon, la grâce (du moins au sens juri­dique).
Le té­moi­gnage ne se commande pas, c'est une occasion donnée. Nous n'avons pas la prétention de nous y pré­parer, ‟Ce que vous aurez à dire vous sera donné au moment même” (Mt 10, 19, en me per­mettant de varier les circonstances où cette parole de Jésus est prononcée). 
Je pense à ceux que l'Évangile laisse indifférents et, avec dou­leur, à ceux qui le refusent de toutes leurs forces. Même parmi mes proches, dans nos familles. Dans de larges espaces sur notre planète, l'Évangile est même interdit (monde musul­man où le Coran doit occuper tout l'espace, Inde où il est in­terdit de changer de religion). 

Aujourd'hui, nous ne pouvons plus donner foi à des mythes, des oracles, des lois, des légendes, des croy­ances, des paraboles, des ora­cles ni même à des dogmes datant d'une ‟époque théo­lo­gique” (com­me di­rait Auguste Comte, 1798-1857). Reste la foi comme relation vivante à Jésus par le moyen de son Évangile, mais aussi des intui­tions uniques dans l'his­toire du monde humain (la notion biblique de "dieu", le temps li­néaire, la Trinité, la christologie  "économiques", etc.). Ce sont ces in­tui­­­­­tions que nous avons à penser, dire et incarner dans un témoignage actuel. Ce qui fait le plus de mal ce ne sont pas tant les textes bibliques eux-mêmes que les récits, les représentations picturales, les contes, les paroles de certains cantiques, les légendes rajoutées qui forment un fond d'enseignement religieux chrétien surajouté à la Parole biblique, dont on berce les enfants et que cer­tains catéchismes prétendent incul­quer aux adolescents.

La question de départ pourrait être celle-ci : ‟As-tu un rêve ?” ;  ‟Quel est ton objectif dans la vie ?” ;  ‟Comment voudrais-tu que le monde soit ?” (la question : ‟Quelle est ton ambition ?” , est parti­cu­liè­re­ment ambivalente). Ensuite, parler un langage accessible à tous, la vision de Jésus, celle des cieux, est universelle : le prochain, la Nature,  l'amour, en sauver d'autres … (65)

(65) Au cours de l'écriture, j'ai indiqué des points d'accrochage possibles avec nos con­tem­porains : le rêve visionnaire de Jésus ; les prémices du Règne ; entrer dans le rêve et dans la vision, être accu­euil­li par les prémices du Règne ; ci-après, L'Acquisition du Salut, : la Nouvelle Alliance.

Annoncer à tous l'Évangile de la Réconciliation

Ce n'est pas le témoignage que nous pouvons program­mer qui change le monde, car le témoignage chrétien agit dans l'Histoire et en modifie le sens. C'est le
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mo­ment où, pour quelqu'un d'autre, la Parole que nous avons pu ap­por­ter, sans doute même en l'ignorant, est deve­nue parole de réconciliation qui a transformé son environne­ment.

La réconciliation avec le Père, au sens de la parabole de l'enfant perdu et retrouvé (Lc 15, 11-32), est réconciliation avec soi-même et avec le prochain, entre Orient et Occident. C'est le fondement du par­don selon le Sermon sur la mon­tagne (Mt 5, 43-48) où l'on pourrait tra­duire, au verset 48,  "parfaits" par "accom­plis". La réconciliation et le pardon, autrement dit : la grâce.

Dans un monde où s'affrontent Orient et Occident, où l'Orient cherche à prendre une revanche sur l'Occident en re­tour­nant contre lui les armes qu'il a mises au point, les Églises, classées à l'Occident, an­non­cent un message qui a été apporté par un oriental, un Salut conçu et exprimé dans la culture du monde oriental. Souvenons-nous en.

Prière : Père, procure une maison aux millions d'enfants et de jeunes qui peuplent les camps de réfugiés partout dans le monde. Permets qu'ils accèdent à une instruction sans préjugés et qu'ils rencontrent l'Évangile, Amen.

Attester de la grâce en Église

Sauf situations exceptionnelles (66) ou vocation particulière d'a­pôtre, nous attestons collectivement (ecclésialement) de la grâce qui est en Jésus Sauveur (Messie, Christ) lors de la célébration du bap­tême et de la cène et dans certaines béné­dic­tions liturgiques (pardon, ma­riages). C'est ici que le corps de Christ prend sens et forme, que nous cessons de n'être qu'une communauté.

(66) Lorsqu'un chrétien, une chrétienne, attestent individuellement de la grâce à quelqu'un, c'est en vertu d'un mandat ministériel (aumônerie, prédicateur-trice) ou du moins en référence à un pareil mandat s'il s'agit de circonstances tragiques.


Les personnes modernes et hypermodernes connaissent le besoin d'un pardon des péchés. Ce contre quoi elles peuvent éprouver un res­sen­timent, c'est le pardon ritualisé, trans­mis par le canal d'un clergé et non par l'annonce de la Parole de Vie (Parole pour exister). Avec l'É­van­gile versus Jésus, mieux qu'avec la Loi, s'établit une relation per­son­nelle, bien éloignée d'un rapport avec une valeur, même per­son­nifiée (Justice, Vérité, Liberté).

Nous avons tous, à quelque degré, le sens de la  relation de type personnel avec une espèce de sainteté (le Peuple, la Patrie, la Nation, la Fa­mille). À la fois exigée et inaccessible, la sainteté engendre la trans­gression, le péché,  au sens vul­gaire du mot. C'est tout le pro­blème de Paul avec la Loi. La seule solution est le recours à une ré­demp­tion. S'il en existe une. Les disciples de Jésus (au sens large du mot de disciples) attendaient ‟La rédemption d'Israël” (Lc 24, 21) ; pour la foi chrétienne, la rédemption est universelle, elle a nom : Jésus ou l'Évangile  (1 Co 1, 30) ou encore la grâce.

On ne se rachète pas soi-même par un acte violent qui répand la mort des mécréants. La rédemption reprend l'an­cienne notion du ra­chat des esclaves sur le plan du Salut apporté par la Croix : ‟Vous avez été rachetés à un grand prix” (1 Co 6, 20, 23). Une acquisition non par achat, mais  par rachat (acquisition passive). La grâce qui coûte. C'est l'un des  mots qui ren­dent  le mieux celui de "Salut".
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Rejoindre la condi­tion ouvrière, comme le fit Simone Weil (1909-1943), la révolution  de Fidel Castro (1927-2017) et du ‟Che” Guevara 1928-1967), à l'instar de Régis Debray (né en 1940), les dé­mo­cra­ties populaires, les guérillas, hélas, ne suf­fi­sent pas pour li­bérer nos sœurs et frères qui luttent, le plus sou­vent en vain, en vue d'un travail qui les élève, une exis­tence qui ait un sens, des conditions de vie di­gnes. Il serait préfé­rable que les prémices du Règne im­prègnent la so­cié­té.

Témoigner personnellement du don de la justice

Annoncer la réconciliation, attester de la rédemption (de la grâce), délivrer le témoignage personnel du don de la jus­tice par la foi. Car, une nou­velle fois, la justice est un don (la jus­tice dite "pas­sive" de la théologie sco­las­tique) et nous en sommes les bénéficiaires.

Le rêve visionnaire de Jésus et les prémices du Règne apportés par l'Esprit, que nous annonçons par la prédication de la réconcilia­tion, vont créer d'autant plus le sens et l'attente de la rédemp­tion chez ceux qui les auront reçus qu'il ne s'agit pas d'une œuvre à ac­complir, mais d'un don. ‟Jésus Christ s'est donné lui-même pour nous afin de nous racheter de toute ini­qui­té et de faire un peuple (67) qui lui appar­tienne, purifié par lui pour de bonnes œuvres.” (Tite 2, 14).

(67) HRaMlaos : peuple. Les textes des Évangiles où paraît le mot d' "église" sont d'ins­pi­ration pro­pre­ment matthéenne (Mt 16, 18-19 ; 18, 15-18, le kérygme). "Église" n'est pas un mot du voca­bu­­laire de Jésus. l'Église n'est pas peuple de Dieu au sens où Israël est peuple élu. L'Église est une notion nouvelle, celle d'une com­mu­nauté, une communion, ou­verte à tous les peuples. Le terme grec d'ekklèsia était em­ployé pour l'assemblée des citoyens appelés à prendre les décisions utiles pour leur ville. Une définition clas­sique de l'Église consiste dans la com­munion des saints, qui re­groupe les chré­tiens du passé, du présent, de l'avenir. Au siècle de la Réformation on trouve l'idée d'une "Église invisible", l'Église authentique  que le Seigneur seul connaît. Aujourd'hui, avec Paul Tillich, popularisé par J.A.T. Robin­son (The New Reformation ?, 1965), est apparue l'idée d'une Église manifeste (les Églises que nous connaissons, réputées ani­mées du dynamisme de l'être nouveau : la théo­no­mie) et d'une l'Église latente (composée des non-chrétiens de tous horizons con­si­dérés comme des chré­tiens putatifs qui peuvent posséder des aspirations para-chrétiennes). Conception to­ta­lisante de l'universalité de l'Église, opposée à la con­ception de l'uni­versalité des Églises-témoins. Alain Badiou démontre que, chez Paul, l'universalité n'est jamais kat-holon, "selon le tout" (cat-holique), mais ouverture et don universels, sans acception de personne (Saint Paul. La fondation de l’universalisme, 1999)Les Pentecôtistes qui ont une concep­tion congrégationaliste de l'Église, ne parlent pas d'Église, mais d'"As­sem­blées de Dieu", par référence au QâHâL  de l'Is­raël du Désert (Exode et Nombres) (ou aux protestants du Désert cévenol, 1700-1704).

Le don de la justice dans nos existences (qui fait de nous des "justifiés", mais pas des "justes"). Recevoir les prémices du Règne de façon charismatique, c'est être rendus justes (la justifi­ca­tion par la foi) ou, en d'autres termes : recevoir l'a­dop­tion (Ga 4, 5 ; Rm 8, 23). Nul-le ne saurait prétendre à té­moigner de la justice par la foi dans son exis­tence sans qu'au préalable, le ménage n'ait été fait chez lui, à fond.

Il y a tant de culpabilité accumulée dans notre mondia­li­sa­tion. Le chô­mage s'accompagne d'un sentiment de culpabi­li­té, nous vivons des situations cul­pa­bilisantes, recevons des paroles qui nous culpabilisent. La recherche d'une autojusti­fi­ca­tion, est vive dans les géné­ra­tions actu­elles qui se plaisent dans l'avoir et le faire. La judiciarisation de nos ci­vi­lisations oc­­cidentales est le reflet d'une culture qui cherche la jus­ti­fi­ca­­tion sur le plan judiciaire, parfois pro­cé­du­rier de surplus.
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Com­­bien de livres qui paraissent à cette heure où les auteur-e-s se ra­­con­tent, cher­chant, de fait, une justification de leur existence dans le succès de leur livre. ‟Le miracle de Kundera [auteur du roman : L'insoutenable légèreté de l'être], c'est l'ajustement exact, la fusion complète de la réflexion et de l'art qui la fait passer. Et à supposer que cette réussite soit unique dans la vie d'un créateur, Kundera alors vient d'atteindre à son propre sommet Cela suffirait à justifier [sic] une existence d'homme” (Françoise Wagener, CR de Kundera : Le Livre du rire et de l'oubli, Le Monde 27 avril 1979). Coïncidence dans et par la créativité conduisant à une justification personnelle par ses propres œuvres. Justification par la foi en soi-même, médiatisée par l'œuvre d'art. Ce qui montre que l'art est le seul domaine où une coïncidence réussie (et, par là, une justification de soi par soi) puisse être enregistrée.

La re­cherche de la jus­ti­fi­cation  qui correspond à la recherche du sens de la vie, ou à l'acquisition d'une bonne conscience ("J'ai ma conscience pour moi"), sub­­­siste chez nos contem­po­rains, tout comme à l'époque de la Ré­formation et, plus loin, au temps de l'apôtre Paul. Nous ne fai­sons pas partie des rhinocéros qui vont paissant dans les her­bages, sans avoir conscience qu'ils sont les derniers.

 ‟Nous savons que jusqu'à main­tenant la création tout entière sou­pire et souffre les douleurs de l'ac­cou­che­ment. Et ce n'est pas elle seule qui soupire,  nous aussi qui avons les pré­mices de l'Esprit, nous soupirons en nous-mêmes en at­ten­dant l'adop­tion filiale, la rédemption de notre corps. En effet, c'est en espérance que nous avons été sauvés.  ‟L'espé­rance qu'on voit est-elle encore es­pé­rance ? Si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'atten­dons avec persévérance.” (Rm 8, 22-25). L'espérance, pleinement réalité dans l'ordre de la Parole, non dans celui de la vue.

‟Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger” (ou, du moins, qui acceptent d'y laisser leur vie), notait Blaise Pas­cal (Pensées) : D. Bonhoeffer, le Mahatma Gandhi, M-L. King, Thibérine et les autres. À méditer par tous ceux qui viseraient à devenir des té­moins.

Jacques Gruber


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L'ACQUISIT­ION PAR LA FOI

L'acquisition du Salut ‟Par grâce, par le moyen de la foi” (Ép, 2, 8)

Je n'entre pas dans le débat entre inné (ou congénital) et acquis. Ici, il n'est question que d'acquis. Deux signi­fi­ca­tions sont perti­nentes pour le sujet  : a) à l'actif, c'est le fait  d'augmenter de ma­nière ap­pro­­priée ses biens, ses con­­naissances ou ses relations hu­maines :  ‟J'ai fait acqui­si­tion de cet apparte­ment avec l'argent que j'ai gagné”; ‟J'ai fait l'ac­qusition de ce nouveau fichu”,  ‟Vous pensez par elles [les Écri­tures] acquérir (échein) la vie éternelle” (Jean 5, 39)  ; b) au passif, ou de façon objective,  c'est avoir ob­te­nu un bien­fait sans y avoir œuvré, gra­­tuitement, l'ac­quisition provenant d'un ami”, ‟Ces rides sont d'ac­qui­si­tion récente” ; ‟Un ca­deau en­combrant est une bien inutile attention” ou, au contraire ‟Votre cadeau reste pour moi une bien ­utile et pré­cieuse acquisition” , ‟Le peuple que Dieu s'est acquis” (laos eis péri­poièsis, 1 Pi 2, 9).

L'acquisition du salut par le moyen de  la foi, textes bibliques

Si le terme d' '"acquisition" (péripoïèsis), pour le Salut, n'est  guère utilisé par le Nouveau Testament (68), il y est plutôt question d'hé­ri­tage (klèro­no­mia), d'obtenir (Ga 3, 18 ; 1 Tim 6,19 ; 2Tim 2,10 ; Hé 11, 7), de recevoir  (Mc 10,30 ; Lc 18, 18-30 ; Jn 1, 16 ; Rm 5, 11-17 ; Ép 3, 19 ; Ac 25, 18 ; Hé 9, 15 ; 1 Pi 5, 1, entre  autre) ou de donner (Mc 4, 38 ; Lc 12, 32 ; Jn 10, 28 ; Rm 8, 32 ;  Ap 2, 10, par exemple) . Dans le Pre­­mier Tes­ta­ment :  hé­ritage de la promesse, de la terre, sous condi­tion de fidé­lité (És 54, 3 ; 63, 18 ; 1 Mac 15 ; 33-34).  Dans le  Nou­veau Tes­­ta­­ment, sans con­di­tion : ‟C'est  par la foi que l'on devient hé­ri­tier, pour que ce soit par grâce” (Rm 4, 16)  ; ‟Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers  ; héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ” (Rm 8, 17 ; Ép 3, 6) (69). 

(68) Pourtant : Ép 1, 14 ; 1 Th 5, 9 ; Hé 10, 39 ; 1Pi 2, 9.
(69) Et encore 1 Co  , 9 ; 15, 50 ; Ga 3, 29 ; 4, 30 ; 5, 21 ; Ép 1, 14 ; Col 1, 12 ; 3, 24 ; Hé 1,2 ; 1, 14 ; 6, 12 ; 6, 17 ; 9, 15 ; 11, 7 ;  12, 17 ; 11, 7 ; 1 Pi 1, 4 ; 1, 18 ; 3, 7 ; 3, 9 ; Jc 2, 5.

1) textes pauliniens : ‟Abraham crut (la foi) et cela lui fut imputé (la grâce)  à justice” (Rm 4,3-4) :
            L'impu­ta­tion est aujourd'hui traduite par "compter" (logizomaï, ‟être com.­té”, ‟être mis au compte de”), selon Romains 4, 3-4 : ‟Ab­raham eut confiance en Dieu et cela lui fut imputé (compté) à justice. Or si quelqu'un a accompli quelque chose, le salaire lui est imputé (est porté à son compte) non comme une grâce, mais comme un dû”. La foi qui est de l'ordre de la grâce (du don gratuit, sans condition, sans autre explication que l'amour), compte pour justice devant le Seigneur, tenant lieu de tous nos vains efforts pour devenir des "justes".

           
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            On pourrait conserver le verbe "imputer", le mot d'imputation, sauf que ce langage passe difficilement aujourd'hui. Les traducteurs emploient  donc "compter" au passif. Je me rallie à "acquisition".  
          
  Et autrement, chez Paul : ‟L'Évan­gile est la puissance de Dieu pour le Salut de tout homme qui croit, Juif et non-Juif”  (Rm 1,16). Ici, c'est l'appropriation de la Parole (l'Évangile) qui prime.
            
Au 16ème siècle, les Réformateurs ont eu recours à des mots différents  : imputation (M. Luther), appropriation (J. Calvin). Pour Luther, l'imputation de la justice est liée à une appropriation de la Parole ; pour Calvin, l'imputation est une conséquence de l'appro­pria­tion de la Parole.

2) texte post-paulinien : ‟Nous qui étions morts à cause de nos fautes, le Seigneur nous a rendu la vie avec Christ  - c'est par la foi que vous êtes sauvés - il nous a ressuscités et fait asseoir avec lui dans les lieux célestes, en Jésus Christ. Il a fait cela afin de montrer dans les temps à venir l'infinie richesse de sa grâce par la bonté qu'il a mani­fes­tée envers nous en Jésus Christ. En effet, c'est par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu” (Ép 2, 5, 8).

Le salut est acquis, une fois pour toutes par la foi (l'entière con­fiance) mise en Jésus, le Sauveur. En celui-ci, nous sommes, dès à présents, dans les lieux célestes (expression christocentriste de la réali­sa­tion du salut). C'est un acquis gratuit, pour la suite de l'Histoire.  Cela ne vient pas de nous, nous n'y avons aucun mérite, ‟C'est le don de Dieu”, don sans condition (la grâce).

3) texte synoptique : ‟Cherchez d'abord le royaume et la justice de Dieu  et tout cela (la nourriture, la boisson, l'habillement) vous sera donné de surcroît” (Mat 6, 33).

Tel est le statut, apparemment paradoxal, d'une acquisition du salut  par la foi : le salut n'est pas notre souci, notre recherche, il est donné de surcroît (la grâce) à celui qui se préoccupe prioritairement, dans le concret historique immédiat, du Règne et de sa justice.
         
   4) texte johannique : ‟Celui qui croit en moi a la vie éternelle” (Jean 6, 47) :
          
  Pour le Quatrième Évangile la foi (entière confiance) qui repose sur la rela­tion filiale de Jésus avec son Père, est le Salut  réalisé. Le Salut nous a été ac­quis par Jésus, d'une façon première et dernière (la grâce) et, par le moyen de notre foi mise en Lui (en sa Parole d'É­vangile), nous en vivons dès à présent.  
          
  Dans l'acquisition du Salut par la foi, le Salut n'est pas l'objet d'une quête, d'une aspiration, propres, il nous a déjà été acquis gra­tui­te­ment, sans que nous en fassions particulièrement l'objet de notre re­cherche, mais par la foi mise en la justice du Règne, une promesse por­tée par la Parole biblique ou Jésus lui-même, La
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Parole.  C'est un acquis ob­tenu sans condition, sans inter­ven­tion de notre part, sans même que nous y pen­sions d'abord directement (la grâce). Cela n'en implique pas moins une dé­marche de notre liberté (le moyen de la foi), car cela se produit d'une façon originale pour cha­cun, en chaque nouveau moment dans les limites de notre espace d'au­tonomie propre. Et nous ne savons pas ce qui se passe dans l'endos de l'immanence (la psychologie des profondeurs -valable même pour les animaux-, lieu où le Saint Esprit noue la Parole). En tout cas, dans l'ac­qui­sition du salut par la foi, la limite tend à disparaître : dire qu'il s'agit d'une acquisition réelle d'amour et de justice, de justice et d'amour, c'est être loyaux avec la foi, dire que cette acquisition est gratuite, sans mérite et sans autre raison que l'amour, exclusive et non possessive, c'est être loyaux envers nous-mêmes.

L'acquisition du Salut par grâce, par le moyen de la foi, moment de l'His­toire, moment de notre histoire, se présente comme un processus, es­cha­tol­o­gi­que­ment axé sur une entière ins­­­tau­ration. Dans cette op­tique, un courant du Nou­­veau Testa­ment parle, en termes de "réca­pi­tu­la­tion" (Ép 1, 10 : anaké­pha­laïôsis) : ‟Tout réunir sous l'autorité du Mes­sie (Christ)” ou, sans plus de précision, d' "apoca­ta­stase" (Ac 3, 21) : ‟Mo­ment de la res­tau­ra­tion totale” où Évangile et Loi, Églises entre elles, Église et religions, révélation et raison, foi et culture, toutes les indépendances, seront heureusement réintégrées. C'est, pour l'heure, une acquisition liée à la foi, qui  sub­siste autant que se ressource la foi (au sens défini au chapitre premier du présent texte).

Le mot d' "accom­plis­se­ment", est aussi employé pour exprimer  la réa­li­sa­tion du Salut chrétien. C'est même le thème de l'Épître aux Hé­breux. Je compte dix occur­rences de ce mot  -parfois rendu par "per­fection"-  dans l'Épître : 2, 10 ; 5, 9 ; 7, 11, 19, 28 ; 9, 9 ; 10, 1 14 ; 12, 2, 23. Jé­sus, dans sa per­sonne, a accompli (ou acquis jusqu'à la per­fec­tion) non seu­­le­ment les pres­cri­ptions lévitiques, mais encore les pro­messes du Pre­­mier Tes­tament (Ga 3, 14).

Cette démonstration présente l'incon­vé­nient d'a­voir été utilisée, par le passé, dans un sens antisémite - ce qui n'est pas celui des textes -. Les textes disent que Jésus accomplit les Alliances, ce ne sont pas les chrétiens, l'Église, qu'il les accom­plissent. C'est en lui, et lui seul, que se trouve cet accomplissement : ‟Pour le Juif d'abord, pour le Grec ensuite” (Rm1, 16 ; 2, 9-10).

Nous ne faisons que manger les miettes qui tombent de la table de notre Maître (Jésus) (Mc 7. 27-28), jusqu'à ce que le Fils de famille nous invite à son repas de fête (Mt 22, 1-10). Si nous nous appliquons les com­man­de­ments et les pro­messes faits à Israël, c'est parce qu'ils pos­sèdent une portée universelle. Cha­que fois que nous rendons grâces pour une Parole reçue, nous remercions ceux qui nous l'ont apportée et cela, à travers tant de vicissitudes.

Nous pouvons suivre les traces de cette acquisition ou de cet héritage dans les réalisations non pas symboliques, mais exemplaires, des deux Testa­ments.  Le chapitre 11 de l'Épître aux Hébreux donne une série d'ex­emples d'acquisition du Salut par la foi tirés de l'histoire sainte et dominés par la figure d'Abraham  ‟Espérant contre toute espérance”, comme écrivait Paul (Rm 4, 18).

On peut citer encore d'autres exemples du Salut par le moyen de la foi : ‟Lorsque Moïse levait la main, Israël était le plus fort et lorsqu'il bais­sait la main, Amalek était le plus fort” (Ex 17, 11) ;  après le veau d'or, le Seigneur qui donne
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rendez-vous devant l'arche d'Alliance, trône vide (Ex 37, 9)  du Dieu dont on ne se fait nulle image (Ex 22, 42-46) ;  la gué­­­rison des ser­pents brûlants  par le seul regard de foi porté sur la perche où Moïse a fixé un signe (Nb 21, 1-9);  la femme syro-phé­ni­cienne repoussée par Jésus comme non-Juive pour qui les petits chiens mangent les miettes tombés de la table de leur maître (Marc 7, 24-30) ; le centenier de Caphar­na­hum qui répond à Jésus  ‟Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis une seule parole et mon serviteur sera guéri” (Mt 8, 8) ; Pierre : ‟Seigneur, nous avons travaillé toute la nuit, mais sur ta parole je jetterai le filet” (Lc 5, 5) ;  les paroles de la cène :  ‟Prenez et mangez, prenez et buvez, ceci est mon corps, ceci est mon sang” (Mc 14, 21-25) ; Marthe à Jésus : ‟Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. [Cependant], même maintenant, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera” (Jn 11,21- 22). Et d'autres textes sans doute encore.

N'imaginons pas, pour autant, que l'histoire sainte se perpétue et que nous en sommes les héros, mais désormais chaque personne,  moyennant la réception de la Parole de l'Évangile, peut être en Jésus Sauveur et Seigneur, accueilli par les prémices du Règne. Et, dans cet environnement d'espérance nouveau, chacun à sa manière, nous pou­vons éprouver un ­sentiment de l'éternité. Un sentiment, pas un besoin, quelque chose d'entièrement gratuit et gratifiant, soutenu par la Parole de l'É­van­gile. L'ac­qui­si­tion du Salut, c'est, ici et maintenant, un senti­ment d'espérance qui se pré­cise comme sentiment de l'éternité qualifié par la Parole comme sentiment de l'é­ter­nité de Vie (zôè), entièreté de Vie ou d'assurance (les sentiments naissent les uns des autres, parfois circulairement)quand bien même notre état de vie (bios) laisserait beaucoup à désirer. L'espérance relève plus de la croyance, de l'attente ou de la dépendance d'un autre, d'un ailleurs que du désir, expansion de soi-même, sexuelle en dernier ressort.


N.B. On me demande de quoi s'agit-il dans le concret ? Le concret dépend de chaque circonstance. D'une manière générale on peut dire que c'est un élargissement de notre espace d'auto­no­­mie qui a pour effet une pratique et une pensée affirmatives,  jointes au discernement des esprits,  pour tous ceux à qui l'Évangile s'a­dresse (rien à voir avec la "cote d'amour", comme on dit dans l'armée). Ce sentiment s'accompagne d'une conduite de recueillement. Non pas au sens de "faire le vide en soi", plutôt : rassembler en soi tous ses moyens : physiques, mentaux, du cœur, de l'âme (notre ipséité). Conduite appropriée (mieux que l'énervement, la rage, l'abandon) quand on se trouve devant un problème de quelque ordre que ce soit (mathématique, intellectuel, moral, social, affectif). Calme et tranquillité au sein de l'agitation de la Technique qui a pris au piège ses apprentis sorciers (Jacques Ellul), au milieu des cultes et cultures folkloriques (voire des "bricolages" religieux, Claude  Lévy-Strauss) désordonnés où les sentiments sont suggéré et éprouvés à partir du corps, dans un monde de propagandes qui, brutalement ou petit à petit, prennent possession de nos esprits jusqu'à nos réflexes. C'est une bénédiction.
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Un environnement nouveau

Le Premier Testament présente plusieurs lignes, en particulier, la ligne prophétique, celle de la Parole, de la Parole pour exister, et la ligne sacerdotale, celle de la Gloire (70), du divin. Les Églises qui se situent sur la ligne sacerdotale s'inscrivent dans le principe ontologique du divin, celles qui suivent la ligne prophétique, dans le principe an-ontologique de la Parole. L'acquisition du Salut par la foi ne se conçoit pas dans la ligne de la Gloire sacralisée, mais dans celle de la Gloire comme entièreté (ci-dessous), elle est le don de la Parole.

(70) La Gloire, présence transcendante, en pointillés,  du Seigneur, apparaît tôt dans les textes bibliques, où elle remplace l'Ange du Seigneur, mais ce pourrait être une mise à jour rétrospective des textes. En tout cas, cette notion acquiert toute sa signification avec la vision d'Ézéchiel (Ézé 1).

En ce qui concerne la Gloire, deux pistes premières et dernières s'offrent en effet à nous  : a) le monde gréco-romain du divin, de la divinisation (ou déification) adopté par les Églises constantinienns (71) ; b) une piste biblique partant du sens premier de la KâVôD qui est celui de poids, ‟peser son poids”. Jésus est-il divin, divinisé par la glori­fi­ca­tion ou bien la glorification le confirme-t-elle tel qu'il est en lui-même au­then­ti­que­ment, en son entièreté  : glorification-divinisation ou glorif­i­ca­­tion-entièreté ? La râce ne nous confère pas une auréole, elle nous acquiert tout notre poids devant les Seigneur (72).

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(71) L'Église orthodoxe cultive dans la décoration de ses églises, dans sa li­turgie, ses fresques, ses Icônes, dans la vie intérieure des croyants, jusqu'au martyre, une ‟spiritualité de la Gloire”.
(72) Je contredis ici, en apparence du moins, le titre que Gustave Thibon a donné aux fragments spirituels de Simone Weil (La Pesanteur et la Grâce, post­hume, 1948). La grâce, toute spirituelle qu'elle soit, possède une densité. Au sens premier d'une entièreté spécifique, un poids, un pesant, sans pesan­teur. Une réalité et une vérité spiri­tuelles au sens fort de ce terme (charismatique) qui pèse son poids propre, nous donne du poids aux yeux du Seigneur, à nous qui ne sommes que buée (HèVèL, Abel), que vanité.
 Que penser du foudroiement de la grâce qu'attestent Au­gustin de Tagaste (354-430), Thérèse d'Avila (1515-1582) ou Paul Claudel (1868-1955) ? Il peut être entièrement disjoint de la Parole, il relève plus d'un effet direct du miraculeux que de l'acquisition gra­tuite d'une densité personnelle devant le Sei­gneur.

Deux autres choix se présentent à nous : a) le Salut nous devient-il un acquis de façon extérieure, par des œuvres méritoires, avec des sa­cr­ements agissant par leur seule exécution rituelle ou : b) intérieurement par notre accueil de la Parole  d'Évangile ? Concernant le Salut par la foi, il s'agit bien et uniquement d'un acquis de la Parole, d'un témoi­gnage in­té­rieur Le fait que nous ne prenions jamais conscience qu'a­près coup de la Parole a pour con­sé­quence que lorsque celle-ci se pro­duit,  le ré­sul­tat est déjà là, c'est une parole ac­quise,  qui ne ment pas (73).

(73) Je m'écarte de Sören Kierkegaard (1813-1855). S'opposant à l'ex­tériorité objective hégélienne, il développe le paradoxe de la vérité : la vérité est la sub­jec­ti­vi­té et la subjectivité c'est l'er­reur.

Dans l'acquisition par la foi, notre environnement n'est pas celui du sacré, mais celui de la Parole. Parole-Évangile, espérance d'acquérir notre entière densité devant le Seigneur et devant les hommes. ‟Christ en nous [sic : Paul eût plutôt écrit "nous en Christ"], espérance de la Gloire” (Col 1, 27), espérance d'acquérir notre entièreté.

La Nouvelle Alliance

L'environnement de la Parole d'espérance est notre entrée dans une nouvelle his­toire qui se voit con­férée une por­tée es­cha­to­lo­gique. Pour qui est ‟En Christ”, ‟Par l'Esprit”, l'histoire bi­blique et l'a-venir es­­­cha­to­lo­gique qui viennent à nous, à chaque moment, venant du passé et de l'avenir, com­posent l'ac­tualité de la foi (concentration christo­lo­gique).

Cette acquisition du Salut  qui est en Jésus Sauveur (Christ), par le Saint Esprit, moyennant  les Écritures d'Évangile,  concerne pour l'es­sentiel le pro­jet messianique : la multi­pli­cation des pains et des poissons dans les quatre Évangiles, les cita­tions d'É­saie 52-53 (le Serviteur souf­frant  pour le Salut des autres), celles du Psaume 22 (le juste persé­cu­té), le titre de Fils de l'Homme (figure eschatologique de Daniel 7), le pro­gramme messianique que rapporte Luc 4, 16-21 et, en général, les ci­tations du Premier Testa­ment dans le ké­rygme. C'est l'appar­te­nance aux Alliances en ce qu'elles ont d'universel Noé, Ge 9, 1-19 (75) ; Abraham, Ge 22, 18 (74) ; Moïse, Ex 20, 1-17 (76).

(74) Sem, Cham et Japhet devant un monde neuf, entièrement lavé par le Déluge.

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(75) L'accomplissement de l'Alliance d'Abraham  dont la postérité est Isaac, Jacob-Israël, Jésus [le  Sauveur et Seigneur], le Christ, (Ga 3, 16).
(76) Le Seigneur qui devient le Père (Mt 5, 48 ; 6, 5-18 ;  26, 36-39 ; Jean 14, 5-14 ; 14, 27-31 ; 15, 7-9 ; 15, 7-9, 26 ; 16 et 17) dont nous sommes les enfants adoptifs par rapport à Israël (Phi 2, 15 ; Rm 8, 16, 17, 21  ; Rm 9, 8).
Le commentaire que Jésus fait des 10 Paroles (Ex 20, 1-17 ; De 5, 6-22 ; Mt 5, 17-47 ) qui sont le cœur de la Loi ; le Som­maire de la Loi (Marc 12, 28-34) la Thôrâh se résume dans l'Amour (également Rm 13, 8-10 ‟l'amour  est l'ac­com­­plis­ssement de la Loi”). Si, pour les non-Juifs,  la Loi perd sa pertinence politique et cé­ré­mo­nielle, elle conserve toute sa valeur comme pro­messe (Évangile) et comme éthique.
La crucifixion qui accomplit le culte du Temple (Hé 9), qui est libération du sacré, et des sacerdoces, ouvrant la voie aux charismes et ministères (Rm 12, 6 ; 1 Co 12, 9-30 ;  1 Co 13, 2 ; 14, 13, 39, 1 Tim 1, 16). 
L'accomplissement des prophéties du Serviteur souffrant (Es 52-53), du Fils de l'Homme (Da 7).

Sémites, Noirs, Blancs, Asiatiques, Américains du Sud, ensemble sous un arc-en-ciel de récon­ci­lia­tion dont nous sommes faits les am­bas­sa­deurs (2 Co, 5, 17-21). Réconciliation pour tous les genres, tous les peuples (multicultu­ra­lisme), avec la Nature (éco­logie, la mort naturelle, en particulier) ; la bénédiction pour tous les peuples ; l'amour avant la loi qui sauve le monde ; les enfants et les enfants adoptifs ; donner sa vie pour en sau­ver d'autres ; la foi en la Parole qui n'est pas de mau­vaise-foi ; invoquer le Dieu unique comme ‟Notre Père” ; la force d'attendre la fin en confiance ; la découverte, après coup, de l'affermissement reçu sans bruit, de l'Esprit ; après le rêve du royaume auquel tous peuvent adhérer, la Nouvelle Al­liance parle un langage tout de suite compré­hen­sible par tous.

Un sens donné à nos vies

L'acquisition du Salut, comme don de la foi (le Règne, la Parou­sie) vient à nous chaque jour. En Jésus et à travers lui, dans l'Évangile et à travers lui, par le Saint Esprit qui noue en nous la Parole Vivante, les ‟Cieux des cieux” du Premier Testa­ment, le rayon­nement de l'en­tière densité du Sei­gneur : jus­tice et miséricorde pour le Pre­mier Tes­­ta­­ment, grâce et  vérité pour le Nouveau Testament, vien­nent  jusqu'à nous.

L'acquisition du Salut par Jésus/Évangile et en lui, se dé­marque de l'acmè, du sentiment que l'on est "arrivé",  du bon­heur, de la sagesse, l'ataraxie, la plé­ni­tude, l'homme augmenté, le Surhomme,  le transhumain de la technique scientifique. Acquisition non en état, mais en acte, en voie de par­achèvement, il produit un as­cen­dant, un courant vers le haut. ‟Je lève mes yeux vers la montagne, d'où me viendra le secours ? ” (Ps 121, 1). Et, même s'il accomplit l'Histoire, il n'en re­ven­dique aucune pos­­sesssion. C'est un processus vers la joie, dont la beauté, dans notre monde, peut nous donner l'im­pres­­sion. Ce n'est pas le sentiment de culpabilité, de dé­pendance abso­lue, d'ur­gence, de préoc­cu­­pation ul­time qui s'é­prouve (sans res­sen­ti) dans cette acquisition, c'est vers le senti­ment de l'é­ter­ni­té qu'il nous en­traîne.

          Beauté de la Nature, des visages et des corps hu­mains, beauté sur le plan mo­ral, Joie intellectuelle de Spino­za, Joie mystique de Pascal. Beauté qui émane de l'intelli­gence, celle des œuvres d'art, enchantement de la musique, tout

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ce qui élève, depuis la Vénus au­ri­gna­cienne jus­qu'aux artistes contem­po­­­rains. Avec un regret en ce qui con­­cerne la peinture d'Église à partir de la Renaissance ita­lienne, ad­mi­rable quant à la maîtrise de l'exé­cu­tion, mais qui laisserait croire que la foi chré­­­tienne ne consiste qu'en une suite de miracles à grand spec­tacle.

‟Le miracle de Kundera (auteur du roman : L'insoutenable légèreté de l'être), c'est l'ajustement exact, la fusion complète de la réflexion et de l'art qui la fait passer. Et à supposer que cette réussite soit unique dans la vie d'un créateur, Kundera alors vient d'atteindre à son propre sommet Cela suffirait à justifier [sic] une existence d'homme” (Françoise Wagener, CR de Kundera : Le Livre du rire et de l'oubli, Le Monde 27 avril 1979). Coïncidence dans et par la créativité conduisant à une justification personnelle par ses propres œuvres. Justification par la foi en soi-même, médiatisée par l'œuvre d'art. Ce qui montre que l'art est le seul domaine où une coïncidence réussie (et, par là, une justification de soi par soi) puisse être enregistrée. Dostoïevski :  ‟La Beauté sauvera le monde” (le prince Muichkine dans L'Idiot de Fédor Dostoïevski, 1868). 

Les cimetières militaires de 14-18 appellent au souvenir et in­spirent l'incompréhension tandis que la Haus im Garten, aquarelle d'Au­gust Macke (peintre expressionniste allemand, proche du Blaue Reiter), datée de peu de temps avant sa mobilisation suivie de sa mort sur le champ de bataille de Cham­­­pagne dès sep­tembre 1914 (ense­ve­li dans une tombe collective au cimetière de Sou­ain), continue de nous élever (77). Beauté, impression du Salut, mais im­pres­sion seule­ment, bien dont on ne jouit que  pour un temps.

(77) Franz Marc (1880-1916), membre du Blaue Reiter qui mourra à Verdun en 1916 pensait que la guerre possédaitt un pouvoir régénérateur pour l'avenir. À l'heure qu'il estune partie de l'art contemporain est purement déco­ra­tive ou se veut provocatrice


Un sentiment d'espérance

Il faut noter ici un aspect du mot de "sentiment" dont je n'ai pas en­core parlé : son aspect tendanciel. Le sentiment comporte un aspect de pro­jec­tion vers un ave­nir, proche ou éloigné, une attente qui revêt un aspect de certitude, une an­ticipation affective, une espérance : ‟J'ai le sentiment que cela va réussir, le sen­ti­ment du succès” ;  ‟J'ai le sen­ti­ment d'une ca­tas­trophe” ; ‟J'ai le senti­ment qu'elle /il viendra” ;  ‟J'é­prouve de la joie à l'idée de cette ren­contre”, ‟de l'affliction à cette pensée” ;  ‟J'é­prouve un sentiment de con­­­fiance, de communion” ; ‟Je travaille avec le senti­ment d'une réus­site”. Le sentiment est espérance.

Dans l'acquisition dont je parle ici, la dimension d'avenir est  par­ti­culière. L'acquisition réalisée en et par Jé­­sus, salué comme le Messie (Christ), avec l'Amen prononcé en notre fors intérieur par le Saint Es­prit, est un avenir qui vient à nous (escha­to­logique), contrairement à l'idée que nous  irions vers cet avenir. Nous sommes sauvés en espé­rance (78).

(778 Le Salut en espérance : 24 occurrences dans les épîtres de Paul, cinq dans les deutéro-pauli­nien­nes, 4 dans 1 Pierre.
Une éthique

La sanctification relève d'une conviction, celle de la glorification. Glori­fi­cation conçue non comme divinisation, mais comme acquisition eschatologique de l'entièreté (79) : ‟Tels qu'en nous-mêmes enfin l'éternité nous change” (80), nous, mais aussi les autres, les églises, les Églises, l'Église, la Société, la Nature, les Univers. Nous nous trouvons ainsi enga­gés, dans une éthique de convic­tion au sein d'un monde qui est à la fois projection et advenue. Une morale qui s'amorce toujours de nou­veau avec une éthique de convic­tion (entrer dans la vision de Jésus) et s'épanouit dans une éthique de responsabilité (les prémices du Règne).

         (79)  Entièreté, voir plus haut : Entrer dans la vision de Jésus - Être accueilli par les prémices du Règne : Comment comprendre "être" dans l'expression "être en Christ ".
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(80) Stéphane Mallarmé (1842-1898), Le Tombeau d'Edgar Poe : ‟Tel qu'en lui-même, enfin, l'éternité le change”.

On connaît les conduites de  la morale chrétienne héritière de la pudicité du Premier Testament (Ge 9, 20-27, Noé et ses fils). D'une ma­nière générale elles tiennent le plaisir en bride, quand elles ne l'iden­ti­fient pas au péché ou n'y voient que le diable. Érémitisme, vir­gi­ni­té, cé­li­bat, chasteté, mariage indissoluble, ou mariage bour­geois. Or, au­jour­­d'hui, en Occi­dent, l'hy­pe­r­­mo­dernité a vulgarisé le plai­sir. Par un en­tier ren­ver­se­ment, l'orgasme ou la volupté pour tous et par tous les moyens, affranchis de toute pudeur, sont deve­nus, pour plu­sieurs, la façon ordinaire d'atteindre le ciel ou de ‟toucher au ciel”.

           L'éthique considérée ici découle du changement d'envi­ron­nement créé du fait d' "Être en Christ,  Par le Saint Esprit", l'en­trée dans le rêve vi­sion­naire de Jésus avec les prémices de l'accueil dans le Règne. C'est autre chose que le milieu. Notre milieu est le positivisme anthropologique, psycho­logique, sociologique et écolo­gique. Ce que Heidegger appelle le Dasein et la Geworfenheit (l'être-là et l'abandon dans le monde), ce qui devient la "situation", chez J-P. Sartre, à savoir : ce que nous avons à être mais qui ne nous servira a rien, qui n'au aucun but et ne sera utile à personne car cela ne vaut rien.  L'environnement a un caractère charismatique, c'est l'environnement des dons du Saint Esprit. L'en­vi­ron­nement de la Parole d'Évangile. Ce que Paul exprime, d'une façon générale, comme ‟Dans le Seigneur”, c'est à dire : "de manière chré­­tienne", "en tant que chrétiens", "avec un sentiment chrétien" (81)des conduites d'indépendance rachetée. Plus un mouvement qu'un état. Aujourd'hui, nous dirions : ‟En Église” , ‟Dans l'Église”. Déplace­ment significatif.

         (81) Je relève 26 occurrences de cette expression dans les épitres de Paul (7, rien dans Philippiens), au moins 10 dans les épîtres aux Éphésiens et aux Co­lo­s­siens. Voir, chapitre 4 : ‟En Christ, Par l'Esprit”.

         Une dépendance entière­ment ac­cep­tée d'être en Jésus, Seigneur et Sauveur, avec une entière liberté cré­a­tive procurée du fait de notre ac­­cueil  par les prémices du Règne :  le chrétien libre à l'égard de toute chose et serviteur de tous (M. Luther, Traité de la liberté du chrétien, 1521).

         Une fois dans cet environnement, des pos­­si­bi­li­tés d'existence nouvelles se dé­­cou­vrent à nous : ‟Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle cré­a­ture”. Nouvelle créature terrestre, dans une existence contingente, pas la Gloire. ‟Les choses anciennes sont pas­sées ; voici toutes choses sont devenues nouvelles” (2 C0 5, 17).  Nous comprenons dès lors ce que peuvent dire, en dehors de toute superstition :  ‟Tout est possible à celui qui croit” (Mc 9, 23), ”Tout est permis, mais tout n'édifie pas (n'est pas utile ?)” (1 Co 10, 23), ‟Si tu crois de tout ton cœur, cela est possible”  (Ac 8, 37) et bien d'autres.

         Au cours des pages qui précèdent, on aura divers autres éléments de cette éthique.

Le sentiment de l'éternité (ou de la Vie)

         L'Acquisition passive peut être un accomplissement, mais se dis­tingue de la to­ta­lisation et de la perfec­tion, c'est une entièreté escha­to­lo­gique (non pas anticipation, mais annonce de la Gloire (82)). Ainsi, à tout le genre humain, Hom­me
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de l'Hu­­­ma­nisme, des Lu­mières, de la Mo­der­ni­té et de l'Hy­per­­mo­­dernité, envi­ro­nnés par le Rêve visionnaire de Jésus-l'É­vangile, malgré tous les risques encourus en nos parcours, le don est fait d'é­prou­ver un sen­ti­ment d'espérance, un sent­i­ment de l'é­terni­té (il ne s'agit donc pas de vertu).
 

.

         (82) La Gloire conçue comme Vérité et comme grâce, pure entièreté non tem­po­relle, non spatiale et source d'entièreté pour nous, non imaginée comme rayon­ne­ment d'un soleil divin sacro-saint qui nous éblouit, nous transperce et nous foudroie (voir ci-dessus : Entrer dans la vision de Jésus - Être accueilli  par les prémices du Règne, Comment comprendre "être" dans l'expression "être en Christ").
          
  Le sens de l'acquisition réalisée par Jésus est éprou­vé par nous comme sentiment de l'é­terni­té. Non, un sen­timent du Saint Esprit, mais l'action du Saint Esprit éprou­vée à partir de l'un de se effets. Sentiment qui s'ac­com­pagne d'un élan de gratitude à l'égard de Jésus-Évangile, d'un mou­ve­ment d'a­­­mour et de compassion vers notre prochain et vers la Nature ; de la reconnaissance pour l'Esprit qui a agi. Le sens de l'acquisition réalisée par Jésus est éprou­vé par nous comme dans et par la Parole. Il ne s'agit ni de satisfaction ni de tranquillité (ataraxie) ni de bonheur, mais d'une as­su­rance (10 occurrences chez Paul) qui est une  détresse surmontée dans le chemin de l'Évangile.
         
L'Éternité, la vie éternelle, qui n'a ni commencement ni fin est dif­fé­rente d'une vie sempi­ter­nelle, de la pérennité ou de la perpétuité. Elle ne peut être un accomplissement de l'évolution, c'est un temps nouveau (pour nous imaginaire : ‟Le Fils de l'Homme venant sur les nuées du ciel”, Marc 14, 62)
 
qui reprend et renouvelle les réussites de la cosmogenèse, la géogenèse, la biogenèse, l'anthropogenèse, l'Histoire. Elle est inconcevable pour nous, même si la durée fait partie des données immédiates de la cons­cience (Henri Bergson, 1908). Dans ces conditions, elle ne peut donner d'elle qu'un pressentiment dans le mo­ment présent. Le sens de l'ac­quisition que nous éprouvons lorsque nous sommes en Christ apporte pareil pres­sentiment. La vie éter­nelle est ainsi, dès à présent, un sens du don et de l'ac­quisition qui ne sont pas le fait de nous-mêmes, mais qui sont donnés et rejoints en Jé­sus/l'Évangile. ‟Ne vous réjouissez pas de ce que les es­prits vous sont soumis, réjouissez vous de ce que vos noms sont ins­crits dans les cieux” (Lc 10,20) ;  ‟Tu as les paroles de la vie éternelle” ; ‟Je suis le chemin, la résurrection et la vie” (Qua­trième Évangile 6, 68, 14, 6). Acquisition vécue comme étant celle de notre foi. Elle ne nous est ni offerte ni proposée ni conférée, ce n'est même pas seulement une invi­ta­tion :  elle nous est don­née  en Christ, d'emblée de façon complète et ratifiée par le témoi­gnage du Saint Esprit, réalité spirituelle au sens fort (cha­ris­ma­tique) des termes. Cette acquisition ne peut être remise en cause ou perdue, elle nous justifie et nous sanctifie, elle ne nous divinise jamais. Elle reste affrontée aux aléas et aux faiblesses de notre vie, témoin les doutes de Thérèse de Lisieux dans sa dernière maladie, au Carmel  (1873-1897, La Nuit obs­cure).

         Nous éprouvons aujourd'hui un sentiment de l'éternité (un pres­sen­timent) à travers le sens de l'acquisition évoqué ici. Ce n'est pas l'É­veil, le bonheur, l'extase, le Pa­radis, l'Âge d'Or, "La Sociale". ‟En Christ”, notre fin est dans le fil de cette acquisition, fin de l'his­toire, fin de l'im­ma­nence. La plénitude évoque un emplis­sage,  l'entièreté visée ici, est ras­sem­blement de soi, réunion avec ceux et ce qui existe, recueil de ce qu'il y a de meilleur en nous et des réus­sites de l'Histoire, une con­nota­tion d'expériences qui n'avaient pas d'exemple jus­qu'ici.

         La vie éternelle est, dès à présent, un sens de l'acquisition qui n'est pas le fait de nous-mêmes, mais qui est donné et rejoint en Jésus. Il ne peut s'agir du sentiment que l'on est "arrivé", épanouisse­ment, per­fec­tion, has been. Ce n'est pas non plus  un dépassement à la façon du Surhomme nietzschéen. C'est, dès à présent, un affermisse­ment de tout ce qu'il peut y avoir de bien, de beau, de vrai en nous et dans l'Histoire, avec la promesse d'un couronnement.
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Par cette acquisition vécue en Christ, la vision de Jésus n'est pas une illusion. Si cette vision n'est pas réalisée au­jourd'hui, le Règne n'en vient pas moins chaque jour à nous, lorsque nous entrons dans la vision de Jésus, elle constitue la matière de notre té­moi­gnage (en parole et en acte). Acquisition par la foi : vérité qui va permettre de nombreuses applications. Le Règne, c'est l'Évangile de Jésus en quoi l'accomplisse­ment des temps (la Parousie) vient à nous chaque jour. En Jésus et à travers lui, dans l'Évangile et à travers lui, les Cieux des cieux, la Gloire du Sei­gneur, du Père, leur entier pesant de sainteté, sont venus jusqu'à nous avec la faiblesse et la légèreté de la grâce. Le sens de l'acquisition du Salut par la foi, par quoi nous touchons comme à l'entièreté, a, de nouveau, pour effet que je mesure mon juste poids, le juste poids de ceux que je fréquente, des vedettes inévitables (art, politique, amuseurs) qui an­i­ment le monde médiatique. 

         Je conçois le sentiment décrit ici comme un sentiment de de paix et de joie qualifié par l'écoute de la Parole, un pressentiment assuré de la pro­messe qu'il porte et que je devine sur le mode d'un instant de durée. Les moments du temps ne sont pas abolis, mais, à leur tour, ac­quis, sur le mode de l'éternité d'un instant de la durée (1 Co 15, 51-52).

          Rien de tout cela ne se produit culturellement, mais   spirituel­le­ment, au sens fort : d'une façon charis­matique, c'est un effet "du Saint Esprit". On ne peut dire l'avoir vécu que  rétrospectivement. Un senti­ment qui tient sa promesse.

Tout au long de la vie (selon mon expérience)

         Je comprends que le sentiment de l'éternité ne puisse être cou­ram­ment acquis par des sujets jeunes. Pourtant, ne serait-ce que le temps des ap­­pren­­tissages (dans tous les do­maines) est propre à donner le sens du "bien fait" qui nous introduit à celui de l'acquis. La jeunesse est dans la pro­jection de soi, c'est l'âge où il est décisif de connaître ou non le projet-projection impliqué par la vision du Règne de Jésus.

Je ne parle pas ici de ce qui voudrait passer pour une alternative du désir (libido) qui prend toute sa place avec la puberté. Le désir n'est pas le péché ori­gi­nel, c'est la psychè qui con­tresigne, avec nos autres composantes an­thro­polo­giques con­­tingentes (corps, cœur, esprit), le témoignage inté­rieur du Saint Esprit, lors­que celui-ci ratifie la parole de l'É­van­gile qui nous fait pénétrer dans le rêve visionnaire de Jésus et o­riente toute notre exis­tence.

L'âge mûr est celui de la mise en œuvre du témoignage rendu au Règne en commun dans l'Église, car nous accédons à la conscience que le témoignage du Règne ne peut être une affaire individuelle. Mise en œuvre tout aussi bien pratique que théologique. Pour cela, encore fau­drait-il, selon moi, que l'Église se vive sans projet de totalisation, sans réalisation cons­tan­ti­nienne hiérarchique d'elle-même, mais, fidèle à la notion qu'elle a histo­ri­qu­ement ap­por­tée, celle de la  "per­sonne" (non au sens qu'a pris le mot d' hypo­stase, mais au sens personnaliste du terme). Une Église qui se déve­loppe sur le plan des relations humaines démo­cra­tiques, tant dans sa théologie (parole humaine sur la Parole) que dans son culte, dans son
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éthique et dans ses institutions avec le minimum de cléricature pos­sible, dans l'ordre d'un sacerdoce univer­sel.

Si l' ‟Être en Christ Par l'Esprit” crée le nouvel environ­ne­ment de l'éthique, l'Église, elle, est un entourage sur lequel nous pou­vons nous poser quelques questions : sera-ce celui de la Gloire des Vic­toires ? ; celui des souffrances et des douleurs salvatrices ? ou ce­lui de l'Évangile an­non­cé et vécu ? celui d'une universalité comprise comme totalisante, globalisante ou comme ‟nuée de témoins” (Hé 12, 1) (83), comunion des saints ?  L'Église entourage peut avoir la tentation de devenir le nouvel en­viron­ne­ment de la foi, à nous de veiller à ce que cette dérive soit évitée.

(883) Titre du célèbre livre de Wilfred Monod (La Nuée de témoins) qui a servi à l'éducation chré­tienne protestante de plusieurs générations.

L'âge avancé est heureux s'il peut se vivre dans le sens de l'ac­quisition du Salut part la foi. Non celui de notre réussite, du faire, mais celui de l'É­van­gile reçu, celui que Jésus, Sauveur et Seigneur (Christ), réalise. Environnés par une pareil ac­com­plissement, le té­moi­gnage inté­rieur secret du Saint Esprit pro­duit en nous le sentiment de l'é­ter­ni­té, ou de la Vie, sur le mode de l'espérance. En revanche, le "sentiment d'Éterni­té" (le sentiment que peut engendrer la glorification, du moins, la glori­f­ica­tion-entièreté)  n'est pas de notre théâtre, il ne suf­fit pas d'un chan­ge­ment de décor, il faut un autre Théâtre. Il nous est promis. Il n'est pas la peine de le vouloir. Para­phra­sant Paul Ri­coeur (Soi-même  comme un autre, 1990) : ‟La Parole existe parce qu'elle a te­nu toutes ses pro­messes en Jésus Christ” (voir 2 Co 1, 20), chaque fois et en tout endroit où l'Esprit opère aujourd'hui par la Parole de l'Évangile. Quant à nos œuvres, si elles ne nous ont pas sauvés, du moins, elles nous suivent (Ap 14, 13).            

   Jacques Gruber




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Liste des abréviations bibliques utilisées
liste alphabétique


1 Chr : Premier livre des Chroniques ;
1 Co : Première épître de Paul aux Corinthiens ;
1 Jn : Première épître de Jean ;
1 Pi : Première épître de Pierre ;
1 R : Premier libre des Rois ;
1 S : Premier livre de Samuel ;
1 Thé : Première épître de Paul aux Thessaloniciens ;
1 Tm : Première épître de Paul à Timothée ;
2 Chr : Deuxième livre des Chroniques ;
2 Co : Deuxième épître de Paul aux Corinthiens ;
2 Jn : Deuxième épître de Jean ;
2 Pi : Deuxième épître de Pierre ;
2 R : Deuxième livre des Rois ;
 2 S : Deuxième livre de Samuel ;
2 Thé  : Deuxième épître de Paul aux Thessaloniciens ;
2 Tm : Deuxième épître de Paul à Timothée ;
3 Jn : Troisième épître de Jean ; Ju : épître de Jude ;
Ab : Abdias ;
Ac : Actes des apôtres ;
Ag : Aggée ;
Am : Amos ;
Ap : Apocalypse
CdC : Cantique des Cantiques ;
Col : Épître aux Colossiens ;
Da : Daniel ,
De : Deutéronome ;
Ép : Épître aux Éphésiens ;
Es : Esdras ;
És :Ésaïe ;
Est : Esther ; 
Ex: Exode ;
Ez : Ézéchiel ;
Ga : Épître de Paul aux Galates ;
Ge : Genèse ;
Ha : Habakuk ;
Hé : Épître aux Hébreux ;
Ja : Épître de Jacques ;
Jb : Job ;
Jé : Jérémie ; 
Jn : Jean ;
Jns: Jonas ;
Jo : Joël ;
Jo : Josué ;
Ju : Juges ;
page 64
La : Lamentations ;
Lc : Luc ;
Lé : Lévitique ;
Ma : Malachie ;
Mc : Marc ;
Mt : Matthieu ;
 Na : Nahum ;
Nb : Nombres ;
Né : Néhémie ;
Os : Osée ;
Phi : Épître de Paul aux Philippiens ;
Phm : Épître de Paul à Philémon ;
Pr : proverbes ;
Ps : Psaumes ;
Qo : Qohéleth (Ecclésiaste) ;
Rm : Épître de Paul aux Romains ;
Ru : Ruth ;
So : Sophonie ;
Ti : Épître de Paul à Tite ;
Za : Zacharie ;






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TABLE  DES  MATIÈRES
Présentation, p. 3
 La Foi, p. 5 : Une entière confiance, la trans­cen­dance, p. 5 ; Jésus ressuscité, p. 7  ; Loyaux envers soi et avec la foi, p. 9.
           
            2  L'Évangile, p.11 : Une intuition portée par un texte, p. 11 ; L'Évangile transbiblique, un guide, herméneutique, p. 12 ; Qui est Jésus pour nous aujourd'hui ?, christologie, p. 12.

3  La Parole, p. 15 : Je ne crois pas en "Dieu", je crois en la Parole de Vie, p. 15 ; Le témoignage intérieur secret du Saint Esprit, la trans­cen­dance, p. 17 ; La prédication, p. 18 ; Parole et Liberté, p. 19 ; Parole et Culture, p. 20 ; Convic­tions et sentiments, p. 21 ; Le passé et l'inaccompli, p. 22.

4  Le Rêve visionnaire de Jésus, p. 25 : Rêve et vision, p. 25 ; Le Royaume des cieux, la basiléïa, p. 25 ; Les Églises et le Règne, p. 27 ; La Vision du Règne , état des lieux, p. 28 ; La Vision du Règne, quelques aspects, p. 29 ; La Vision de Jésus à l'épreuve de la Croix, p. 31 ; Le péché, p. 32 ; Le mal, p. 33 ; Le Salut, p. 35.

5  Entrer dans la vision de Jésus - Être accueillis dans le règne de Christ , p. 37 : Le Christ, p. 37 ; Le moment paulinien, p. 37 ; Aujourd'hui, l'envi­ron­­ne­­ment,  p. 37 ; Comment entendre "être" dans l'expression "être en Christ" ?, p. 39 ; Discerner les temps, p. 42 (la concentration christologique) ; L'Esprit, la Trinité,  p. 43.

6  Les Témoins, p. 45 ; Ni élus ni saints, mais témoins, p. 45 ; Témoigner, p. 46 ; Annoncer à tous l'Évangile de la Récon­ci­lia­tion, p. 47 ; Attester en Église de la grâce, p. 48 ; Témoigner personnellement du don de la justice, p. 49.

7  L'Acquisition par la foi p. 51 ; L'acquisition du salut par le foi, textes bibliques p. 51 : Un environnement nouveau, p. 54 ;  La Nouvelle Alliance, p. 55 ; Un sens donné à nos vies, p. 56 ; Un sentiment d'espérance, p. 57 ; Une éthique, p. 57 ; Le sentiment de l'éternité ou de la Vie, p. 58 ; Tout au long de la vie, p. 60.

Liste des abréviations bibliques utilisées, p. 63

            Table des matières, p. 65.

























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Loyaux avec la foi et envers nous-mêmes : Présentation, Résumé, 1 : La Foi, 2 : L'Evangile, p. 5 à 14, 3 , La Parole p. 15-24

JACQUES     GRUBER                                                 LOYAUX avec la FOI   et envers nous-mêmes une ouverture...